La Leptospirose un fleau actuel par IMAXIO

Publié le 1653656042000

La leptospirose : un enjeu de santé publique émergent nécessitant un plan de prévention adapté

La leptospirose, une maladie infectieuse sous-estimée et potentiellement grave, spécifiquement en ce qui concerne le sérogroupe Icterohaemorrhagiae.

La leptospirose, un enjeu de santé publique émergent
La leptospirose est une maladie à déclaration non obligatoire et probablement sous-estimée. Dans le monde, plus d’1 millions de cas sévères de leptospirose humaine sont estimés chaque année, dont 60 000 décès.

En Europe, cette zoonose est émergente et la France est un des pays industrialisés qui a l’incidence la plus élevée (1 cas / 100 000 habitants) (1). Pendant les années 2014-2015, les cas de leptospirose en France métropolitaine ont doublé par rapport aux années précédentes, avec plus de 600 cas, soit plus d’un cas par jour, la plus forte incidence depuis 1920(1). Dans les départements et collectivités d’Outre-Mer, une moyenne de 700 cas de leptospirose par an est observée.

Cette augmentation du nombre de cas de leptospirose serait liée au réchauffement climatique mais aussi aux effets de l’urbanisation grandissante par l’intermédiaire des rats (1). La leptospirose est une maladie infectieuse potentiellement grave due à une bactérie de la famille des Spirochètes (Leptospira, Treponema, Borrelia, maladie de Lyme et Syphilis) : le leptospire. L’espèce Leptospira interrogans est à l’origine des formes pathogènes et regroupe une vingtaine de sérogroupes.

Icterohaemorrhagiae, le sérogroupe le plus sévère
En France métropolitaine, le sérogroupe Icterohaemorrhagiae est le plus fréquemment incriminé chez l’Homme, dans les formes les plus graves.

  • La forme Icterohaemorrhagiae est impliquée dans 1/3 (1,3) des leptospiroses recensées.
  • Ce sérogroupe est identifié dans 2/3 des cas graves à l’hôpital en France métropolitaine (4), mais aussi dans d’autres régions du monde comme la Nouvelle Calédonie (5), et jusqu’à 91 % des cas graves à l’hôpital dans les Antilles (6,7). Dans les départements et collectivités d’outre-mer, le sérogroupe Icterohaemorrhagiae est dominant dans les Antilles (Guadeloupe et Martinique), en Guyane Française, à l’île de la Réunion, en Polynésie Française et Nouvelle Calédonie, à la seule exception de Mayotte où ce sérogroupe n’est pas présent (1).

Dans le monde, le sérogroupe Icterohaemorrhagiae est le plus mortel, avec un taux de mortalité de 13,6 % pour les cas non soignés.

La leptospirose : due à une bactérie résistante en milieu humide
Cette bactérie est résistante plusieurs mois dans un environnement humide, dans des eaux douces chaudes ou froides, même dans une eau à 4°C (9). Elle peut être présente chez de nombreux mammifères :

  • Animaux domestiques (chiens, chevaux...).
  • Animaux d’élevages (porcins, ovins et bovins).
  • Animaux sauvages (rats, ragondins...).

Les rongeurs sont les principaux porteurs de la leptospirose ictérohémorragique et sont des porteurs sains. Dans l’organisme hôte, les leptospires vont se multiplier et se propager via le sang vers différents organes comme le foie, les poumons ou les reins. Les bactéries présentes dans les reins sont évacuées dans l’environnement naturel par les urines, contaminant ainsi les sols et les cours d’eau.

La leptospirose : comment la contracte-t-on ?
La transmission peut s’effectuer par :

  • Voies directes : au contact d’animaux morts ou vivants ;
  • Voies indirectes : au contact de l’eau souillée par les urines d’animaux contaminés.

Les leptospires peuvent pénétrer au travers de plaies, de muqueuses (oculaires, buccales, nasales, ...) et même d’une peau saine macérée.

La leptospirose : une maladie difficile à diagnostiquer
Après une phase d’incubation de 7 à 12 jours voire 1 mois, l’expression clinique se manifeste par un syndrome pseudo-grippal avec possibilité de symptômes méningés laissant supposer plusieurs maladies. Il est donc difficile de diagnostiquer cette maladie (2). Les cas graves évoluent vers une défaillance multi-viscérale potentiellement mortelle, caractérisée par une insuffisance rénale, des hémorragie viscérales et un ictère, tout ceci pouvant entraîner une hospitalisation, jusqu’aux soins intensif en réanimation (1,10). C’est pourquoi, il est important de rechercher les activités à risque dans le but d’orienter le diagnostic le plus rapidement possible et d’offrir un traitement efficace avant une multiplication des atteintes.

La leptospirose : une maladie professionnelle et de loisirs
La leptospirose est reconnue comme maladie professionnelle et est inscrite au tableau 19A du régime général et 5 du régime agricole (11,12). Liste non exhaustive de professions à risque :

  • Professionnels de l’eau et de l’assainissement.
  • Professionnels des travaux publiques.
  • Professionnels d’entretien des espaces verts.
  • Professionnels d’encadrement d’activités ou de sauvetage en milieu aquatique (hors domaine maritime).
  • Professionnels en contact avec des mammifères et des rongeurs.

Les études épidémiologiques montrent que plus de la moitié des leptospiroses chez les actifs serait d’origine professionnelle (13,14).

La population générale est exposée au risque lors des baignades ou des activités de loisirs en eau douce comme le kayak, le triathlon, la pêche, la chasse, le piégeage...

La leptospirose : comment se protéger ?
La prévention (10) en milieu professionnel est un point majeur. Prévention collective (16) : Lutter contre les réservoirs : limiter la prolifération des rongeurs, gestion des déchets, identifier des zones spécifiques et assurer la collecte des déchets régulièrement.

Prévention individuelle (16) :

  • Port des équipements de protection adaptés à l’activité (bottes, combinaison, lunettes de protection).
  • Eviter tout contact des mains souillées avec les yeux, le nez ou la bouche.
  • Désinfecter et protéger les plaies cutanées.
  • Vaccination des sujets exposés. L’utilisation doit être définie sur la base des recommandations officielles sur évaluation du médecin.

La leptospirose : obligation légale de protection du salarié
La leptospirose est reconnue comme maladie professionnelle :

  • Dans le monde par l’Organisation Internationale du Travail.
  • En Europe par le Directive Européenne 2000/54/CE (JOCE L. 262 du 17/10/2000).
  • En France par les tableaux 19A du Régime Général et 5 du Régime Agricole de la Sécurité Sociale (11,12)

L’employeur a une obligation de sécurité de résultats, et pas seulement de moyens, ce qui signifie qu’il doit assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des salariés selon l’article L4121-1 du Code du Travail. En cas de manquement, dans les cas les plus extrêmes, l’employeur risque :

  • Jusqu’à 534 000€ de renchérissement du compte entreprise AT/MP à rembourser à la sécurité sociale (17).
  • Jusqu’à 5 ans d’emprisonnement (18) assortis d’une amende pour l’équipe dirigeante en cas de négligence, manquement à une obligation de sécurité ou faute inexcusable, causant un dommage au salarié.

Même en l’absence de maladie, certaines sociétés ont été condamnées pour ne pas avoir pris les mesures suffisantes de protection de leurs employés potentiellement à risque de leptospirose. Ces dernières années, au moins une demidouzaine de cas portés devant les tribunaux se sont soldés par des indemnités versées allant jusqu’à 23 000€ (19). Les plaignants n’avaient pas nécessairement contracté la maladie.

Dans le cadre de la nouvelle loi travail et du décret n°2016-1908 publié en décembre 2016, les personnes exposées aux agents biologiques de type 2 dont fait partie la leptospirose devront être vus par un professionnel de santé au travail :

  • Lors d’une visite initiale qui devra être réalisée avant la prise de poste (Visite d’Information et de Prévention).
  • Au cours des visites médicales périodiques à programmer au maximum tous les 5 ans et à adapter selon les besoins (application d’un schéma vaccinal par exemple).

Pour plus d’information : [email protected] / http://www.imaxio.fr/leptospirose.html

Références

  • Filleul L. et al. ; Santé Publique France - La leptospirose dans les régions et départements français d’outre-mer; Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire ; 4 avril 2017 ; numéro 8-9.
  • Adler B. (Ed) Leptospira and Leptospirosis, Current Topics in Microbiology and Immunology Sringer-Verlag Berlin Heidelberg 2015; 387: 1-293. DOI 10.1007/978-3-662-45059-8.
  • Picardeau, Rapport annuel d’activité du CNRL 2015.
  • Estavoyer JM et al., « Leptospirose en Franche-Comté : données cliniques, biologiques et thérapeutiques. Médecine et maladies infectieuses »; Septembre 2013: pages 379-385.
  • Tubiana, «Risk Factors and Predictors of Severe Leptospirosis in New Caledonia» PLoS Negl Trop Dis. 2013 Jan; 7(1): e1991.
  • Hochedez, «Factors Associated with Severe Leptospirosis», Martinique 2010–2013», Emerg Infect Dis. 2015 Dec; 21(12): 2221–2224.
  • Herrmann-Storck C. ar al. Severe Leptospirosis in Hospitalized Patients, Guadeloupe. Emerging Infectious Diseases 2010; 16(2): 331-334. doi: 10,3201/eid1602,030139.
  • Andrew J. Taylord. « A Systematic Review of the Mortality from Untreated Leptospirosis. PLoS Negl Trop Dis. »; Juin 2015.
  • André-Fontaine, «Waterborne Leptospirosis: Survival and Preservation of the Virulence of Pathogenic Leptospira spp. in Fresh Water. »Curr Microbiol. 2015 Jul;71(1):136-42.
  • Hartskeerl et al, Emergence, control and re-emerging leptospirosis: dynamics of infection in the changing world, 2011, Clinical Microbiology and Infection, vol 17: 494-501.
  • Décret n° 2009-1194, Journal Officiel du 07/10/2009 (Code de la Sécurité Sociale).
  • Décret n° 2007-1121 du 19/07/2007 (Code de la Sécurité Sociale).
  • Baranton G., Postic D. Centre National de Référence des leptospires, Institut Pasteur Paris, Synthèse La leptospirose en France de 2001 à 2003 : 1-8.
  • Watrin M. Étude descriptive des cas de leptospirose diagnostiqués en Normandie sur la période 2010-2014. SaintMaurice : Institut de veille sanitaire ; 2016: 1-28.
  • Avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique en France relatif aux recommandations pour la prévention de la leptospirose dans la population générale (séance du 30 septembre 2005).
  • Avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique en France relatif aux recommandations pour la prévention de la leptospirose en cas d’activité professionnelle à risque (séance du 18 mars 2005).
  • O. du 23.11.2016 Texte 19 sur 113.
  • Code Pénal – Article 221-6.
  • Soc. 14.10.2011 : n° 11/01292. Document IMAXIO numéro 20170418-03 du 18 avril 2017

Article paru dans la revue « Syndical Général des Médecins et des Professionnels des Services de Santé au Travail » / CFE CGC n°55

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