La gynécologie-obstétrique en Egypte Antique

Publié le 16 May 2022 à 21:43
#Gynécologue-obstétricien

L’Egypte antique est une période de l’histoire très riche en enseignements. Les anciens Egyptiens vivaient en effet dans un système bureaucratique assez développé et avaient la manie de tout consigner sur deux supports essentiels : le Papyrus et la Pierre.

Cependant, comme dans beaucoup de civilisations archaïques, le statut de la femme n’était pas reconnu, et dans ce contexte, les sources sont rares en matière de gynécologie et d’obstétrique. Rares, mais pas inexistantes.

Les papyrus, véritables mémoires du passé
Le papyrus Ebers, document médical égyptien le plus long (22 mètres environ ) datant de 1550 avant JC, ainsi que le Grand papyrus de Berlin datant de 1250 avant JC, nous fournissent des renseignements très intéressants sur les pratiques et croyances imprégnant l’art médical égyptien.

Les tests diagnostiques de grossesse existaient déjà à cette époque, à en croire la recette décrite dans le Grand papyrus de Berlin, basée sur l’utilisation des urines de la supposée gestante :

« On arrosera chaque jour avec l’urine de la femme, deux récipients, l’un contenant de l’orge et l’autre de l’épeautre ; si les deux espèces germent, la femme enfantera, si l’orge seule germe, ce sera un garçon, si l’épeautre seule pousse, ce sera une fille, si rien ne pousse, elle n’enfantera pas »

Méthode assez saugrenue au premier abord, mais certains scientifiques se sont penchés sur la question. On sait aujourd’hui que pendant la grossesse, l’urine de la future mère recèle une grande quantité d’hormones stéroïdes qui présentent, curieusement, une analogie structurale avec des facteurs de croissance végétaux. L’urine de la femme permet bien la germination plus rapide des grains d’orge et d’épeautre. La précision du sexe, elle, reste bien entendu aléatoire !

Le papyrus dit de « Carlsberg » nous propose une alternative assez originale de test de grossesse :

« Introduisez dans le vagin de la femme, une gousse d’ail humectée qu’elle devra garder toute la nuit. Si, au matin, l’odeur d’ail s’exprime par la bouche ou par le nez, la femme enfantera ; si, au contraire, l’haleine est normale, c’est signe que la femme n’a pas conçu »

Un sujet de thèse tout tracé pour interne en manque d'inspiration, aucune étude n’a tenté de vérifier la véracité de cette méthode.

Pour les amateurs de cuisine, les médecins du Nil nous ont même livré une recette de contraception à l’aide d’un tampon vaginal imprégné d’un broyat de coloquinte, d’acacia et de dattes, le tout mêlé de miel, comme le mentionne le papyrus Ebers.

On ne doute pas de l’efficacité de cette mixture à dissuader toute aventure hasardeuse, les fragments de végétaux devant limiter toute ardeur… En sorte, il s’agissait d’un véritable tampon de chasteté.

La pratique obstétricale de l’Egypte antique
Tout comme l’ensemble de la médecine de cette époque, celle-ci était profondément imprégnée de conception magico-religieuse.

Le ventre des femmes enceintes était enduit d’huiles spéciales, empêchant ainsi les démons d’accéder au fœtus et de lui nuire.

Trois divinités protégeaient les femmes enceintes, et veillaient à l’heureuse issue des couches :

- Thouéris, déesse populaire de la naissance, qui symbolisait la maternité et l’allaitement. Elle était représentée comme une femelle hippopotame aux mamelles pendantes.

- Bes, protecteur de la femme enceinte et de l’accouchement, avait l’aspect d’un nain difforme aux jambes courtes et arquées. Par son allure repoussante, il chassait les mauvais esprits.

- Meskhenet, déesse de la naissance, spécifiquement vouée à la garde du siège de l’accouchement. Elle personnifie les briques sur lesquelles les mères égyptiennes s’accroupissaient au moment de l’expulsion.

Les notions d’accouchement nous sont retranscrites par l’art pictural, qui nous a laissé quelques scènes de naissances. Comme souvent, il s’agit essentiellement de dessins d’accouchement de déesse ou d’épouse de pharaon, et il est possible que les méthodes décrites ne soient pas celles qui correspondaient aux naissances populaires.

La femme enceinte était toujours accompagnée, par plusieurs sages-femmes, suivantes et servantes. Les présences masculines étaient interdites.

Les hiéroglyphes qui symbolisent l’accouchement montrent que l’enfant se présente normalement par le sommet et confirment que la femme accouchait en position accroupie sur quatre briques, de façon à permettre l’accès à la tête fœtale en voie de dégagement.

C’est également sur un lit de briques qu’était déposé l’enfant nouveau-né. Le cordon ombilical était sectionné à l’aide d’un couteau en obsidienne.

Le placenta était considéré comme le jumeau et le conseiller secret du nouveau-né. Dans certains cas, on faisait ingurgiter par celui-ci un fragment broyé dans du lait.

L’allaitement durait trois ans, mais pouvait s’effectuer à l’aide de lait de vache.

Les pratiques sont restées longtemps les mêmes, régis par les doctrines théurgiques égyptiennes. Ce n'est que bien plus tard, avec l'essor de la civilisation grecque et de la pensée philosophique, que certaines avancées médicales verront le jour.

Bibliographie :
Histoire de naître, Fernand Leroy, éditions De Boeck
Histoire de la médecine, Roger Dachez, éditions Tallandier

Nicolas Nocart

Article paru dans la revue “Association des Gynécologues Obstétriciens en Formation” / AGOF n°05

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