L’Engagement Hospitalier… Dès la première année d’internat !

Publié le 10 Apr 2024 à 15:54
Article paru dans la revue « INPH / Le Mag de l’INPH » / INPH N°28
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Mathis JACQUET
Interne DES de maladies infectieuses
Major de la promotion ECN 2023

Entrevue pour le MAG par

Dr Eric OZIOL
Secrétaire Général du SYNDIF

Eric OZIOL (E. O.)- Cher Mathis, vous êtes le major des derniers ECN 2023 selon l’ancien format et avez choisi une spécialité très hospitalière, l’infectiologie, pourquoi ce choix alors que le trio de tête des spécialités choisies est plutôt chirurgie plastique, dermatologie ou ophtalmologie ?

Mathis JACQUET (M. J.)- Pourquoi les maladies infectieuses  ? Alors tout d’abord parce que c’est une spécialité qui aborde le corps en entier, car je n’ai pas envie d’être spécialiste d’un seul organe, mais au-delà de prendre le corps dans son entièreté, on aborde la personne globalement. Souvent en maladies infectieuses nous sommes confrontés à des patients qui sont socialement en difficulté et on doit allier un point de vue médical avec un point de vue social. La porte d’entrée vers le « social » est assez souvent la maladie et plus particulièrement les maladies infectieuses, voire les épidémies.

E. O.- Les maladies infectieuses comme indicateur de santé de la société. De « l’infectiologie sociale », en définitive ?

M. J.- Exactement.

E. O.- Concept intéressant. Donc tu as toujours voulu faire ça et qu’est-ce qui a influencé ce choix ?

M. J.- Depuis que je suis en médecine j’y pense. En plus ce qui m’intéresse en infectiologie c’est que l’on voit des personnes de partout dans le Monde, soit qu’ils viennent de milieux et d’endroits différents du globe ou soit que l’infectiologue voyage à leur rencontre. J’ai mis le choix de cette spécialité en balance pendant assez longtemps, jusqu’à trois mois avant les choix, avec la médecine générale, parce que je trouvais qu’il y a beaucoup de choses qui se recoupent, dans l’approche globale de la personne et pour appréhender des situations très différentes d’une personne à l’autre. Mais après un passage en maladies infectieuses à Rennes moi choix était conforté.

E. O.- Donc par goût et non par dépit de la médecine générale.

À bientôt cinq mois de votre premier semestre en centre hospitalier non universitaire (je ne sais pas si c’est votre première expérience hors CHU), quelles sont vos impressions sur le métier de praticien hospitalier (PH) et sur l’exercice hospitalier ?

M. J.- Aussi dans ma motivation pour faire infectiologue, j’avais fait un stage très court de trois jours à l’hôpital de Saint-Brieuc pour voir comment se passait l’exercice d’infectiologue en CH. Cela m’avait énormément plu et cela a beaucoup contribué à mon choix et qui est confirmé par ce que j’observe dans mon stage actuel. J’aime bien l’exercice en CH. Tout en restant un hôpital assez grand, l’ambiance y est plus familiale qu’au CHU. On y rencontre mieux les collègues, avec des rapports plus directs et c’est plus facile de travailler avec des personnes avec lesquelles on peut créer des affinités, plutôt que des gens dont on n’a pas vu la tête.

E. O.- Donc un effet taille du CH, qui est plus à taille humaine. Est-ce que cela exclut toute velléité de carrière universitaire, à savoir d’enseignement et/ou de recherche ?

M. J.- C’est dur à dire car je ne suis pas passé en CHU, il faudra que je me fasse une idée après le CHU. Mais clairement là, après ce premier stage, je me verrais bien travailler en CH.

E. O.- Donc votre mode d’exercice, sera très clairement praticien hospitalier ?

M. J.- PH en CH ou en CHU, en tous cas je veux travailler à l’hôpital. CHU ou CH, c’est un peu trop tôt pour le dire, mais je n’élimine pas du tout le fait de travailler en CH.

E. O.- Donc la grande question suivante, c’est : soit « la » carrière universitaire, ou bien être PH et faire quand même de l’enseignement et de la recherche ?

M. J.- Pour répondre à ça j’attends de voir mon prochain stage en service de maladies infectieuses au CHU de Nîmes, pour me faire une idée plus claire.

E. O.- Vous allez donc faire cinq ans d’internat, année de docteur junior comprise.

M. J.- Cinq ans plus une année de Master 2.

E. O.- Master 2, donc vous avez un intérêt pour approfondir et faire de la recherche voire de l’enseignement. En tous cas, ce serait dommage de ne pas en faire, quel que soit votre futur statut, PH ou HU.
En ce qui concerne la carrière hospitalière, que savez-vous de celle-ci ? Du statut de PH ?

M. J.- En fait je ne sais pas très bien. Pour moi un PH, il fait toute sa vie en tant que PH. Je vois que sur le nombre d’heures cela à l’air assez flexible, puisqu’il y a beaucoup de PH dans l’équipe qui sont à 80 %. En infectiologie ce qui me fait envie c’est plutôt de pouvoir avoir une activité variée, voire alternée en fonction des semaines, comme « tenir la salle », faire de la consultation, donner des avis. Un exercice assez varié, même dans la façon de le faire, je trouve cela intéressant. Sinon est-ce qu’on est bien payés ? Bon, on est médecins, donc je pense qu’on n’est pas trop mal payés.

E. O.- Surtout depuis juillet 2020 et le SÉGUR de la santé, qui a permis de revaloriser les premiers échelons de PH, ce qui est une avancée pour les jeunes en début de carrière comme vous allez l’être.

M. J.- Merci, c’est sympa !

E. O.- Qu’est-ce qui vous plait dans la vie hospitalière ?

M. J.- Tout d’abord travailler en équipe, même si je ne connais pas encore le CHU en tant qu’interne, mais en tant qu’interne en CH, je trouve ça très agréable de travailler avec des collègues, des équipes soignantes qu’on connait. Avoir à demander un avis à quelqu’un qu’on connait, c’est peut-être plus sympathique qu’au CHU.

E. O.- Pour finir notre entretien, en tant que major des derniers ECN que pensez-vous de la réforme de l’ECN et plus particulièrement des ECOS ?

M. J.- Tout d’abord en ce qui concerne les ECOS, je pense que cela nous forme beaucoup mieux sur l’exercice pratique que ne le faisaient la préparation à l’ECN avec les QCM ou les CROQ. Cependant d’un point de vue purement appliqué, les ECOS avec des examinateurs différents pour chaque étudiant, avec une variabilité en fonction des facultés, c’est beaucoup trop subjectif et la subjectivité dans ce concours qui est trop important pour l’avenir de chaque futur interne, je comprends que cela puisse être difficilement vivable pour les externes actuels.

E. O.- Si je résume, les ECOS pour la formation c’est très pertinent, pour le classement c’est l’horreur.

M. J.- Exactement. Ce qui serait bien, ce serait une épreuve ECOS validante, comme ça nous aurions le bénéfice sur la formation, et puis un E DN classant, comme ça on a le caractère objectif sur le classement.

E. O.- Un grand merci pour cet entretien et bienvenue dans la famille hospitalière… et peut-être un jour dans l’action syndicale à l’INPH, que ce soit par le biais du syndicat des infectiologues (SNMinf), voire par celui des hospitalo-universitaires (SHU).

 

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Publié le 1712757289000