L'article : Savoirs / Analyse Cochrane

Publié le 11 May 2022 à 23:02


Le réentraînement des muscles respiratoires peut-il ajouter de la valeur au traitement du patient atteint de sclérose en plaques ?

Can respiratory muscle training add value to the therapeutic approach of multiple sclerosis patient ?

Ivo Neto Silva a aPhysiothérapie respiratoire, Hôpitaux universitaires de Genève, Rue Gabrielle-Perret-Gentil 4, 1211 Genève 14, Suisse
Dominique Monninb bRue des Marchands 16, 2900 Porrentruy, Suisse


INTRODUCTION
La sclérose en plaques (SEP) est une pathologie inflammatoire chronique du système nerveux central caractérisée par des lésions au niveau des substance blanche et grise, du tronc cérébral, de la moelle épinière et du nerf optique [1]. Les muscles respiratoires sont affaiblis, les capacités fonctionnelles diminuées, la fonction respiratoire affectée, même dans les phases précoces de la maladie [2]. Les complications respiratoires sont l'une des principales causes de mortalité associées à cette maladie [3].

Rietberg et al. [4] ont réalisé une revue systématique avec méta-analyse qui visait clarifier l'impact du réentraînement des muscles respiratoires sur leur fonction, la fatigue, la qualité de vie, la fonction pulmonaire, d'autres paramètres pulmonaires cliniques comme l'efficacité de la toux et les complications respiratoires, ainsi que la présence d'événements indésirables chez des patients adultes.

RÉSULTATS
Six essais contrôlés randomisés publiés avant février 2017 ont été retenus (195 patients). Deux portent sur le réentraînement des muscles inspiratoires à l'aide de dispositifs à valve [5,6], trois sur le réentraînement des muscles expiratoires, aussi à l'aide de dispositifs à valve [7–9], un sur des exercices des membres supérieurs associés à des inspirations nasales profondes et à des expirations forcées [10]. La méta-analyse porte sur cinq essais. Le réentraînement des muscles inspiratoires (n = 56) montre un effet sur la valeur prédite de la pression maximale inspiratoire, mais pas sur les autres paramètres ; le réentraînement des muscles expiratoires (n = 81) ne montre pas d'effet sur la fonction musculaire respiratoire (Tableau I).

Les autres variables n'ont pas pu faire l'objet de méta-analyse. Un essai, traitant du réentraînement des muscles expiratoires, a mesuré la qualité de vie. Il ne montre pas de différence significative (p < 0,136) [9].
Deux essais ne présentent pas d'événements indésirables [5,10] ; un essai rapporte des sensations d'étourdissement, de pénibilité et d'ennui chez certains participants [9] ; les deux autres essais n'ont pas pris ce critère en compte.
Finalement, l'évidence des résultats est de basse qualité (C) et le risque de biais majoritairement peu clair.

CONCLUSIONS
Avec une confiance modérée, les auteurs concluent qu'un réentraînement en résistance des muscles inspiratoires peut améliorer leur fonction chez les patients qui présentent une SEP de degré léger à modéré. Néanmoins, face à l'absence de définition d'une différence minimale cliniquement significative pour les valeurs de pression inspiratoire maximale chez les patients atteints de SEP, il est encore difficile de juger la pertinence clinique de ce type de réentraînement.

L'effet à long terme de ce traitement demeure incertain ; il doit faire l'objet de futures recherches. De possibles effets perdurant dans le temps pourraient mieux aider à comprendre l'impact sur la qualité de vie, le taux de complications pulmonaires ou la prise d'antibiotiques.

Auteur correspondant :
1 - Neto Silva,Physiothérapie respiratoire, Hôpitaux universitaires de Genève, Rue Gabrielle-Perret- Gentil 4, 1211 Genève 14, Suisse. Le réentraînement des muscles respiratoires peut-il ajouter de la valeur au traitement du patient atteint de sclérose en plaques ?

Le réentraînement des muscles respiratoires peut-il ajouter de la valeur au traitement du patient atteint de sclérose en plaques ?


Déclaration de liens d'intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.

RÉFÉRENCES
[1] Reich DS, Lucchinetti CF, Calabresi PA. Multiple sclerosis. N Engl J Med 2018;378:169–80.
[2] Bosnak-Guclu M, Gunduz AG, Nazliel B, Irkec C. Comparison of functional exercise capacity, pulmonary function and respiratory muscle strength in patients with multiple sclerosis with different disability levels and healthy controls. J Rehab Med 2012;44:80–6.
[3] Hirst C, Swingler R, Compston DA, Ben-Shlomo Y, Robertson NP.Survival and cause of death in multiple sclerosis: a prospective population-based study. J Neurol Neurosurg Psychiatry 2008;79: 1016–21.
[4] Rietberg MB, Veerbeek JM, Gosselink R, Kwakkel G, van Wegen EE. Respiratory muscle training for multiple sclerosis. Cochrane Database Sys Rev 2017;12:CD009424.
[5] Klefbeck B, Hamrah Nedjad J. Effect of inspiratory muscle training in patients with multiple sclerosis. Arch Phys Med Rehab 2003;84:994–9.
[6] Fry DK, Pfalzer LA, Chokshi AR, Wagner MT, Jackson ES. Randomized control trial of effects of a 10-week inspiratory muscle training program on measures of pulmonary function in persons with multiple sclerosis. J Neurol Phys Ther 2007;31:162–72.
[7] Smeltzer SC, Lavietes MH, Cook SD. Expiratory training in multiple sclerosis. Arch Phys Med Rehab 1996;77:909–12.
[8] Gosselink R, KovacsL, Ketelaer P, Carton H, Decramer M. Respiratory muscle weakness and respiratory muscle training in severely disabled multiple sclerosis patients. Arch Phys Med Rehab 2000;81:747–51.
[9] Westerdahl E, Wittrin A, Kånåhols M, Gunnarsson M, Nilsagård Y. Deep breathing exercises with positive expiratory pressure in patients with multiple sclerosis – a randomized controlled trial. Clin Respir J 2016;10:698–706.
[10] Mutluay FK, Demir R, Ozyilmaz S, Caglar AT, Altintas A, Gurses HN. Breathing-enhanced upper extremity exercises for patients with multiple sclerosis. Clin Rehab 2007;21:595–602.

Cet article est une re-publication réalisée avec l’accord des éditeurs de Kinésithérapie la Revue dans le cadre d’un accord passé entre la FNEK et Kinésithérapie la Revue.

Arnaud Cerioli, Xavier Dufour, Isabelle Morreale, Leïa Rousseau, Maxime Origas, Pierre Inchauspé, Stéphane Evelinger, Lombalgie et arthrose, existe-t-il un lien systématique ?, Kinésithérapie la Revue, Décembre 2017, Volume 17, n°192, p.46-50

Article paru dans la revue “Le Journal des Étudiants Kinés” / BDK n°48

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Publié le 1652302951000