L’art de procréer les sexes à volonté

Publié le 11 May 2022 à 01:12
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Théories et méthodes au début du XIXème siècle
Jacques-André Millot, né à Dijon en 1738 et mort à Paris en 1811, fit ses études chirurgicales et fut diplômé à la Faculté de Paris. Il s'installa dans la capitale comme chirurgien accoucheur et eut rapidement une belle clientèle et de haute noblesse. La Révolution fut défavorable à sa fortune sans néanmoins lui nuire directement, mais il n'est pas impossible qu'il soit passé d'écrits médicaux, destinés à l'Académie de chirurgie, à des ouvrages plus grand public, par nécessité financière.

C'est en 1800 qu'il publie à Paris son célébrissime "L'Art de procréer les sexes à volonté" qui eut un succès certain, connut six éditions successives entre 1800 et 1828, et lui valut de passer à la postérité.

Dans son introduction, Millot explique clairement le but qu'il s'est assigné avec son ouvrage, en faisant d'emblée référence au plus célèbre de ses prédécesseurs, Michel Procope Couteau. Celui-ci, connu également sous le nom de Procope-Coltelli, était le fils d'un noble sicilien ruiné, Procopio del Coltelli, qui vint s'établir à Paris, et y ouvrit en 1684 le premier établissement dédié à la consommation d'une nouvelle boisson à la mode, le café. Ce très fameux et historique "Café Procope" est toujours actuellement en activité et toujours à son emplacement d'origine, rue des Fossés Saint Germain, renommée rue de l'Ancienne Comédie, après le départ de "la Comédie française". Celle-ci occupa pendant 80 ans le Jeu de Paume de l'Étoile, en face dudit Café Procope, ce qui lui valut rapidement une clientèle artistique, littéraire et intellectuelle (Rousseau,

Pour eux, le petit être humain était déjà entièrement formé dans l'œuf, il n'avait plus qu'à grandir.

Voltaire, Diderot, Beaumarchais, etc.). Michel Procope Couteau, destiné initialement à une carrière ecclésiastique, se tourna rapidement vers la médecine, mais il ne l'exerça que peu, un riche mariage lui ayant permis de se consacrer à la poésie, à la littérature et au théâtre. Ses écrits médicaux furent très minoritaires sous sa plume, mais le seul titre qui est resté célèbre est justement consacré au sujet de cet article.

Mais retournons à Millot et à son introduction, où on peut lire: "Procope Couteau, médecin de Paris, a donné il y a plus de cinquante ans, l'art de faire des garçons ; j'ai préféré donner le moyen de procréer à volonté le sexe que l'on désire. Cette connaissance a aussi son but moral: c'est, je crois, le seul moyen d'augmenter, s'il est possible, la tendresse des pères et mères, parce que les parents qui n'auront que des enfants de leur choix les verront avec une satisfaction continuelle".

*Expert honoraire près la Cour d’Appel Membre de la Société Française d’Histoire de la Médecine

Ce qui est particulièrement intéressant dans la première partie de l'ouvrage, c'est que l'auteur y résume et discute les différentes théories admises ou défendues, à son époque, concernant les mécanismes de la génération, que nous appellerions plutôt aujourd'hui de la procréation. Il explique ainsi les trois théories explicatives différentes qui partageaient le monde médical de son temps.

Les Séministes, croyaient au mélange, dans l'utérus, des liqueurs séminales, provenant, chez l'homme, des testicules (liquide développant l'embryon), et, chez la femme, des testicules féminins (liquide nourrissant l'embryon).

Les Ovistes, bénéficièrent des progrès dans la connaissance de l'anatomie féminine, et plus particulièrement des "testicules" féminins appelés dès lors "ovaires". En effet, on y découvrit des “vésicules, remplies d'un liquide semblable à du blanc d'œuf, qui en a l'odeur, les qualités et les propriétés, alors l'analogie fit regarder ces vésicules comme des œufs". Et le terme ovaire (dérivé du latin ovum = œuf) fut définitivement entériné. Pour eux, le petit être humain était déjà entièrement formé dans l'œuf, il n'avait plus qu'à grandir. La découverte par Fallope des trompes utérines apporta évidemment un argument anatomique majeur à cette nouvelle théorie.

Les Animalistes, eux, bénéficièrent ensuite des progrès de la physique et de l'optique médicale, car c'est grâce à l'observation microscopique, grandement améliorée par ses lentilles de fabrication secrète, que le Néerlandais Lewenhoeck découvre en 1677, les animaux spermatiques ou spermatozoïdes. Mais cette découverte fut une arme à double tranchant car heurtant de front les théories défendues par des grands noms de l'époque comme: William Harvey ou Reynier de Graaf.

Notre auteur condamne cette théorie et écrit: "Un savant, M. Lieubercuhn nia l'existence de ces êtres, ces prétendus animaux n'étaient autre chose que des parties de matière vive, le résultat de la surabondance de la nourriture, enfin on en trouva dans toutes les parties femelles comme mâles car ces molécules abondent dans l'humeur de l'utérus que la femme émet après le coït. C'est d'après ces différentes expériences que tous les observateurs microscopiques de l'Europe furent d'accord sur ces animalcules qui n'étaient pas des êtres organisés, mais des parties organiques. Et tous revinrent au système des œufs auquel ils attribuèrent, avec raison, presque tous les principes de génération”. Dans sa lancée, notre auteur critique les observations de Buffon, sur les "animalcules" du sperme, qui a bien noté qu'au bout d'un certain temps, ils cessaient leur activité, puis que, lors de la putréfaction du sperme, ce que notre auteur croit être une nouvelle génération d'animalcules apparaît en remplacement: en quelque sorte, les enfants des décédés!! "Spalanzani a vu tout mouvement cesser dans la liqueur séminale lorsqu'elle se putréfie et a vu naître, après la putréfaction, plusieurs générations d'animalcules, qui ont imprimé à cette liqueur un autre mouvement, ce que n'a pas vu M. Buffon, qui s'est seulement aperçu de la diminution et du changement de mouvement, et de la diminution de volume, tandis que c'étaient différentes générations d'animalcules qui opéraient tous ces changements. Ces erreurs de M. Buffon ne peuvent venir que du microscope dont il se servait ou de l'organe de sa vue, car il avait les yeux myopes…/… C'est précisément parce que ces corpuscules ont du mouvement, qu'ils font partie de la matière vive toujours prête à être organisée, et que c'est elle qui donne à certains animaux la faculté de régénérer une patte et même une tête perdue…/… Pour que ces corpuscules fussent, à mon sens, des êtres organisés, il faudrait que Spalanzani les eût vus se nourrir ou se reproduire, car il ne suffit pas d'avoir des mouvements pour être animal, il faut la faculté de se sustenter ou de se régénérer pour constituer l'animalité…/… Concluons donc que les corpuscules que nous voyons en mouvement dans les liqueurs séminales ne sont pas des animalcules, mais bien des molécules nutritives et réparatrices des pertes continuelles qui s'opèrent chez les animaux". Maintenant c'est clair, notre auteur est Oviste, comme son prédécesseur sur ce sujet, Michel Procope, dont il reprend la description des quatre variantes de la théorie. Les infinitovistes, pour qui la semence masculine se borne à apporter le mouvement à l'œuf qui contient un fœtus miniature "tout formé depuis le commencement du monde, unique s'il est mâle, mais qui, s'il est femelle, contient de mère en mère tous ses descendants emboîtés les uns dans les autres". Les Unovistes, pour qui "chaque œuf est un petit ermitage habité par un solitaire inanimé, mâle ou femelle, et formé peu après la naissance de celle qui le porte". Les Animovistes sont des animalistes réformés qui, "forcés de reconnaître des œufs, regardent les ovaires comme des hôtelleries, dont chaque œuf est un appartement où vient, en passant du néant à l'être, loger un animal spermatique, sans aucune suite s'il est femelle, mais, s'il est mâle, traînant après lui de père en fils toute sa postérité". Enfin, les Séminovistes sont ceux qui pensent que "l'embryon est formé par le mélange des deux semences, non pas dans l'utérus mais dans l'œuf. C'est le seul mode de génération qu'on puisse raisonnablement admettre maintenant". Ainsi dit, c'est encore plus clair, notre auteur est Séminoviste.

Il nous explique ensuite que, pour lui, "la préexistence de l'animal doit précéder sa fécondation" et pour nous convaincre, il cite les travaux de Haller sur le poussin et le jaune d'œuf "dont la membrane est une continuité de celle qui tapisse l'intestin du poulet et que ce jaune a des artères et des veines qui naissent des artères et des veines du fœtus, et qu'enfin ce jaune, qui est une partie essentielle du poulet, existe dans l'œuf qui n'a pas été fécondé, d'où il résulte manifestement que le poulet doit exister avant sa fécondation, avec le jaune auquel il est lié. La préexistence de tout être doit nécessairement précéder sa fécondation, sans quoi elle serait une création". Ben voila, vous avez tout compris !

Notre auteur cependant, réfute l'empilement des futures générations admis par les Infinitovistes et les Unovistes. Il affirme que, "la préexistence se forme, se développe et s'accroît chez l'animal. Depuis le moment de la fécondation d'un œuf, la nature travaille sensiblement et visiblement au développement et accroissement de l'individu qu'il contient, mais elle travaille aussi, quoique invisiblement, à le mettre en état de se reproduire" Il explique que la puberté ne sert qu'à dérouler les vaisseaux et les nerfs qui, chez le garçon, doivent charrier le fluide séminal, et, chez les filles, doivent conduire et déposer dans les œufs, les sucs et les atomes nécessaires à la reproduction de la créature humaine. "La nubilité chez la fille doit être regardée comme un débordement des réservoirs, car alors les ovaires sont tuméfiés, une partie des œufs sont pleins, ils attendent la fécondation". Il complète ses arguments par des exemples chez les poissons ovipares, puis les fleurs à bulbes et notamment les jacinthes… Et de conclure contre les théories des anciens: "Pourquoi vouloir que la génération, la progéniture de l'animal soit toute formée, longtemps avant la naissance de celle qui doit la produire? Il me paraît plus naturel de croire que chaque individu femelle apporte les organes nécessaires à la formation et au dépôt de ce germe qui se forme et s'accroît dans ses ovaires, et que le mâle opère son développement par la fécondation qu'il lui apporte". Et il donne un autre exemple: "La génération ne suppose pas une production de nouvelles parties, elle n'est qu'une modification nouvelle des parties déjà existantes. Que voyons-nous dans la chrysalide au premier moment? Un fluide transparent qui, après quelques jours, devient opaque; qui, quelques jours plus tard, devient membraneuse, et nous présente la robe de l'animal, garnie de ses membres; en un mot, toutes parties qui ont cessé d'être fluides, composant un animal vivant et si bien organisé qu'il produira d'autres animaux, qui, à leur tout, en produiront bien d'autres. L'œuf de la poule, la chrysalide contenaient donc, dans les fluides, les animaux que nous avons vu s'organiser; le seul point de la difficulté est de croire que des parties dures comme les os, aient été originairement fluides; il faut cependant croire ce que l'on voit, surtout quand la nature le démontre dans tous les genres. Qu'y a-t-il donc de répugnant à croire que les éléments de l'embryon humain, sont, comme ceux des autres vivipares, renfermés dans l'œuf contenu dans l'ovaire, sous une forme fluide?"

Dans le chapitre suivant, notre auteur cite, à l'appui de ses affirmations, plusieurs cas, décrits dans les publications scientifiques de l'époque et notamment les Mémoires de l'Académie des Sciences, "d'embryons bien formés dans des œufs qui n'avaient pu se détacher de l'ovaire". Nous appelons ça aujourd'hui des grossesses extra-utérines de localisation ovarienne, mais notre auteur a réponse à tout: "Il y a des exemples de conceptions extra-utérines, qui prouvent que des œufs fécondés n'ont pas été reçus par les trompes, pour être transmis ensuite à l'utérus, mais qui n'en démontrent pas moins que la fécondation s'est opérée dans l'ovaire. On a trouvé plusieurs fois des enfants dans l'abdomen: on ne peut douter que les œufs qui les contenaient ne soient tombés de l'ovaire dans l'abdomen par un accident qui a dérangé la trompe au moment où ces œufs se détachaient de l'ovaire". Et il continue ainsi, au fil des chapitres, jusqu'à la fin de sa première partie (p 147), à accumuler les "preuves", irréfutables à ses yeux, de sa vision de l'ovisme: l'œuf est constitué dans l'ovaire où il se trouve encapsulé, en quelque sorte, dans une membrane souple, et c'est le liquide séminal masculin qui viendra déclencher l'ouverture du couvercle de ce réceptacle, l'éjection de l'œuf depuis l'ovaire, qui sera ensuite recueilli par la trompe, et le début de la maturation du contenu de l'œuf vers le fœtus humain.

Dans la deuxième partie de son ouvrage, notre auteur se consacre, tout au long de 190 pages, à l'étude du placenta, de la circulation fœtale, des ovaires et des trompes. Résumons ces longs chapitres pour aborder plus loin le sujet titre du livre, la sélection volontaire des sexes. Le placenta, s'il est bien décrit par les anatomistes, les connaissances de l'époque sont plus tenues et discrètes quant à son origine et à sa formation. Aussi, après avoir rappelé les connaissances anatomiques de son temps (et, notamment, la non communication vasculaire des faces utérine et fœtale du placenta), l'auteur explique son ingénieuse théorie, basée essentiellement sur le fluide séminal masculin et ses innombrables molécules organiques mobiles, à grosse tête et longue queue (autrement dit, les spermatozoïdes): "Rien ne nous empêche de croire que la tête de chaque molécule ne reçoive l'extrémité d'une des radicules de la veine ombilicale et que la queue de cette molécule ne se plonge dans la tête d'une autre molécule, et ainsi de suite tant qu'il y en a; que ces molécules ne se lient ensemble par un tissu cellulaire, formé par la partie muqueuse de la liqueur séminale; et qu'enfin les filaments des dernières molécules ne se plongent dans la substance de l'utérus à travers les spores innombrables de sa membrane interne, pour y puiser la liqueur lymphatique qu'elles se transmettent d'abord de proche en proche, et ensuite aux radicules de la veine ombilicale. Je ne crains pas maintenant d'avancer que le placenta prend son origine dans cette liqueur, dont les molécules organiques forment la base”. Pour faire simple, les spermatos, en files indiennes et à la queue leu leu, constituent le placenta et connectent l'utérus à l'embryon… En ce qui concerne la circulation fœtale, notre auteur combat les affirmations de Baudelocque selon lequel il existe une circulation sanguine par communication des sinus utérins avec les cellules du placenta. Pour lui, au contraire: "les filaments des molécules organiques transmettent aux radicules de la veine ombilicale, une matière lymphaticolaiteuse puisée dans les sinus utérins, et qui, transmise à l'embryon, est convertie en sang par l'action de son cœur". Il développe ses idées, en citant de nombreux auteurs, sur une cinquantaine de pages.

En ce qui concerne la fonction ovarienne, il rappelle que: "Les ovaires sont composés d'un tissu feuilleté, rempli, chez les filles nubiles, mais non encore fécondées, de vésicules plus grosses et plus saillantes les unes que les autres, appelées œufs à cause de la liqueur qu'ils contiennent. Les vaisseaux ainsi que les nerfs qui se distribuent à chaque œuf sont si faibles et si petits qu'il faut une loupe pour bien les voir; cependant ces vaisseaux et nerfs ont la vertu, la propriété de porter et de déposer dans chaque œuf, les atomes qui doivent former la créature, avec les organes spécifiques de chaque sexe". En ce qui concerne, justement, la détermination du sexe, l'auteur, après avoir exposé, page 300, les principales théories et explications débattues à l'époque, nous explique son opinion personnelle: "les sexes ne sont pas chez l'homme, les sexes sont chez la femme. Un des ovaires doit fabriquer les atomes nécessaires au sexe féminin. Le Créateur a donné en même temps à l'autre ovaire, la faculté de mouler les atomes de l'autre sexe" Affirmation qu'il appuie sur de nombreux exemples pris dans les végétaux "si une même plante produit les graines mâles et femelles de son espèce, qu'y a-t-il d'extraordinaire dans la production des deux sexes, par la femme, puisqu'elle a deux ovaires séparés? L'observation m'a prouvé que l'ovaire droit fournit constamment l'embryon de sexe masculin, tandis que l'ovaire gauche fournit constamment le sexe féminin. Supprimez une trompe seulement, vous supprimez un sexe et la femelle reste féconde de l'autre sexe".

Voila, nous connaissons maintenant le secret de la sélection naturelle des sexes! Sautons les nombreuses pages suivantes, consacrées à l'Hermaphrodisme (ornées d'ailleurs de plusieurs belles gravures) et allons tout de suite découvrir les conseils pratiques de notre auteur pour obtenir sûrement le sexe souhaité.

Ce chapitre fondamental, qui justifie le titre de l'ouvrage, commence à la page 341 du livre, et en constitue la troisième et dernière partie. Notre auteur débute, cependant, par critiquer son prédécesseur en la matière, Procope Couteau, qui, lui, affirmait que c'était la liqueur testiculaire qui donnait l'un ou l'autre sexe suivant le testicule considéré, et aboutissait donc à conseiller l'ablation du testicule donnant le sexe non souhaité! Mais, heureusement, notre auteur nous affirme: "Je ne suis pas de son avis; ne faites divorce avec aucun de vos testicules, gardez les deux". Ouf!!

Et, enfin, la recette miracle, aussi simple que non dangereuse: "C'est un mouvement de plus ou de moins de la femme, qui, au moment de la fécondation, détermine le sexe. Si elle s'incline un peu sur le côté droit, à coup sûr il en résultera un garçon; si, au contraire, elle s'incline un peu sur son côté gauche, elle donnera la vie à une fille, si évidemment, la trompe et l'ovaire du côté concerné sont sains et fonctionnels. Si la femme garde un parfait aplomb, ce qui est bien difficile dans un lit ordinaire, les deux ovaires peuvent être fécondés simultanément".

Et notre auteur de citer en renfort un autre livre célèbre "le Tableau de l'Amour Conjugal" par Nicolas Venette, médecin du Collège Royal de La Rochelle. Paru en 1686, et considéré comme le premier ouvrage de sexologie, il eut un succès considérable et connut plusieurs traductions, et pas moins de 33 éditions jusqu'en 1900!!

On y lit: "la semence de l'homme étant reçu dans la matrice de la femme couchée sur le côté droit, ne peut tomber par son propre poids, que dans la corne droite, où les garçons sont le plus souvent formés". Notre auteur termine enfin, pour convaincre les hésitants, par une longue liste de ci-devant, pourvus d'un grand nombre de filles, et qui, grâce à lui, ont pu assurer la pérennité de leur branche nobiliaire par les garçons enfin obtenus. Donc, ne désespérez pas si vous avez déjà treize filles, en suivant les conseils donnés, votre quatorzième enfant sera le garçon tant attendu! Nicolas Venette a eu douze enfants, harmonieusement répartis entre les deux sexes.

Mais restons sur le même sujet de la sélection des sexes et voyons rapidement l'œuvre d'un continuateur ultérieur. A. Cleisz, médecin à La Charité et élève de Budin, publia en 1889 une première mouture, qu'il étoffa ensuite en 1895, de son ouvrage: "Lois de la création des sexes. Des moyens de s'assurer une progéniture mâle".

Il expose son plan dès son introduction: "S'il est aisé d'interrompre par une naissance masculine une série de naissances féminines, l'inverse n'est nullement démontré et il est en effet fort difficile, et souvent presque impossible, d'obtenir la naissance d'une fille quand il y a déjà une série de garçons. On peut agir sur le produit de la génération d'une manière indirecte, en traitant les parents avant l'acte même de la génération, et, d'une manière directe quand l'œuf est déjà fécondé. Il faut savoir que le sexe est d'une apparition postérieure de 27 jours à l'acte générateur, et que, dans ce laps de temps, il est encore susceptible d'être influencé".

Après avoir longuement expliqué les différents modes de reproduction, asexuée et sexuée, en prenant exemple chez une foultitude de végétaux et d'animaux de la planète, il aborde dans un nouveau chapitre le travail de ses prédécesseurs. Et l'on retrouve, assez bien étudiées, les publications de Procope-Couteau et de Millot, au milieu des énumérations des travaux des très nombreux auteurs qui se sont penchés sur la génération au cours des siècles. Indiscutablement ce livre ne s'adresse pas au grand public, mais plutôt à des spécialistes en biologie, tant les références scientifiques à la biologie végétale et/ou animales y sont nombreuses.

Pour lui, la méthode pour sélectionner le sexe souhaité n'est pas univoque mais repose sur un ensemble de facteurs qui, s'ils agissent tous dans le même sens, facilitent l'obtention d'un sexe au détriment d'un autre. Selon ses conclusions, la primiparité facilite les garçons, et plus encore chez les "vieilles" primipares (à partir de 32 ans…); l'âge de la mère, "les mères très jeunes ou très âgées (au-delà de 40 ans) ont un grand excédent de garçons"; l'âge du père entre également en compte: "lorsque le mâle est plus âgé, la progéniture masculine est prépondérante, quand les procréateurs ont le même âge et, à plus forte raison, quand le mâle est plus jeune, c'est le sexe féminin qui prédomine" Et il insiste: "Le fait à retenir est celui-ci: le sexe qui prédominera chez l'embryon sera celui du générateur doué de la plus grande vigueur relativement à l'autre générateur." Notre auteur résume ainsi son opinion: "Il n'y a pas une loi unique du sexe, mais plusieurs lois, plusieurs influences qui s'exercent pour déterminer le sexe. Il y a des influences qui s'ajoutent, il en est d'autres qui se contrarient ou qui s'annulent" En fait, il s'agit plus du travail d'un biologiste, bon observateur des plantes et des animaux, qu'un livre de "recettes" destiné aux couples humains. On comprend donc facilement que cet ouvrage n'ait pu détrôner, pour le grand public, celui de Millot.

Mais ce qui est surtout intéressant dans ce livre, c'est de constater que, à la fin du XIX ème siècle, les chercheurs les plus sérieux continuent à observer, à expérimenter et à raisonner sur les exemples végétaux et/ou animaux, comme vingt siècles auparavant, et n'arrivaient pas à réfléchir sur les spécificités de l'être humain. Il faudra encore presque un siècle pour que les particularismes de l'être humain, dans le domaine de la sexualité et de la procréation, soient enfin pris en compte en tant que tels, et nous libèrent de l'œuf de poule.

Propos de lecture
“Du bonheur et de la difficulté de devenir mère” expose au lecteur une analyse factuelle à partir de 5 cas, de ce moment unique où chaque femme qui devient mère se trouve confrontée à un bouleversement profond de ses certitudes. Chaque obstétricien est amené à soutenir les mères dans ces moments d’instabilité, il trouvera dans cet ouvrage quelques réponses à ces situations difficiles.
www.maman-blues.fr

Bertrand de ROCHAMBEAU
Article paru dans la revue “Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France” / SYNGOF n°106

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Publié le 1652224375000