Interview Dr Stéphanie SCARFONE - Médecin du travail UGECAM Alsace

Publié le 29 May 2024 à 12:36
Article paru dans la revue « ANIMT - Magazine des Internes de Médecine du Travail » / Mag'ANIMT N°3
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  • Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ?

Je suis médecin du travail depuis 2012.

Après des études de médecine à la Faculté d’Aix-Marseille, j’ai choisi la spécialité de Médecine du travail à Strasbourg. Je suis arrivée dans cette ville en 2008 ou j’ai d’abord commencé mes stages dans des services « cliniques » : médecine interne, épreuves fonctionnelles respiratoires, centre antipoison, puis j’ai poursuivi par des stages spécifiques dans des services interentreprises et autonomes de médecine du travail.

Après mon internat, j’ai travaillé comme médecin du travail puis médecin de prévention animateur régional de la délégation Alsace du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), en conservant une activité en service interentreprise et j’étais également à l’époque, praticien attachée au Centre Antipoison.

Puis, j’ai rejoint le service de santé au travail de l’Université de STRASBOURG en tant que médecin du travail et cheffe de service d’une équipe de 7 personnes.

Parallèlement, j’ai gardé une activité hospitalière en tant que PH attachée au service de pathologie professionnelle de Strasbourg.

Puis en 2002, j’ai rejoint l’UGECAM Alsace dans la perspective d’y créer un service de santé au travail autonome.

En termes de formation, outre le DES de Médecine du travail, je me suis également formée en ergonomie, toxicologie et radioprotection.

  • Quels aspects de la médecine du travail vous ont initialement attiré ?

J’ai été attirée par plusieurs aspects. Tout d’abord le contact avec les entreprises, dans le milieu de travail, où la plupart des gens passent une grande partie de leur temps et dans lequel on va retrouver une multiplicité de risques professionnels qu’il faut apprendre à connaître, analyser et prévenir. L’idée d’y œuvrer en prévention me semblait ouvrir un champ des possibles très large.

De plus, la variété des pathologies que l’on peut rencontrer en médecine du travail est multidisciplinaire : on voit aussi bien des salariés présentant des problématiques respiratoires, dermatologiques, psychiatriques, rhumatologiques, etc. mais aussi des salariés en bonne santé ! C’est ce qui fait la richesse et l’intérêt de ce métier.

Enfin, le travail d’équipe avec des acteurs aux profils très différents m’a semblé très enrichissant.

  • Actuellement, quels types de salariés suivez-vous et à quels types de risques particuliers sont-ils exposés ?

Actuellement à l’UGECAM Alsace, je suis principalement des soignants : médecins, infirmiers, ASH, kiné, etc. mais aussi des personnels encadrants, administratifs et techniques.

  • Vous avez participé à la création du service de santé autonome où vous travaillez en ce moment, pouvez-vous nous expliquer quel a été le chemin qui vous a amené à intégrer ce projet ?

Après plusieurs années comme médecin du travail en service autonome dans la fonction publique, j’avais envie d’explorer d’autres champs de ma spécialité et d’exercer dans le privé. De plus, après le COVID, j’avais la volonté de me rapprocher du monde des soignants, de me sentir utile auprès d’eux qui avaient tant œuvré pour nous.

Enfin, j’étais motivée par ce nouveau challenge, la conduite de projet a toujours été un domaine qui m’intéressait et avec mes expériences tant de médecin du travail que de manager, j’avais envie d’aller plus loin, de m’investir dans un projet porteur de sens.

  • Quelles ont été les difficultés rencontrées ?

Les difficultés ont été nombreuses, quand l’idéal du projet se confronte au réel. Partir de rien, dans un domaine finalement méconnu qu’est la santé au travail et notamment le rôle du service de santé au travail est presque un combat quotidien. Matériellement déjà, la spécialité a évolué, l’informatique est notre outil de travail : choisir un logiciel, le configurer, solliciter les personnes ressources pour l’alimenter, le financer, a nécessité du temps et de la persévérance, car il s’est ajouté à toutes les autres contraintes de locaux et de besoins en matériel.

L’organisation des convocations aux visites médicales, complexe car multi sites, dans un souci de revenir au respect des obligations réglementaires, sans braquer et en gagnant la confiance des salariés.

Mener des projets collectifs, d’emblée car le besoin et la demande sont là.

Identifier les bons interlocuteurs pour chaque problématique, exercice difficile et long ! Car notre sujet n’était pas forcément la priorité de salariés déjà pris dans leur travail quotidien, avec une charge conséquente.

Créer l’équipe, recruter, accompagner, former.

Communiquer, expliquer nos rôles et missions, rassurer sur notre autonomie et notre indépendance ont été un gros travail qui continue encore aujourd’hui et qui n’est pas encore gagné.

À chaque étape, à chaque avancée c’est une petite victoire.