Interview : Audrey, Docteur Junior en MPR et sa thèse

Publié le 05 Mar 2024 à 12:59
Article paru dans la revue « AJMER / AJMERAMA » / AJMERAMA N°5
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Prise en charge des symptômes évocateurs d'infection urinaire chez les patients réalisant des auto-sondages dans un service de MPR

Avec l'Ajmerama, nous souhaitons mettre en avant vos travaux et aujourd'hui, c'est Audrey JULIENNE qui a accepté de nous partager son travail de thèse portant sur la gestion des symptômes évocateurs d'infection urinaire chez des patients réalisant des auto-sondages.

Peux-tu te présenter  ?

Je m'appelle Audrey JULIENNE, je suis actuellement Docteur Junior en MPR à Rouen avec une orientation vers la MPR neurologique et neuro-urologique.

Comment as-tu eu l’idée de travailler sur ce sujet  ?

J'ai fait mon deuxième semestre dans le service des blessés médullaires du Dr LE JEAN à Rouen. J'ai pris conscience de la fréquence des troubles périnéaux chez nos patients et de leurs impacts sur la qualité de vie. Cela m'a donné envie d'approfondir ce domaine de la MPR avec ma thèse et la réalisation du DIU de neuro-urologie de la Sorbonne.

J'ai également eu l'occasion de faire un semestre dans le service de physiologie uro-digestive du CHU de Rouen. Cela m'a permis d'appréhender les problématiques périnéales différemment et de prendre en charge des patients tout venant et pas seulement ceux de MPR. S'ouvrir à une autre population est très enrichissant et renforce l'importance de la prise en charge des troubles périnéaux, quel que soit le contexte et la pathologie sous-jacente.

Peux-tu nous présenter ton travail de thèse  ?

Ma thèse porte sur la prise en charge des symptômes évocateurs d'infection urinaire chez les patients réalisant des auto-sondages dans un service de MPR. Les auto-sondages ont permis la réduction de la mortalité des patients ayant une vessie neurologique, notamment en diminuant les infections urinaires et le risque pour le haut appareil. L’enjeu actuel est d’optimiser une utilisation raisonnée des antibiotiques, afin de limiter l’apparition de résistances bactériennes. L’objectif de cette étude était d’évaluer le respect des recommandations sur la réalisation d’un ECBU et l’éventuelle utilisation d’antibiotiques chez les patients sous auto-sondages dans un service de MPR.

De nouvelles recommandations ont été publiées en 2020 pour encadrer la prise en charge des infections urinaires dans cette population.

Cet algorithme résume ces dernières recommandations :

Nous avons réalisé une étude rétrospective et monocentrique chez des patients pratiquant les auto-sondages en hospitalisation complète. Chaque symptôme faisant évoquer une infection urinaire a été recueilli, ainsi que la prise en charge réalisée (hydratation préalable, prescription d’un ECBU et traitement). L'objectif était de comparer les prises en charges réalisées dans un centre de MPR avec les nouvelles recommandations.

48 patients ont été inclus, principalement blessés médullaires (94  %), pour un total de 71 événements urinaires. 52 événements évoquaient une infection urinaire basse, le symptôme principal était l’apparition ou la majoration de fuites urinaires (38  %). 100  % des antibiothérapies ont été différées et adaptées à l’antibiogramme. Les recommandations ont été appliquées pour 67  % des cas. La prise en charge n’était pas optimale pour 17 événements, dont 13 réalisations inappropriées de bandelette urinaire généralement faites à l'initiative des équipes paramédicales.

La démarche diagnostique est l’élément de vigilance principal dans l’amélioration de la prise en charge des symptômes urinaires chez les patients sous auto-sondages. Le risque de résistance bactérienne reste cependant maîtrisé grâce à la mise en place de l’hyperhydratation avant réalisation de l’ECBU et la bonne utilisation des antibiotiques. Nous soulignons également l'importance de l’éducation des patients et des soignants dans ces prises en charge.

Pourrais-tu nous partager tes impressions lors de ta présentation durant la SOFMER  ? Aurais-tu des conseils pour les prochains internes qui souhaiteraient présenter leur projet en congrès  ?

Il y avait énormément de monde dans la salle, c'était très impressionnant et assez stressant mais je travaillais sur le sujet depuis deux ans déjà et les automatismes ont vite repris le dessus sur le stress dès le début de la présentation. Finalement, l'assemblée était intéressée par le sujet et grâce aux questions posées, nous avons pu continuer à échanger sur le sujet après ma présentation. Cela a été une belle expérience de pouvoir présenter mon travail à la SOFMER.

Pour les prochains, n'hésitez pas à proposer vos abstracts pour la SOFMER, même si vous ne vous sentez pas prêts à ce moment-là. C’est une certaine forme de reconnaissance d'être choisi par le comité scientifique et c'est très enrichissant de discuter d'un sujet sur lequel vous travaillez depuis longtemps avec d'autres MPR.

As-tu des projets pour poursuivre cette étude  ?

Actuellement nous n'avons pas prévu de poursuivre cette étude mais nous sommes en train de mettre en place des ateliers thérapeutiques pour les patients blessés médullaires afin de les sensibiliser aux problématiques liées à leur pathologies et notamment les problématiques urinaires avec la prise en charge des symptômes et des infections urinaires.

Un grand merci Audrey d'avoir participé et de nous avoir présenté ton travail de thèse  ! Si vous aussi vous souhaitez nous faire partager votre travail, que ce soit de thèse, de mémoire ou autre, n'hésitez pas à nous contacter à l'adresse [email protected], il apparaîtra peut-être dans le prochain numéro  !

Interview réalisée par
Justine TREBUCQ

 

 

 

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Publié le 1709639944000