Interview : à la rencontre d’un Universitaire

Publié le 1652688574000


Comment et quand souhaite t’on devenir universitaire ?
Pr Jean-Nicolas Dacher : Dans mon cas, le choix pour la carrière universitaire a été très précoce. Dès le début de mon internat, je me suis impliqué dans l’enseignement (conférences d’internat, cours aux externes, etc.) et j’en ai tiré beaucoup de satisfaction. Quand un peu plus avancé dans mon cursus d’interne, j’ai eu l’occasion de faire quelques remplacements en libéral, je me suis rapidement rendu compte que cette pratique n’était pas faite pour moi, que je préférais le milieu hospitalier et universitaire, le travail en équipe, le contact avec les étudiants, l’innovation, la prise en charge pluridisciplinaire de pathologies complexes.

Mes trois séjours à l’étranger (Belgique, USA et Canada) ont fini de me convaincre que la vie en milieu hospitalo-universitaire était ce qui me convenait le mieux en dépit de la difficulté d’accès à la carrière. Mon attrait pour la recherche était évidemment très fort, encouragé par un formidable DEA à Paris (l’ancêtre du M2) sous la direction des Prs Axel Kahn et Alain Fisher (rien à voir avec la radiologie...). J’ai eu la chance en imagerie pédiatrique puis cardiaque (l’imagerie des « structures » en mouvement - j’étais attiré par le cinéma et ceci explique peut-être cela) de me retrouver dans des domaines dynamiques et où les thèmes de recherche clinique abondaient avec des implications directes pour les patients et le système de soins. Le caractère compétitif de la recherche m’a toujours beaucoup plu, voire amusé ; j’ai fait pas mal de sport dans ma jeunesse et les choses sont probablement liées. Convaincre un comité de lecture de l’intérêt et de la qualité d’une recherche est un défi qui prend beaucoup d’énergie, requiert un travail acharné, et s’apparente au quotidien du sportif en quête de performance qui cherchera à améliorer le plus infime des détails.

Comment s’organise la semaine d’un universitaire ?
Pr J.-N. D. : Chaque semaine est une aventure... ; on a un planning prévu et il se passe un tas d’autres choses inattendues. Autant dire qu’il faut être zen et accepter de gérer l’imprévu avec calme et autant d’efficacité que possible. Dans mon cas, la part clinique est très importante travaillant dans un assez gros CHU de province où comme partout on serait mieux avec quelques médecins seniors supplémentaires. La part de réunions est non négligeable même si on essaye de plus en plus de faire des réunions à thème et limitées dans le temps. Le principe de la réunion est a priori un peu ennuyeux mais quand celles-ci sont bien organisées et qu’elles impliquent les bonnes personnes, elles peuvent être très utiles au fonctionnement quotidien. La partie la plus ennuyeuse est probablement celle qui concerne la gestion des messages électroniques ; l’outil est formidable mais souvent un peu trop facilement employé. Heureusement, Mail In Black est là pour faire un premier tri. On reçoit quand même beaucoup de mails qui ne nous concernent pas.

La part recherche, dans mon cas, c’est le fil rouge ; un peu le matin, un peu le soir, beaucoup le week-end. A mon âge, il s’agit plus de relire, critiquer et corriger les articles de mes plus jeunes collaborateurs. Je passe aussi pas mal de temps à « reviewer » (désolé pour l’anglicisme) des articles scientifiques ; les journées n’ayant que 24 heures, je ne peux malheureusement pas accepter de rédiger les critiques de tous ceux qu’on m’envoie. La review est un formidable moyen de faire sa formation continue ; on a parfois hélas des articles médiocres mais de temps en temps on reçoit une pépite et on a la chance d’avoir une information nouvelle en exclusivité.

Les tâches nationales sont également prenantes, et ce de façon hétérogène dans l’année.

Je suis notamment membre du CNU, l’assemblée qui nomme les Profs et les Maîtres de Conf. de Radiologie sous la houlette du Pr JM Bartoli de Marseille, notre Président bien-aimé. La tâche est à très haute responsabilité mais totalement passionnante et il y a beaucoup de très bons moments, voire de moments inoubliables, notamment avec les jeunes candidats à ces postes d’enseignants qui m’épatent souvent par leur parcours, leur personnalité, leur dynamisme et leurs accomplissements.

Qu’elle est la plus grande qualité et le plus grand défaut d’une carrière universitaire ?
 Pr J.-N. D. : Avantages multiples, je n’ai jamais regretté mon choix de carrière. Boulot passionnant et à haute responsabilité. Mon plus grand bonheur c’est d’avoir des nouvelles de mes anciens internes. La plupart sont complètement épanouis dans leur boulot. Mes plus exotiques, un Prof au Canada, une Radiologue à Londres, plusieurs sur l’Île de La Réunion, un à la Guadeloupe et une téléradiologue en Australie. Si ils ou elles lisent cet article, ils ou elles se reconnaîtront. 

Le versant concret : rémunération, mode d’exercice, gardes, congrès, ect.
Pr J.-N. D. : La rémunération pourrait être plus élevée, mais elle reste très correcte par rapport à la moyenne des médecins et plus encore à la moyenne des français. Seul défaut, la retraite un peu faiblarde par rapport à celle des PH car la nôtre est surtout calculée sur notre part universitaire.

Le mode d’exercice pourrait évoluer : le PUPH est un peu « bon à tout » dans les CHU.

Je serais très favorable à la création d’un nouveau statut de radiologue de CHU à l’américaine, impliquant plus les PH (qui sont en fait aussi des Profs).

Les gardes sur place, je n’en fais plus mais je fais toujours des astreintes et ça me permet de rester jeune et au contact du quotidien de nos hôpitaux.

Les congrès il y en a beaucoup. Je suis devenu sélectif et très fidèle à certaines réunions dont je sais qu’elles me seront bénéfiques tant en termes d’apprentissage que de networking.

Article paru dans la revue “Union Nationale des Internes et Jeunes Radiologues” / UNIR N°37

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