Interne d’hier, pédiatre d’aujourd’hui

Publié le 1652080353000


Devenir pédiatre en CAMSP

Quand as-tu voulu devenir pédiatre ?
De mémoire, au collège déjà je disais que je voulais soigner les enfants. Aucune idée d’où cela venait : je n’ai aucun médecin dans ma famille et je n’avais jamais consulté un pédiatre de ma vie. Cette idée est restée… jusqu’à l’externat. Là, à chaque stage hospitalier on me disait : « Mais tu ne vas tout de même pas faire ça ! Pas de la médecine vétérinaire ! ». Je me suis alors mise à envisager d’autres spécialités mais… finalement j’ai choisi la pédiatrie.

Comment s’est déroulé ton internat ?
Je me revois encore en début d’internat : « Dans quel service de spécialité tu voudrais passer ? ». Et moi de répondre : « Je ne sais pas trop, tout ce que je sais c’est que la neuro, non merci. Pour voir des encéphalopathes toute la journée, même pas la peine… ». Chemin faisant, et après un stage aux urgences pédiatriques, je me suis rendue compte que le suivi prolongé et global des patients, c’était primordial pour moi. Au fil de l’internat, je me suis rendue compte que j’aimais beaucoup la clinique, que je n’étais pas la meilleure interne du monde pour diagnostiquer le syndrome rare qui touche 1 enfant sur 100 000. Par contre, l’accompagnement dans les annonces diagnostiques, le suivi prolongé et le soutien à la parentalité : j’aimais ça et j’étais plutôt bonne. Mais je ne savais toujours pas quoi faire…

Par contre, le milieu hospitalier m’irritait de plus en plus et je devais travailler ailleurs pour mon équilibre mental et physique à terme. A l’occasion de mon congé maternité, en fin de 2ème année d’internat, j’ai enfin réussi à « me poser » pour réfléchir. Rien de mieux qu’une longue pause pour faire le point ! En me documentant à droite à gauche pour un métier qui allie prise en charge médicale globale et une qualité de vie supérieure à celle de l’hôpital, je me suis intéressée au secteur médicosocial, et notamment au Centre d’Action Médico- Sociale Précoce : Les CAMSP !

Le CAMSP prend en charge les enfants de 0 à 6 ans, à risque de handicap ou présentant un handicap afin d’effectuer leur suivi et d’organiser une prise en charge rééducative si besoin et accompagne les parents. Grâce à une amie interne, j’ai pu passer quelques journées d’observation dans un CAMSP parisien : J’ai pu voir le rôle des médecins, la prise en charge par les différents rééducateurs (kinésithérapeute, ergothérapeute, orthophoniste, éducateur de jeunes enfants, pédo- psychiatre) mais aussi les limites de telle structure : horaires limités pour les parents, manque de personnel, accès limité aux examens complémentaires. J’avais trouvé ma voie : travailler dans le médico-social, avec une compétence neurologique. J’ai donc orienté mes derniers stages hospitaliers en ce sens : génétique médicale, neurologie pédiatrique puis rééducation neurologique. Tous ces stages m’ont conforté dans ce choix et également dans le fait que je voulais quitter l’hôpital au plus vite.

Pas de clinicat pour moi. Bien sûr, j’aurai moins d’expérience en neurologie mais est-ce que cela vaut la peine de s’user la santé, de ne pas voir grandir ses enfants et de risquer le divorce ? Pour moi la réponse était clairement NON ! Certains PUPH ne l’ont pas compris, et d’autres (peu nombreux) m’ont dit que le clinicat n’était pas indispensable pour cette voie. 

Comment as-tu trouvé un poste après l’internat ?
La fin d’internat arrivant, j’ai débuté le DIU de Neurologie Pédiatrique. J’ai également envoyé des CV, 6 mois avant ma soutenance de thèse, poussée par certains de mes chefs. Le milieu médico-social est assez petit, ce qui fait qu’il y a peu de postes. Mais lorsqu’un poste est vacant, il n’y a pas forcément beaucoup de candidats. J’ai donc eu la chance de trouver un poste à mi-temps dans un CAMSP parisien. L’avantage du mi-temps : je peux conserver une activité de pédiatrie générale pour m’occuper d’enfants « normaux ». 

Quel est ton rôle de pédiatre en CAMSP ?
Mes fonctions sont multiples : Je prends en charge des enfants de moins de 6 ans. Certains sont « à risque de handicap » comme les anciens grands prématurés, je les vois en consultation trimestrielle pour m’assurer de leur développement psychomoteur et initier une prise en charge précoce si besoin. D’autres sont adressés car ils présentent déjà un trouble du développement (trisomie 21, X fragile, hémiplégie, retard de développement global, leucodystrophie, maladie neuro-dégénérative), et je suis leur évolution en proposant une prise en charge rééducative adaptée, en fonction de l’enfant mais aussi des contraintes en personnel. Je donne également un avis sur les appareillages en lien avec les ergothérapeutes et les kinésithérapeutes. Les enfants ayant une pathologie à dominante psychiatrique sont plutôt orientés en CMPP, en CMP ou bien avec les pédo-psychiatres du CAMSP. Un autre de mes rôles est l’accompagnement à l’intégration de l’enfant (crèche, école ordinaire, soutien avec AVS, orientation en IME), où l’avis du médecin est important pour conseiller au mieux les familles. Tout ce travail se fait en lien avec l’équipe médicale hospitalière qui suit déjà l’enfant.

Quelles sont les conditions de travail et l’évolution de carrière ?
Question salaire, nous ne sommes pas mal lotis dans le milieu médico-social avec un salaire en début de carrière qui équivaut à celui d’un PH débutant, et tout ceci aux 35 heures et sans astreinte ni garde. L’évolution de carrière est toutefois moins diversifiée : la seule évolution au sein d’un CAMSP c’est d’être promut médecin directeur technique, donc responsable administratif de la structure. Après, il existe d’autres structures dans le milieu si on veut changer d’air : les SESSAD ou les IME, avec des populations d’enfants totalement différentes.

Bref, j’ai réussi à trouver une activité médicale variée, intéressante et épanouissante qui me convient. Et finalement, je ne vois pas tant d’encéphalopathes que ça… ;-) Et n’en déplaise à certains, sans passer par un clinicat qui nous est présenté comme « passage obligé » pour tout interne en pédiatrie qui se respecte. 

Dr Laëtitia DELBÉ-BERTIN,
Pédiatre fraîchement diplômée, Paris
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Article paru dans la revue “Association des Juniors en Pédiatrie” / AJP n°07

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