Informations syndicales : vers un dépistage organisé du cancer du col de l’utérus en France

Publié le 1652366828000

Ce programme visera à augmenter la couverture par frottis cervico-utérin parmi les femmes de 25 à 65 ans conformément aux recommandations de la Haute Autorité de Santé.

E. PAGANELLI*, K. HAGUENOER**, S. SENGCHANH**

L’expérimentation d’un dépistage du cancer du col de l’utérus est expérimentée en Indre et Loire depuis 2010. Il rend service aux femmes mais aussi aux professionnels de santé qui pratiquent les frottis. La prise en charge de la consultation et du prélèvement se fera selon les modalités habituelles. Nouveauté, les femmes ayant reçu une invitation pourront bénéficier d’une prise en charge à 100% (sans avance de frais) de leur frottis.

E. PAGANELLI

Mesure phare du plan cancer 2014-2019, le programme national de dépistage organisé du cancer du col de l’utérus devrait prochainement débuter en France. Attendu de longue date par les professionnels de santé et mis en place par de nombreux pays depuis parfois des décennies, en France il était expérimenté par 4 départements depuis les années 90, rejoints par 9 autres départements en 2010 ; ce programme va donc (enfin) devenir national.
Il visera à augmenter la couverture par frottis cervico-utérin parmi les femmes de 25 à 65 ans conformément aux recommandations de la Haute Autorité de Santé, à communiquer auprès des professionnels de santé et du public sur ce cancer et sa prévention, à s’assurer que toute femme de cette tranche d’âge dont le frottis est positif bénéficie d’un suivi et à mettre en place une évaluation globale de ce dispositif.

Le cahier des charges paru au journal officiel (Arrêté du 4 mai 2018 relatif à l'organisation du dépistage organisé du cancer du col de l'utérus) précise le fonctionnement de ce programme qui sera financé par l’état et l’assurance maladie. Ainsi, les futurs centres régionaux de coordination des dépistages des cancers inviteront les femmes de 25 à 65 ans sans frottis cervico-utérin depuis 3 ans à réaliser ce test chez le professionnel de santé de leur choix (gynécologue, médecin généraliste ou sage-femme). Le frottis en phase liquide sera privilégié (mais le frottis conventionnel reste toujours possible). La prise en charge de la consultation et du prélèvement se fera selon les modalités habituelles. En revanche les femmes ayant reçu une invitation pourront bénéficier d’une prise en charge à 100% (sans avance de frais) de la lecture de leur frottis (dans ce cas, le cabinet d’anatomopathologie ou le laboratoire ne pourra pas pratiquer de dépassement d’honoraires).
L’objectif de cette invitation ciblée est d’augmenter le taux de couverture par frottis et de diminuer les inégalités sociales de santé. Les professionnels de santé exerçant dans les départements où ce dépistage organisé a été expérimenté rapportent souvent avoir vu “apparaître ou réapparaître” à leurs consultations des femmes sans aucun suivi ou ayant interrompu leur suivi depuis de nombreuses années. L’intérêt pour les professionnels de santé sera également d’être soutenus par une communication nationale, relayée localement, qui visera à diffuser auprès du public le message et les recommandations se rapportant à la prévention et au dépistage de ce cancer, notamment en ce qui concerne l’intervalle de 3 ans (généralement) recommandé entre 2 frottis.
Le deuxième axe d’actions concernera le suivi des positifs. Dans le cadre de la généralisation, le taux de cytologie anormale attendu est de 4%. La prise en charge des femmes ayant une cytologie anormale doit être menée selon les recommandations de l'INCa de 2016. Leur but, permettre une meilleure prise en charge des patientes mais aussi éviter les gestes thérapeutiques inutiles et la morbidité associée. En France, on estime qu’un cancer du col de l’utérus sur cinq faits suite à un frottis pathologique sans suivi adapté (femmes perdues de vue, prises en charge atypiques…). Afin de limiter ces situations dramatiques, les centres régionaux de coordination des dépistages des cancers viendront épauler les professionnels de santé qui interviennent dans le suivi des frottis pathologiques : envoi de rappels aux professionnels pour toutes les femmes de 25 à 65 ans (invitées ou non) ayant un frottis pathologique sans suivi, pour les biopsies positives sans traitement… Le troisième axe consistera à mettre en place une démarche qualité et une évaluation du dispositif selon plusieurs modalités : labellisation des centres régionaux de coordination des dépistages des cancers, envoi de données anonymisées à Santé Publique France (ex-InVS) pour l’évaluation nationale du programme et retours d’information aux professionnels sur leur pratique à des fins d’auto-évaluation.
Nous avons désormais tous les outils en main, alors à nous d’allier nos compétences pour faire reculer significativement le “fardeau” de ce cancer !

* Gynécologue médicale, Secrétaire générale du Syngof et Présidente du Collège de Gynécologie du Centre Val de Loire.
** Médecins coordonnateurs du Centre de Coordination des Dépistages des Cancers d’Indre et Loire qui expérimente le programme de dépistage organisé du cancer du col de l’utérus depuis 2010

Article paru dans la revue “Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France” / SYNGOF n°113

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Publié le 1652366828000