Informations médicales : le counselling interpersonnel en médecine générale

Publié le 23 May 2022 à 19:04
#Médecin généraliste


« Exemple du deuil »

De plus en plus de patients consultent pour des problèmes relationnels associés à des troubles psychiatriques. La thérapie interpersonnelle (TIP) est la seule thérapie à se focaliser exclusivement et de manière précise sur ces dysfonctions interpersonnelles. C’est une thérapie limitée dans le temps qui a été élaborée entre 1969 et 1974. Elle a ensuite, été codifiée dans un manuel en 1984. Elle est basée sur l’analyse et la correction des modes relationnels interpersonnels de la personne souffrant de dépression et elle ne se concentre pas sur les aspects intrapsychiques ou cognitifs de ce trouble psychiatrique. Issu de la TIP, le counselling interpersonnel (CIP) a été conçu à l’attention des médecins généralistes, confrontés au quotidien à ce type de population. Il s’agit d’une approche moins contraignante que la TIP, du fait de consultations plus courtes dans la durée et moins nombreuses dans le temps. Il consiste en un traitement relativement court de six consultations, chacune d'entre elles ayant un but très explicite et précis.

Structure organisationnelle du CIP

Première consultation – Evaluation symptomatique
A la première consultation, le médecin généraliste pose le diagnostic de la dépression, propose une psycho-éducation et évoque les possibilités thérapeutiques.

Deuxième consultation – Détermination du domaine spécifique de la problématique interpersonnelle
 Cette étape sera consacrée à « l’inventaire interpersonnel » où il s’agit de passer en revue le fonctionnement social du sujet, ses relations passées et actuelles, les aspects satisfaisants et non satisfaisants de ses relations, ses attentes et ses déceptions envers ses relations.

De plus, tout changement récent dans l’environnement immédiat du patient ayant coïncidé avec l’émergence des symptômes dépressifs sera systématiquement scruté car il va constituer le centre du traitement thérapeutique. Les symptômes dépressifs sont alors liés aux expériences problématiques interpersonnelles actuelles décrites par le patient et les objectifs sont définis dans un des 3 domaines problématiques interpersonnels identifiés comme fortement corrélés à la dépression, à savoir :

  • Deuil pathologique ;
  • Conflits interpersonnels (de couple ou professionnel) ;
  • Transitions de rôle (changement de statut social : mariage, divorce, licenciement, promotion, naissance d’un enfant…).

Enfin, le MG évalue l'aptitude du patient à accepter le CIP et explique en quoi consiste cette approche.

Troisième, quatrième et cinquième consultations – Résolution du principal domaine problématique. Nous choisissons ici le deuil.
« Pour qu’un deuil ait une issue favorable, il faut que la personne – tôt ou tard – exprime ses émotions » (Bowlby, 1988).

Les objectifs consistent à faciliter le deuil par une expression ajustée des affects - envahissants ou réprimés - en rapport avec la perte telle que tristesse, manque, culpabilité, colère et autre. Pour se faire, le praticien est amené à réaliser une évaluation à double sens visant tantôt, l’examen des aspects positifs et négatifs de cette relation aboutissant à une vue plus réaliste du défunt, tantôt la description des séquences chronologiques qui ont entouré la fin de vie, c’est-à-dire, avant, pendant et après le décès.

Sixième et dernière consultation – Bilan et conclusion du traitement
Dans cette séance, le MG devrait revoir les développements  durant les semaines passées dansle domaine problématique, évaluer l’état actuel du patient et explicitement discuter la fin du CIP. Cette dernière est le focus majeur dans cette rencontre.

Conclusion
Pour être simple à mettre en place en raison d’une méthodologie claire et précise, le CIP constitue une approche thérapeutique pratique et efficace pour le traitement de certains troubles psychiques bénins (dépressions légères à modérées) en lien avec des difficultés relationnelles. Le Burn-out en est une autre bonne indication.

Les MG sont généralement familiers avec le cadre de vie de leurs patients et ont très souvent une bonne connaissance de leurs problèmes sociaux et interpersonnels, ce qui permet d’aller directement à l’essentiel. En outre, la fréquence et la durée des consultations nécessaires en CIP associées à la participation active du patient en dehors des séances vont encourager le praticien à s’engager dans ce type de prise en charge. Ainsi, le CIP peut être facilement intégré dans le cadre de soins de premiers recours

Dr Hassan RAHIOUI

Annexe

Le deuil normal
La réaction de deuil est différente d’un individu à un autre. En revanche, elle se manifeste généralement, par des symptômes affectifs, cognitifs, physiologiques et comportementaux divers :

  • Incrédulité, état de choc, engourdissement et sentiment d’irréalité ;
  • Colère ;
  • Sentiments de culpabilité ;
  • Tristesse et larmes ;
  • Esprit préoccupé par le défunt ;
  • Troubles du sommeil et de l’appétit ;
  • Vision du défunt ou audition de sa voix.

Tous les sujets ne présentent pas l’ensemble de ces signes hétérogènes. L’intensité de la perturbation baisse progressivement et les symptômes disparaissent les uns après les autres selon un ordre qui varie en fonction des individus.

Le deuil pathologique
En utilisant le DSM-4, les cliniciens ne pouvaient pas poser le diagnostic de la dépression majeure chez des individus durant les deux premiers mois suivant le décès d’un être cher. En revanche, dans le DSM-5, ce critère d’exclusion du deuil est supprimé et les symptômes dépressifs du deuil sont ainsi réintégrés dans cette version du manuel psychiatrique publié en 2013. Ce retrait est basé sur la crainte que des personnes réellement déprimées dans le cadre d’un deuil ne soient pas prises en charge correctement. Ce choix a été néanmoins, fortement critiqué.

En effet, d’autres auteurs se sont inquiétés de voir le deuil considéré comme un état pathologique, avec le risque que des symptômes dépressifs passagers liés à la perte soient incorrectement diagnostiqués comme un trouble mental avéré.

Formation au CIP
Pour plus d’information, merci de visiter le site de l’association française de thérapie interpersonnelle :
www.aftip.fr

Article paru dans la revue “Le Bulletin des Jeunes Médecins Généralistes” / SNJMG N°28

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