Histoire de la pédiatrie

Publié le 10 May 2022 à 18:07
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LES ALTERNATIVES À L’ALLAITEMENT MATERNEL AU COURS DES ÉPOQUES

Voilà la dernière partie de notre thème  d’histoire de la pédiatrie sur : comment un enfant que la mère ne pouvait pas allaiter pouvait être nourri au cours des différentes époques en France et en Europe. Nous avions abordé le « système des nourrices » qui a connu son apogée à la fin du 19ème siècle où « mettre son enfant en nourrice » était devenu la règle. Ces nourrices de campagnes recourraient également à des laits « artificiels », qu’elles préparaient elle-même, dans des conditions d’hygiènes plus que rudimentaires. Nous vous avions ensuite raconté l’histoire du lait artificiel et de ses inventeurs : Parmentier, Justus Von Liebig, Henri Nestlé, Maurice Guigoz, … Et finalement les biberons ont aussi leur propre histoire notamment avec le grand scandale des « Biberons Roberts », ces bouteilles à longs tuyaux de caoutchouc tueuses d’enfants. Cet évènement va mettre en lumière une triste réalité de cette fin du 19ème siècle : ces contaminations, via leur alimentation, ont été responsables de la mort d’entre 20 à 30 % des nouveau-nés de cette époque. La question des conditions d’hygiène est alors remise sur le tapis.

La révolution de la Pasteurisation
Vers la fin des années 1880, les scientifiques découvrent les agents pathogènes des principales maladies infectieuses que le lait peut transmettre : tétanos, typhus, diphtérie, rouget du porc,… Les médecins commencent à prôner un retour vers l’allaitement : « le sein protège, le biberon rend malade, tue ou mène à la folie ».

Le grand danger de l’alimentation au biberon vient bien sûr de l’absence d’hygiène et d’une mauvaise conservation du lait : lait cru et souvent falsifié, ainsi que de l’emploi de biberons en métal rouillé !

En 1885, les contaminations des nouveau-nés par leur alimentation entraînent la mort de 20 et 30 % des nourrissons, et il faut attendre le Congrès international de l’hygiène de 1889 pour voir enfin le corps médical recommander à l’unanimité un lait bouilli. Cette même année, le rapport de l’Exposition universelle consacre un chapitre à l’hygiène du lait et se préoccupe du mode de stérilisation.

1 Les premiers pas vers la « pasteurisation » du lait

1° Le premier : Nicolas Appert
Il est le premier à mettre au point une méthode de conservation des aliments (appelée appertisation) en 1795 soit soixante ans avant Louis Pasteur et la pasteurisation. Il stérilise les aliments par la chaleur dans des contenants hermétiques et stériles. Il crée en France la première usine de conserves au monde.

Avant l’arrivée de Pasteur, la société scientifique n’avait d’ailleurs pu déterminer ce qui, du chauffage ou du maintien en vase hermétiquement clos, était responsable de la conservation.

2° Pasteur
Au début des années 1860, les maladies des vins français grèvent lourdement le commerce viticol. Napoléon III demande à Pasteur de chercher un remède. En 1862, Pasteur confirme l’opinion formulée dès 1822 par un autre scientifique Christiaan Hendrik Persoon, en établissant le rôle d’un microorganisme : le mycoderma aceti (renommé Acetobacter aceti) dans la formation du vinaigre.
Il propose de chauffer le vin à 57 °C afin de tuer les germes et résout ainsi le problème de sa conservation et du transport : c’est la pasteurisation. Un premier papier sort en 1863 et Pasteur déposera le 11 avril 1865 un brevet puis finira de publier ses résultats dans Études sur le vin en 1866. Cette technique fut également immédiatement appliquée au traitement de la bière.
La pasteurisation pour la conservation du vin a été abandonnée vers la fin du 19ème siècle et est actuellement remplacée par le flash pasteurisation ou thermoflash. Contrairement à la pasteurisation du lait, à laquelle Pasteur n’avait pas pensé et qui s’est implantée durablement.

3° La pasteurisation du lait
La pasteurisation du lait fut prônée par Franz von Soxhlet, un chimiste allemand, en 1886. Soxhlet pensait que son stérilisateur était capable de rendre le lait complètement exempt de germes. La pasteurisation réduit de manière significative (habituellement d’un facteur de 100 000 pour le lait) le nombre de micro-organismes, mais certaines formes résistent comme les spores, notamment si le lait n’est pas ensuite conservé à 3-4°.
Franz von Soxhletest est le premier à avoir établi l’existence des protéines du lait : caséine, albumine et globuline ainsi que du lactose. En 1893, il examina les différences entre le lait de vache et le lait de femme. À partir de 1900, il étudia l’influence des sels de calcium sur l’apparition du rachitisme.

Définitions et températures
Les températures de pasteurisation varient entre 62 et 88 °C. Si cette température est dépassée, on attaque l’intégrité chimique le rendant inapte à porter le qualificatif administratif de « frais ». À des températures supérieures (plus de 100 °C), on parle de stérilisation : aucun germe ne subsiste dans le produit. Dans le cas des conserves, il s’agit d’appertisation, typiquement réalisée à 121 °C.

2 La généralisation de la pasteurisation du lait
Les principales bactéries qui furent retrouvées dans le lait cru à cette époque furent : de la salmonella typhi, divers E. coli, de la listériose et de la tuberculose. La tuberculose bovine infectant les vaches pouvait être transmise à l’humain par la consommation de lait contaminé.
On se rend compte que pour obtenir du lait « sain », le contrôle sanitaire des étables est nécessaire afin de détecter les vaches porteuses de tuberculose bovine. La mise en vente de lait pasteurisé et l’éducation des mères à la stérilisation domestiques s‘imposent peu à peu.
Ces mesures entraînent une baisse sensible de la mortalité infantile à laquelle contribue l’emploi croissant des objets d’hygiène vantés par une publicité clamant l’intimité familiale. On se préoccupe aussi de lutter contre les falsifications du lait. La plus courante consistait à ajouter de l’eau au lait. Elle ne cessera qu’en 1902. Le lait était également écrémé et on lui ajoutait des substances destinées à lui rendre son opacité et sa couleur (au choix : des oignons torréfiés, du caramel, du safran, de l’extrait de chicorée, de l’eau de chaux, de la gomme adragante...) ou à retarder la fermentation (bicarbonate de soude, acide borique, acide salicylique et même acide formique !). C’est à cette époque qu’apparaissent les Gouttes de lait, qui fournissent aux mères un lait à la qualité vérifiée, « humanisé «, stérilisé et réparti en autant de flacons que l’enfant devra prendre de repas. La première d’entre elles est créée à Fécamp en 1894 par le Dr Dufour. Le docteur Gaston Variot ouvre à Belleville en 1892 un dispensaire accueillant les enfants malades. À la veille de la Première Guerre mondiale, près de 200 établissements ont déjà ouvert leurs portes et l’action du Docteur Dufour est reconnue et il reçoit le grade de chevalier de la Légion d’Honneur en 1913.


La goutte de lait du docteur Variot à Belleville De Jean Geoffroy en 1903

Conclusion
Ces premières gouttes de lait sont finalement les premières PMI d’antan. La nutrition des nouveaunés a été et reste une des premières préoccupations des pédiatres. C’est aujourd’hui un sujet plus que d’actualité avec les scandales sanitaires de cette fin d’année 2017.

Les 2 premières parties de cette page de l’histoire de la pédiatrie qui ont été publié dans les 2 lettres de l’AJP précédentes seront bientôt disponible sur notre nouveau site internet de l’AJP Paris.

Sources

Daphnée Piekarski
Interne de pédiatrie, Paris

Article paru dans la revue “Association des Juniors en Pédiatrie” / AJP n°16

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Publié le 1652198850000