Fiche métier : Psychologue clinicien en soins palliatifs

Publié le 1660229159000

Estelle, Anna et Audrey sont toutes les trois psychologues cliniciennes aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg dans un Service de soins d'Accompagnement, de soins de Support et de soins Palliatifs qui comprend une Unité de Soins Palliatifs, une Équipe Mobile de soins d'Accompagnement, de soins de Support et de soins Palliatifs et une Équipe Ressource Alsacienne de Soins de Support et de Soins Palliatifs Pédiatriques.

Bonjour à toutes les trois, tout d’abord, merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions !
Pour commencer : Comment devient-on psychologue clinicien ? Avez-vous suivi une formation spécifique pour travailler en soins palliatifs ?
Après le baccalauréat, nous nous sommes orientées en Sciences Humaines à l’Université où un cursus de cinq ans minimum (Master 2) était nécessaire pour obtenir le titre de psychologue. Son usage est protégé par la Loi.

Au cours de la dernière année de Licence, nous avons choisi une spécialité qui a déterminé notre champ d'action par la suite (psychologie clinique, psychopathologie, psychologie sociale, du travail, du développement, …).

En soins palliatifs, nous exerçons en qualité de psychologue clinicien. La formation est générale. Par la suite, selon les problématiques rencontrées sur le terrain, nous participons à des formations complémentaires (Diplôme Universitaire de soins palliatifs, colloques, congrès, formation continue...). 

Les psychologues qui travaillent en soins palliatifs sont rarement de jeunes professionnels. Très souvent ils ont quelques années de pratique clinique.

Grâce à notre formation en psychopathologie (selon l'orientation thérapeutique choisie : psychanalytique, cognitivo-comportementale, humaniste, etc.) nous avons le titre de psychothérapeute, également réglementé par la Loi. 

Nous sommes ainsi formées pour écouter, accompagner et guider les personnes en souffrance psychique. 

Notre profession est régie par le Code de déontologie des psychologues qui sert de repère éthique à notre pratique. Le préambule de ce texte donne une idée générale de la fonction du psychologue quelle que soit son orientation clinique et sa spécificité : « Le respect de la personne dans sa dimension psychique est un droit inaliénable. Sa reconnaissance fonde l'action des psychologues. ».

Psychologue est un métier toujours en construction et nous ne cessons d’apprendre. Ce travail clinique se nourrit aussi des échanges avec nos collègues et des rencontres avec nos patients. 

Comment se déroule votre quotidien, votre « journée type » en soins palliatifs ?
En Unité de Soins Palliatifs, le psychologue est présent et travaille dans le service hospitalier. Il rencontre le patient, parfois sa famille, et participe aux réunions du service avec l'équipe pluridisciplinaire. 

En équipe mobile, le travail du psychologue ne suit pas le rythme d'un service hospitalier. Il s'inscrit dans une temporalité propre à ce type de service, caractérisé par une mobilité dans son fonctionnement. À partir de la demande que le service reçoit, nous décidons quand, comment et auprès de qui intervenir.

Pour rencontrer le patient et/ou les professionnels, nous nous déplaçons à domicile, dans les lieux de vie et dans les services hospitaliers. L’équipe mobile est souvent nommée « équipe transversale ».

Selon la situation, nous intervenons seules ou à plusieurs professionnels (infirmier, médecin, assistante sociale, puéricultrice).

Notre travail prend généralement la forme d'entretiens cliniques avec le patient et/ou sa famille. Nous pouvons également être sollicitées par l'équipe hospitalière ou l’équipe du lieu de vie (EHPAD, Foyer de vie…) qui s'occupe du patient. Nous apportons ainsi notre éclairage, nous écoutons et nous soutenons les professionnels dans leurs questionnements et difficultés. 

Après le décès du patient, ses proches peuvent faire appel à nous s'ils ressentent le besoin d'être accompagnés dans leur traversée du deuil. Ces entretiens que l'on nomme communément « suivi de deuil » s'ajustent à la demande. Leur rythmicité et leur durée est fonction du travail de deuil en cours et de la relation de soin qui s’engage.

Nous avons également une activité de formation, de recherche (étude clinique par exemple) et d'écriture (publication d'articles). Nous partageons aussi notre expérience avec des étudiants et des professionnels en demande de savoirs.

Quel est le rôle d’une psychologue en Soins Palliatifs ?
Le mouvement des soins palliatifs a immédiatement intégré les psychologues et les psychanalystes. Probablement parce que les soins palliatifs et la psychanalyse se sont facilement reconnus des points communs dans l’approche du malade incurable et l’accompagnement du mourant. Aujourd'hui, des psychologues de diverses orientations théoriques sont recrutés.

La présence d'un psychologue dans un service de soins palliatifs est soutenue par l'hypothèse que l'annonce de l'aggravation de la maladie, de l'arrêt des traitements, d'une évolution fatale, viennent bouleverser voire rompre l'équilibre psychique de la personne. Avec les termes de soins palliatifs, la mort s'invite dans les esprits de chacun : patient, famille, soignants. Les représentations se précipitent et se bousculent autour de l’impensable de la mort.

Le choc du diagnostic d’une maladie grave incurable, l’atteinte du corps (le réel du corps habité par la mort) et la douleur ont des répercussions psychiques qui justifient la présence des psychologues dans le monde hospitalier. 

L'espace de parole et d'écoute que nous proposons peut permettre au sujet de déployer son histoire. Cette mise en récit a des effets thérapeutiques et de soutien pour la personne.

Parfois l'atteinte du corps fait écran et prend toute la place. Il s'agit donc pour nous de soutenir cette vie psychique « écrasée par le somatique ».

Ces enjeux ne se retrouvent pas uniquement en soins palliatifs. Ils peuvent par exemple concerner les patients atteints de maladie grave, dont le corps est blessé.

L'accompagnement du patient en soins palliatifs n'est évidemment pas réservé aux psychologues. Chacun a la possibilité de l'écouter et de lui parler. La particularité de notre travail concerne le «  style  » d'écoute.  Notre attention au champ du langage et de la fonction (subjective) de la parole permet de prendre en compte la dimension psychique des patients et des soignants.

Par notre formation et notre travail personnel, nous essayons d'entendre ce qui se joue psychiquement pour le sujet : son imaginaire, ses fantasmes, ses dépendances intérieures, ses mouvements inconscients... La maladie réveille au moins en partie les souffrances psychiques antérieures.

Par sa présence et son travail, le psychologue clinicien soutient aussi ces espaces de parole et d'écoute auprès des professionnels qui sont impliqués dans la prise en soins du patient. Ce travail les confronte à des conflits, des échecs, des mécanismes de défenses (...) qu'il convient d'essayer d’élaborer.

...et avec les personnes âgées ?
Déjà, il serait intéressant de s’accorder sur le terme de « personne âgée ». Mais fondamentalement, il n’y a pas de différence : nous travaillons de la même manière quel que soit l'âge de la personne. Chaque personne réagit différemment face à la maladie, la perspective de la mort et le deuil. 

Nous pouvons tout de même dire qu'avec l'avancée en âge, la perspective de la mort est plus présente que chez le sujet plus jeune. Dans ce sens, « les personnes âgées » ont bien souvent dû faire face à la perte d’un conjoint et/ou de proches et connaissent particulièrement la douleur du deuil.

En Gériatrie, définir la période palliative est assez complexe. La personne a souvent plusieurs pathologies qui s’aggravent plutôt qu'une seule maladie grave incurable. Souvent l'équipe mobile est appelée lorsqu'il y a une découverte d'une maladie type « cancer » qui fait entrer la personne âgée dans le « paradigme soins palliatifs ».

Lorsque nous sommes sollicitées pour une personne en souffrance de la situation qu'elle traverse, nous intervenons quel que soit son âge !

En soins palliatifs, le travail de l´élaboration psychique permet d’accompagner la mise en mots d’une souffrance bien souvent impalpable, et qui doit s’exprimer. Envisager la mort est un mouvement déstructurant même pour ces « personnes âgées ». Ce travail psychologique permet de soutenir une vie psychique déstabilisée par cette perspective.

Il est essentiel de comprendre que même si la mort semble plus proche chez le sujet âgé, la vie demeure et doit être soutenue. Notre rôle est de l’aider à reconnaître cet élan vital et à le maintenir. 

Le deuil est un processus normal mais il est parfois vécu plus difficilement chez le sujet âgé. La succession des deuils, l’impression d’être celui ou celle qui « reste » sont des ressentis forts et déstabilisants qui peuvent les fragiliser. Là aussi l’élan vital peut être diminué et soutenir le patient à ce moment-là est important.

Dans toutes ces situations il s’agira pour nous d’offrir un espace et un temps d’écoute et de lien.

Pour conclure
Un psychologue en soins palliatifs travaille avec la subjectivité : la sienne et celle de l’« autre » qu’il accompagne. La rencontre avec l’altérité pousse à penser autrement, à ouvrir des espaces inexplorés. La pensée et la parole sont les seuls remparts contre le mortifère pour continuer à prendre soin du vivant, pour tenter de créer et inventer le moment jusqu’au bout de la vie.

Le psychologue a un rôle « pivot ». Il accompagne à la fois le patient et sa famille et il soutient les équipes soignantes à chaque étape. Il offre un espace fondamental d’élaboration psychique.

Notre profession est, petit à petit, de plus en plus connue par les anciennes générations. Si parfois nous sommes accueillies avec une certaine réticence, très vite beaucoup de vieilles personnes saisissent notre proposition d'écoute et de parole. Il n'y a aucune limite d'âge au travail psychique. 

Dans les catégories générales « soins palliatifs » ou « personnes âgées », il y a toujours un sujet avec son histoire singulière.

Estelle GALATI OLIVERI
Anna POLIAKOW-HAMLAT
Audrey RIMBERT
Psychologues cliniciennes
Service de soins d'Accompagnement, de soins de Support et de soins Palliatifs
Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
Pour l’Association des Jeunes Gériatres

Article paru dans la revue “La Gazette du Jeune Gériatre” / AJG N°30

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