Exercice professionnel : vaccins contre la grippe

Publié le 23 May 2022 à 15:43
#Médecin généraliste


La polémique de 2018 rebondit en 2019

Communiqué de presse du SNJMG le 15 octobre 2019
L’année dernière, et pour la première fois en France, des vaccins quadrivalents contre la grippe saisonnière bénéficiaient d’une AMM et d’une prise en charge par l’Assurance maladie. Mais le Syndicat National des Jeunes médecins Généralistes (SNJMG) avait révélé que cette nouveauté était entachée de plusieurs problèmes (1).

Outre l’incongruité de trouver, parmi les vaccins proposés, un vaccin non autorisé pour les mineurs, le SNJMG dénonçait le recours forcé aux vaccins quadrivalents :

D’une part, ni le Haut Conseil de la Santé Publique (2) ni la Haute Autorité de Santé (3) ne trouvaient de raison scientifique justifiant de privilégier les quadrivalents par rapport au trivalents.

D’autre part, le seul vaccin trivalent théoriquement disponible en France ne l’était pas en pratique. Or, les vaccins quadrivalents coûtaient près de deux fois plus chers pour la collectivité !

Interpellée par le SNJMG, la ministre de la Santé, Mme Agnes Buzyn, ne s’est jamais exprimée sur la question… sauf une fois sur France Inter en faisant un pari sur l’avenir : « je pense que les recommandations vont évoluer ».

Mais, l’épidémie de grippes et syndromes grippaux de l’année dernière n’a pas apporté d’éléments nouveaux et la Haute Autorité de Santé a confirmé à l’été 2019 (4) qu’en « l’absence de données d’efficacité clinique, (le vaccin quadrivalent) INFLUVAC TETRA n’apporte pas d’amélioration du service médical rendu (ASMR V), chez les enfants âgés de 3 à 17 ans pour lesquels la vaccination est recommandée, par rapport aux autres vaccins inactivés disponibles indiqués dans cette population » et elle n’est pas revenu sur ses avis de l’année dernière.

C’est dans ce contexte, que la campagne de vaccination 2019 s’ouvre en France avec 2 vaccins quadrivalents et 1 vaccin trivalent.

Or, selon nos retours auprès de l’Assurance Maladie et de différents pharmaciens, le vaccin trivalent ne sera pas plus disponible cette année que l’année dernière et les vaccins quadrivalents coûtent toujours près du double que les trivalents

Le SNJMG renouvelle donc son interpellation de la ministre de la Santé :

  • Pourquoi faire croire encore une fois à la fable d’un vaccin trivalent disponible ?
  • Pourquoi imposer de facto des vaccins deux fois plus chers sans, pour l’instant, la moindre justification scientifique (5) ?

Alors que dans le PLFSS2020, la ministre de la Santé promet de « favoriser la pertinence et l'efficience des actes, prestations et prescriptions », il serait étonnant qu’elle reste muette sur ce manque de pertinence concernant les vaccins contre la grippe.

NB : le SNJMG a publié sur son site Internet une fiche pratique sur la vaccination contre la grippe à destination des (jeunes) médecins généralistes.

Communiqué de presse du SNJMG le 15 octobre 2019
Contact presse : Dr Sayaka Oguchi – [email protected] – 07.61.99.39.22

La contraception masculine

Depuis la crise de la pilule débutée en 2013, de plus en plus de femmes sont déterminées à ce que leurs difficultés en matière de contraception soient prises en considération, tant par leurs partenaires que par les professionnel·le.s de santé qu’elles consultent. Refusant pour la plupart de recourir plus longtemps aux méthodes hormonales, elles se sont tournées vers le DIU au cuivre ou la symptothermie pour les plus aisées et vers le préservatif ou le retrait pour les autres. Mais chaque méthode a ses contraintes et il arrive que plus aucune ne semble pouvoir convenir, créant un sentiment de précarité contraceptive. Dans le même temps, un réseau associatif s’est mis en place pour que les hommes puissent également disposer d’un choix plus large de méthodes de contraceptions efficaces.

Historique
La première étape eut lieu en 1977 alors que les femmes venaient d’obtenir encore récemment le droit à la contraception et à l’IVG. ARDECOM, Association pour la Recherche et le DÉveloppement de la Contraception Masculine fut créée par des hommes qui remettaient en question leur rôle de mâles productifs et reproducteurs, stimulés par les réflexions que menaient leurs partenaires - la plupart féministes - sur leur condition de femme. D’une part, ils ont eu connaissance de la méthode hormonale mise au point par le Dr J.-C. Soufir, endocrinologue à l'hôpital Cochin de Paris, qui s’appuyait sur une pilule progestative et un gel de testostérone. Mise au point initialement pour un couple qui se trouvait dans une impasse contraceptive, les membres d’ARDECOM sont allé·e.s rencontrer ce médecin afin d’utiliser eux aussi cette méthode pour des raisons plus politiques. D’autre part, le groupe toulousain s’est penché sur la possibilité de mettre au point une méthode contraceptive basée sur l’augmentation de la température des testicules pour bloquer la spermatogenèse. Parmi eux se trouvait le Dr R. Mieusset, andrologue exerçant à l'hôpital Paule de Viguier de Toulouse. Quand les activités d’ARDECOM se sont mises en sommeil en 1986 entre autres à cause de l’épidémie de SIDA qui a rendu le préservatif incontournable, le Dr Mieusset a poursuivi ses travaux de recherche sur la méthode thermique. 

Dynamique associative récente
En 2012, les Drs J.-C. Soufir et R. Mieusset ont publié le livre La contraception masculine, ce qui a décidé quelques anciens membres d’ARDECOM à relancer en 2015 les activités de l’association. Un partenariat a rapidement été créé avec le MFPF, Mouvement Français pour le Planning Familial. Au même moment a vu le jour en Bretagne le collectif Thomas Bouloù. N’arrivant pas à se procurer des sous-vêtements contraceptifs auprès du Dr Mieusset, ce collectif a appris à en fabriquer et a inventé de nouveaux modèles qui se montrent désormais au moins aussi efficaces et confortables. Du côté des Pyrénées, un utilisateur enthousiaste de la méthode thermique depuis 2016 a rejoint ce réseau et a impulsé la création à Toulouse de l’association GARCON, Groupe d’Action et de Recherche sur la Contraception qui réinvestit les savoirs et savoir-faire acquis et propose d’accompagner la création de groupes similaires dans d’autres villes. Les initiatives se multiplient un peu partout en France et s’exportent doucement à l’étranger. Beaucoup de femmes sont impatientes de voir ces méthodes plus facilement accessibles et de nombreux hommes sont prêts à répondre à cette attente, ce qui crée un terrain très favorable à la dynamique associative.

Méthodes présentées
Le réseau ainsi constitué concentre ses efforts sur les méthodes qu'il est déjà possible d'utiliser, bien qu'encore trop peu accessibles, que sont la méthode thermique, la méthode hormonale et la vasectomie. Le préservatif n’ayant pas une efficacité contraceptive très satisfaisante, il est d’abord envisagé comme un moyen de lutter contre la propagation des IST. 

Méthode thermique
Les testicules sont situés dans le scrotum afin de maintenir leur température à 34°C. Il suffit d'augmenter cette température de 2°C pendant 15h par jour pour bloquer la spermatogenèse. Les heures d’éveil doivent être privilégiées pour une meilleure efficacité. On utilise différents dispositifs permettant de maintenir les testicules à l'entrée des canaux inguinaux. La méthode ne présente pas d'effets indésirables, elle est réversible et efficace au bout de 3 mois et aussi longtemps qu'on poursuit la cryptorchidie artificielle. Elle a été développée depuis le début des années 80 par le Dr R. Mieusset, andrologue exerçant à l'hôpital Paule de Viguier de Toulouse. Il met en place la formation des médecins et devrait pouvoir prochainement industrialiser la fabrication des sous-vêtements qu'il propose. En description très simplifiée, il s’agit d’un slip au devant duquel se trouve un orifice. On y passe la verge, puis on fait glisser le scrotum pour faire remonter les testicules.

D'autres dispositifs utilisant le même principe ont vu le jour sous l’impulsion d’utilisateurs ne manquant pas d’ingéniosité. Bien qu’ils ne soient pas reconnus par le Dr Mieusset, ils semblent dignes d’intérêt, en substitut ou en complément. Le jockstrap créé par le collectif Thomas Bouloù a reçu récemment quelques améliorations grâce aux recherches du GARCON. L’orifice par lequel passe la verge est maintenu par des bandes élastiques – ceinture de boxer et bretelle de soutien-gorge – ce qui lui permet de s’adapter à des anatomies très diverses et le rend très facile à fabriquer. Il trouve sa place plus facilement à l’intérieur du sous-vêtement habituel ou même d’un maillot de bain. 

Il semble ainsi pouvoir se substituer avantageusement au dispositif du Dr Mieusset. Il se fabrique avec environ cinq euros de matières premières, en deux heures, sans compétences particulières en couture. Il existe également un anneau en silicone, l’androswitch, qui permet par simple adhérence sur la peau de maintenir les testicules à l’entrée des canaux inguinaux. Celui-ci peut être commandé en cinq tailles sur internet.


Jockstrap

Si certains l’utilisent comme unique dispositif, d’autres observent un léger glissement induit par les mouvements de la marche. Les différences anatomiques modifient l’expérience de chacun. Néanmoins, il présente un réel intérêt pour une utilisation en complément du sous-vêtement.

De la même manière que les femmes disposent de plusieurs dispositifs menstruels pour s’adapter à différents contextes, les utilisateurs de l’anneau l’apprécient au moins pour les premières et les dernières heures de la journée lorsqu’ils sont couchés. Si le dispositif n’a pas fait l’objet d’essais cliniques, le silicone choisi a des propriétés de compatibilité biologique satisfaisantes.

 
Slip contraceptif

Le manque d’accompagnement médical est sans doute bien plus problématique que l’objet en lui-même. Un autre dispositif disponible sur internet est sans doute bien plus problématique : le spermapause est un boxer intégrant un fil électrique résistif et une batterie. Il permet de chauffer les testicules à 40°C pendant quatre heures, ou à 43°C pendant deux heures. Si on constate bien l’arrêt de la spermatogenèse, on peut craindre les effets à long terme de ce protocole.

Méthode hormonale
L'OMS a validé en 1996 un protocole hormonal qui consiste en l'injection hebdomadaire en intramusculaire profonde de 200mg d'énanthate de testostérone en solution huileuse. Les risques d'effets secondaires sont comparables à ceux des méthodes hormonales proposées aux femmes, à la différence que la libido a plutôt tendance à augmenter, ce qui n’est pas nécessairement plus simple à vivre. Les examens préalables et contre-indications sont également assez semblables. Le traitement est en principe limité à 18 mois mais si le bilan biologique ne décèle aucune anomalie, rien ne justifie réellement de l’arrêter. En effet, aucune toxicité de l’énanthate de testostérone n’a été signalée lorsque des hommes hypogonadiques l’utilisent à des doses équivalentes pendant des décennies. On constate qu’environ 15 % des hommes ne répondent pas suffisamment au traitement pour obtenir l’effet contraceptif. Si après un délai de trois mois on ne constate pas un effondrement satisfaisant de la production de spermatozoïdes, on doit envisager une autre méthode. Un délai d’environ trois mois après la dernière injection est suffisant pour retrouver une fertilité normale. Malgré la validation de cette méthode par l’OMS, l’énanthate de testostérone ne dispose pas d’AMM pour cet usage en France. Chaque dose injectable coûte 9 € et ne peut être transportée dans les bagages lors des déplacements en avion, la substance étant considérée comme dopante. Le Dr J.-C. Soufir, endocrinologue à l'hôpital Cochin de Paris, assure la formation des médecins qui souhaitent être en mesure de la prescrire. Dans les années 80, il prescrivait déjà une méthode hormonale utilisant pilule progestative et gel de testostérone.

Vasectomie
Largement pratiquée en Grande-Bretagne ou au Québec depuis le milieu des années 70, la vasectomie a démontré son intérêt. Alors que plus d’un québécois sur cinq y a recours, elle reste marginale en France. La situation est toutefois en train d’évoluer : 1880 interventions en 2010, 9240 en 2018, soit près de cinq fois plus.

Les français qui l'envisagent doivent pourtant encore trop souvent faire face aux réticences de professionnel·le·s de santé qui admettent difficilement qu'une méthode de contraception puisse être définitive. La loi du 4 juillet 2001 fournit une réponse claire puisqu’elle encadre la stérilisation à visée contraceptive. La crainte d’un éventuel regret pousse certain·e·s professionnel·le·s à refuser cette intervention à des patients qu’ils estiment trop jeunes ou qui n’ont pas procréé. Un entretien avec un psychologue ou même la participation du conjoint ou de la conjointe à la consultation sont parfois exigés. S’autorise-t-on autant d’ingérence lorsqu’il s’agit de procréer ? Si la loi de 2001 pose quelques conditions pour accéder à la stérilisation, elle ne garantit finalement aucun droit à y accéder pour ceux qui les remplissent et n’empêchent pas les praticien·ne·s d’ajouter leurs propres conditions. Ce n’est pas davantage acceptable pour la stérilisation que pour l’IVG.

Enjeux
L’intérêt des méthodes de contraception masculines ne se limite pas au partage de la charge contraceptive. Certes, il est nécessaire de répondre aux exigences des femmes qui ne veulent plus subir silencieusement les contraintes d’une contraception qui les rend sexuellement disponibles pour leurs partenaires. Mais les enjeux liés à l’égalité entre les sexes ne se limitent pas à cet aspect.Le développement de la contraception masculine permet aux hommes de se responsabiliser sur leur éventuelle parentalité. Pour le moment, ils s’en remettent à leurs partenaires, quitte à renforcer encore l’oppression qu’ils exercent sur elles pour qu’elles continuent à prendre la pilule, se fassent poser un DIU ou pour qu’elles se dépêchent d’avorter en cas de grossesse imprévue. Ainsi, les méthodes de contraception masculines n’ont pas vocation à se substituer aux méthodes féminines. Elles doivent plutôt être envisagées comme des méthodes complémentaires.

Sur le plan humanitaire, rappelons que près de la moitié des grossesses dans le monde ne sont pas désirées et qu’elles aggravent la pauvreté des populations les plus démunies.

La stérilisation est la première méthode de contraception utilisée par les femmes. Les méthodes hormonales ou le DIU peuvent être difficiles d’accès pour les populations subissant la précarité. La vasectomie et la méthode thermique sont faciles à mettre en oeuvre, peu onéreuses et peuvent ainsi être utilisées même par les personnes très éloignées des structures de santé.

Le rôle des médecins généralistes
Les méthodes réversibles évoquées précédemment nécessitent la réalisation de quelques examens préalables qui font partie des compétences des médecins généralistes, ainsi que la prescription et l'interprétation des spermogrammes permettant de vérifier l'oligospermie.

Les Drs Soufir et Mieusset organisent une à deux formations par an à Paris. Le syndicat MG France commence à proposer des modules de sensibilisation à ces méthodes et il est souhaitable que tous les organismes de formation en fassent autant. Le réseau associatif met à disposition les connaissances acquises et compétences développées dans ce domaine et souhaite participer activement à la mise en place de ces formations pour que l’accompagnement médical soit adapté aux besoins des usagers.

En ce qui concerne la vasectomie, si en France tou·te·s les médecins généralistes ne tentent pas de dissuader un patient qui envisage d'y avoir recours, il est extrêmement rare qu'il·elle·s prennent l’initiative de proposer cette solution.

En Grande-Bretagne, toute adolescente qui vient en consultation pour une première contraception reçoit obligatoirement une information neutre sur l'ensemble des méthodes existantes, même la vasectomie pour qu'elle puisse un jour en parler avec son partenaire. La pratique médicale influence nécessairement celle de leurs patients.

Erwan TAVERNE
Acteur associatif et utilisateur
de la méthode thermique
[email protected] | 06 51 57 18 53

Pour aller plus loin :

RETOUR SUR ERREUR
Vous avez été plusieurs, comme nous même et les autres intervenants du dossier, à vous étonner de l’oubli du nom de l’auteur de l’article Chois du précédent numéro, le docteur Sophie Guyomard. La même erreur s’est produite avec l’aticle Palliadic.com du docteur Juliette Créange et du docteur Marie Desesquelles. Le SNJMG reconnaît sa responsabilité dans ce "loupé" et c'est logiquement qu'il présente ses excuses auprès de son lectorat.

Conséquence pratique : Afin que ce type de "loupé" ne se reproduise plus, le SNJMG souhaite constituer une équipe de rédaction du Jeune MG qui ne s'occuperait que de cette tâche au sein du syndicat. Aussi, si ce projet vous intéresse (rappel : la revue Jeune MG est trimestrielle), n'hésitez pas à contacter notre secrétariat à l'adresse courriel : [email protected]. Nous vous accueillons les bras ouverts !

Article paru dans la revue “Le Bulletin des Jeunes Médecins Généralistes” / SNJMG N°25

L'accès à cet article est GRATUIT, mais il est restreint aux membres RESEAU PRO SANTE

Publié le 1653313385000