Étude concernant la contraception chez les patientes sans domicile fixe consultées dans deux CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale) français

Publié le 08 Apr 2024 à 15:39
Article paru dans la revue « SNJMG / Jeune MG » / SNJMG N°38


Une loi en 1967 (loi Neuwirth) a permis de légaliser la contraception orale en France.

Cette nouvelle donne a modifié considérablement les règles concernant la fécondité des femmes, et a permis à ces dernières d’être plus libres en ce qui concerne le choix d’une éventuelle conception (1-2).

La promulgation de cette loi ne s’est pas effectuée de manière simple, et Lucien Neuwirth a été vivement critiqué et menacé (2).

Changer le quotidien des français est souvent difficile, et ce d’autant plus que l’Histoire a eu un impact très important sur cette loi.

En effet, les deux guerres mondiales ont été à l’origine d’une importante crise démographique. Cet événement a conduit à une répression sévère de toute propagande concernant la contraception et de l’avortement (il est d’ailleurs fortement condamné par le code pénal depuis 1810) (3).

En 1974 et 1975, Mme Simone Veil, ministre de la Santé, a donné une nouvelle impulsion en ce qui concerne la contraception de deux manières (2) :

⇒ En autorisant l’interruption volontaire de grossesse qui a été à l’origine d’une bataille acharnée ;

⇒ En permettant un remboursement de la contraception orale.

Depuis cette date de nombreuses modifications concernant la contraception sont intervenues avec la mise sur le marché d’autres méthodes anticonceptionnelles : stérilet, implant, anneau vaginal, patch, contraception définitive (pose de clips au niveau tubaire, ou dispositif implanté au niveau tubaire) (1).

La plupart des travaux concernant la contraception sont effectués chez des patientes consultant au sein d’un cabinet médical, et concernent de ce fait un public qui n’est pas affecté par la précarité (4).

Néanmoins le planning familial est également le promoteur de certaines études concernant les femmes précaires ou non consultant pour un désir de contraception (1).

Dans ce contexte, nous avons voulu mieux appréhender la problématique de la contraception chez les patientes sans abri, cela afin d’avoir une meilleur approche concernant ce cas de figure.

Aussi avons-nous effectué une étude concernant les différentes méthodes utilisées par ces patientes en grande précarité.

Nous avons volontairement choisi de ne pas parler de la contraception par préservatif du fait du caractère très aléatoire de ce type de contraception.

Deux objectifs dans notre étude ont été pris en compte :

⇒ L’objectif principal est de déterminer la nature de la contraception choisie par les patientes consultées ;

⇒ L’objectif secondaire est d’évaluer les caractéristiques médico-sociales des résidentes consultées dans les deux centres d’accueil.

Matériel et méthode

Notre étude est une étude quantitative, rétrospective, descriptive réalisée sur l’année 2019.

Elle est effectuée dans deux CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale) des Pyrénées Orientales (sud de la France).

Sur cette période, 1002 patients ont été consultés (les consultations sont réalisées suivant les demandes des résidents), et parmi ces patients, 188 femmes (soit 18,7 %) ont bénéficié d’une prise en charge médicale.

Parmi ces résidentes, 126 femmes (soit 75 %) étaient en âge de procréer, c'est-à-dire avaient un âge compris entre 18 et 49 ans.

Le médecin généraliste qui consultait ces patientes (consultations hebdomadaires dans un des centres et bimensuelles dans le second) rédigeait des fiches qu’il transposait sur un fichier Excel.

Ces fiches prenaient en compte les caractéristiques médico-sociales des patients : âge, nature de l’hébergement, couverture sociale, type de pathologie à l’origine de la consultation suivant la CISP-2, addictions éventuelles.

Enfin il est important de souligner que notre travail a été déclaré à la CNIL.

Résultats

Dans un premier temps nous nous sommes intéressés au motif de consultation (tableau 1)

Trois motifs sont les plus représentés : psychologie (20 % des cas), respiratoire (17 % des cas), et social (14 % des cas).

Nous avons voulu par la suite connaître le mode de contraception le plus utilisé dans notre étude (tableau 2).