Et ailleurs ? Etudier la psychomotricité à la faculdade de motricidade

Publié le 28 Apr 2022 à 15:25

 Humana de Lisbonne

Le cadre

La Faculdade de Motricidade Humana (FMH) est une grande université qui regroupe divers cursus d’études autour de la motricité humaine : la danse, les sciences du sport, la gestion ou management du sport, l’ergonomie et la rééducation psychomotrice.

Elle est située sur une colline bordant le Tage, à environs 35 minutes de Lisbonne en transports. Les bâtiments de cours font face à de nombreuses installations, en lisière de forêt. Il y a une piscine, un stade de course, un mur d’escalade et un bâtiment plus petit réservé aux pratiques psychomotrices.

Comment s’organisent les cours à la Faculdade de Motricidade Humana ?
Au Portugal les études de psychomotricité se déroulent sur trois années obligatoires puis est proposée une formation en master durant deux années pendant lesquelles les étudiants commencent à travailler. Pour rendre possible l’exercice de la profession tout en se spécialisant, les cours de master se déroulent le soir à partir de 18 heures et peuvent aller jusqu’à 22 heures.

Les emplois du temps des trois années obligatoires restent identiques d’une semaine à l’autre. Les cours théoriques durent entre une heure et deux heures et les cours de pratiques durent entre une heure et trois heures. En première année, les étudiants ont des cours de piscine obligatoires.

Les étudiants de la FMH de Lisbonne qui souhaitent partir en Erasmus se déplacent lors de leur premier semestre de troisième année d’études.

Comment sont organisés les cours pour les étudiants en Erasmus ?
La constitution de l’emploi du temps des Erasmus est compliquée. Le coordinateur erasmus choisit les matières qui correspondent le plus au programme du pays d’origine pour assurer une certaine continuité dans les études. Ensuite, il faut consulter les emplois du temps de chaque année afin de distribuer les cours sur la semaine. Ainsi il n’est pas rare d’être partagé entres les secondes et les troisièmes années, entre les deux classes de chacune des années pour les diverses pratiques mais encore d’enchaîner plusieurs cours ou d’en avoir qui se chevauchent.

Quelles sont les différences de pédagogies en psychomotricité entre l’ISRP et la FMH ?

J’étudie à la FMH de Lisbonne depuis maintenant un mois. Je m’appuie alors sur mon vécue récent et mes premières impressions pour avancer que l’existence d’un master change énormément l’organisation des cours. Les programmes sont moins denses, puisqu’approfondis durant le master, ce qui permet aux étudiants d’être plus actifs dans leurs apprentissages.

Les promotions sont moins nombreuses qu’en France. En effet, alors qu’il y a environs 250 étudiants par promotion, ici il y a seulement cinquante étudiants par année, divisés en deux classes pour assurer les cours de pratique.

Les durées des cours théoriques sont beaucoup plus courtes qu’à l’ISRP où les étudiants sont parfois amenés à suivre un cours de six heures consécutives. Les professeurs sollicitent davantage l’étudiant à faire un travail de recherche et favorisent les interactions orales autour des sujets traités. Les travaux demandés aux étudiants portugais sont en partie identiques à ceux demandés aux étudiants français. Il y a des partiels à chaque fin de semestre et un contrôle continu dans chacune des matières, sous diverses formes.  

Il existe également des différences du fait que l’ISRP soit une école privée et que la FMH soit un établissement publique. Par exemple, un office erasmus est présent dans l’université pour accueillir les nombreux étudiants étrangers qu’ils reçoivent chaque année et les présences en cours ne sont pas relevées.

A la FMH, les cours se déroulent en portugais mais les professeurs comme les étudiants sont assez flexibles et peuvent adopter un langage anglais pour assurer une meilleure compréhension aux étrangers. En France, il est très compliqué de fonctionner comme cela à cause du niveau général de l’anglais chez les étudiants comme chez les enseignants. Mais les professeurs de la FMH ont plus de facilité à mettre l’anglais en avant aussi car ils ont un programme moins chargé à assurer et donc une contrainte de temps en moins.

Lors des cours, les étudiants prennent des notes manuscrites uniquement. Certains professeurs demandent à ce qu’une personne, différente à chaque fois, prenne des notes puis en fasse une synthèse et restitue le cours à l’ensemble de la classe. A l’ISRP il est devenu rare de prendre les cours à la main. Ils se déroulent trop rapidement pour cela et la quantité d’informations à récupérer est plus importante. Chacun vient donc en cours avec son ordinateur portable.

La compréhension du portugais
Le portugais écrit est très facile à comprendre pour une personne française, bien sûr il est nécessaire de s’enrichir de mots de vocabulaire pour tout comprendre, mais de nombreux mots sont très proches du français, particulièrement en ce qui concerne le vocabulaire spécialisé de la psychomotricité. La « latéralisation » se dit « lateralização », etc.

Le portugais parlé est très difficile à comprendre car l’accent fait que certaines lettres ne sont pas dites tandis que d’autres se prononcent différemment selon les mots et leur position à l’intérieur du mot. Je vis à côté d’une station de train nommée « Santos ». Le « s » placé à la fin du mot se prononce « ch » et le « o » n’est pas réellement prononcé, ce qui donne « Santch » en phonétique. Après un mois d’écoute et d’écriture du portugais, la compréhension orale est déjà améliorée.

Au Portugal, de nombreuses personnes ont des notions de français. Les jeunes élèves peuvent choisir entre des cours d’anglais et des cours de français. Il n’est pas étonnant, spécialement chez les commerçants, d’avoir un court échange en français. A l’université, comme énoncé plus haut, les professeurs parlent couramment anglais et certains, sachant lire le français, nous proposent de rédiger nos rendus en français.

Même si les premiers cours à l’université sont difficiles à suivre s’il n’y a pas de power point pour illustrer les propos du professeur, ils prennent le temps de parler anglais, selon leur facilité. Si le professeur ne se sent pas capable de faire son cours en anglais, il s’assure qu’au moins un des étudiants puisse le traduire. Les étudiants portugais sont à l’écoute des demandes et des besoins des étudiants étrangers et n’hésitent pas à venir vers leur collègue pour s’assurer que ce qui est dit est compris.

Camille Delfau

« PSYKOMOTORIK THERAPY » IN DENMARK

Je suis étudiante en 2e année de Psychomotricité à Paris et ce semestre je suis actuellement en Erasmus à Copenhague, au Danemark. Je suis arrivée depuis environ 2 mois et j’apprécie déjà beaucoup l’expérience ! Je m’imbibe d’une autre culture, très chaleureuse et ma foi assez contagieuse !

Au Danemark, les études se déroulent sur 3 ans et demi, les derniers 6 mois étant réservés à l’écriture du mémoire. Les études sont donc découpées sur 3 ans, il y a une entrée de 40 personnes par semestre. L’entrée se fait sur lettre de motivation et entretien pratique de groupe, ce qui est très apprécié car très peu d’étudiants sortent directement du lycée.

Le Danois est une langue très difficile à comprendre, je dépends intégralement de la traduction anglaise pour les cours et la vie courante, heureusement ici, tout le monde est pratiquement bilingue. Pour les cours, je me réfère à un emploi du temps assez spécifique qui me fait évoluer sur les 3 années, ce qui est très riche et me permet de ne suivre pratiquement que des cours pratiques afin de pouvoir expérimenter au maximum.

Les cours sont séparés par modules, 2 par semestres, permettant aux étudiants une plus grande mobilité et visibilité de leurs études. Les matières sont similaires mais divergent dans leurs approches et théories. J’ai pu observer des différences générales dans l’enseignement, déjà, ici, nous tutoyons les profs et on circule, on boit, on mange librement en classe… On a aussi un accès continu à du matériel et on peut s’installer comme on le désir. Il y a également beaucoup de pauses durant les cours, plus de travail de groupe et d’interventions pratiques et donc une attention de qualité. D’autant que les cours théoriques ne sont pas obligatoires, sous condition de travail personnel et que les étudiants sont payés pour faire leurs études !

Autrement, de manière plus spécifique, les cours sont très centrés sur le développement et le bienêtre personnel ainsi que la connaissance et la conscience de soi, de son vécu corporel et psychique. Contrairement à mon expérience parisienne, les concepts sont beaucoup plus centrés autour de soi, de ses expériences et ressentis personnels, donc vers notre environnement et ses flux internes plutôt qu’externes comme nous pouvons le voir dans le rapport à une émotion par exemple, où nous avons tendance à chercher des mots à mettre dessus alors qu’ici nous recherchons d’avantage à identifier et localiser les sensations dans notre corps. Les Danois sont assez libérés dans leurs mises en mouvements et très impulsifs dans leur vie quotidienne. Ils pratiquent beaucoup le « Free movement », une méthode de mouvement non chorégraphique qui leur permet notamment de se recentrer et de bien se connaitre.

Une grande partie de leurs exercices est aussi une méthode de travail postural, le « Behandling Treatment », qui vise à échanger avec le patient sur sa posture et son ressenti corporel dans un constant échange pendant une intervention par un travail de pressions, étirements, … Sur les différents muscles et tissus. Cette thérapie, qui leur est très spécifique, est très intéressante et très utilisée pour les migraines, le stress, l’anxiété, les douleurs chroniques … Cette méthode, très tactile, est aussi un exemple de la différence culturelle dans le rapport au contact et au corps.

Ainsi, beaucoup de leur travail est centré sur la prévention et le mieux-être. Il se pratique dans les lieux du quotidien ; entreprises, écoles, parascolaires, maisons de retraite, … Ils exercent aussi de manière privée, en cabinet, … Mais, les psychomotriciens danois ont encore très peu fait leur place dans les hôpitaux et ne sont que peu présents dans les institutions spécialisées. Toutefois, les étudiants sont dynamiques et conscients que c’est à eux de créer leur place.

Cette expérience est vraiment géniale, très intéressante et enrichissante, à la fois, humainement et professionnellement et j’en suis pour l’instant très heureuse ! Hugs !

Chloé

Un semestre d’échange en Suisse alémanique