Entre la blouse et le treillis

Publié le 11 May 2022 à 14:56
#Chirurgien
#Médecin Polyvalent


On pourrait s’arrêter à son allure sportive et à son physique de jeune premier. Ce serait se méprendre. Antoine Reydellet s’engage, soigne, coordonne, optimise. Il s’est aussi remis en question, s’est trompé, s’est cherché. Interne en médecine du travail, il est réserviste chez les chasseurs alpins, investi à l’internat de Lyon et à l’ISNI. Et à part ça ?

PORTRAIT
Blouse blanche sur fond kaki, le stéthoscope côtoie l’insigne militaire. Antoine Reydellet, interne en médecine du travail à Lyon (2e semestre), revient tout juste de sa première mission à la base militaire de Vars où il a soigné une trentaine de militaires1. Il est déjà incollable sur l’histoire des chasseurs alpins, corps qu’il a choisi d’incorporer et qu’il servira pendant deux ans, durée de son contrat de réserviste. Sans le crier urbi et orbi, il est fier de servir son pays, un sens du devoir qui n’est pas étranger à sa famille. Il raconte comment sa grand-mère aidait les résistants pendant la Seconde Guerre en leur faisant passer des lettres dans un landau. Il évoque aussi un aïeul qui fut l’auteur du premier traité de chirurgie militaire. Quant au choix des chasseurs alpins, ce fut la rencontre inopinée avec le général Escarment qui en décida. « Quand je me suis présenté pour mon entretien de réserviste, j’ai croisé le général qui m’a dit - Vous jeune homme, vous n’êtes pas fait pour rester dans un bureau, vous devriez partir avec les chasseurs alpins ! ». Ce corps exige une très bonne condition physique pour les missions en montagne. Une contrainte qui n’effraie pas Antoine, « accro » au sport

TAPIS DE COURSE À L’INTERNAT
Antoine pratique quotidiennement une activité physique, du cross-fit en particulier. Cette discipline allie cardio, force, équilibre, puissance et endurance. « J’ai besoin du sport pour décompresser après une journée de travail », reconnait-il. Il pense même sérieusement à monter une salle de sport à l’internat de Lyon dont il finalise le financement. L’idée n’est pas saugrenue et fera peut-être (sûrement ?) des petits dans les autres internats de France. « Les bienfaits d’une activité physique sur la santé sont prouvés et ce quels que soient notre âge, notre activité professionnelle, notre morphologie. » assure-t-il. Sur ses jours de repos, Antoine pratique la course à pied, malgré son asthme. Etre asthmatique n’a jamais été un frein y compris pendant ses entraînements en rugby semi-pro où il cumulait quatre heures de sport quotidiennes aux heures de cours. C’était pendant ses premières années d’externat, en Roumanie.

TEMPÉRATURES GLACIALES ET SOLITUDE
La Roumanie. Seconde chance en cas d’échec à la PACES. Ce fut le choix d’Antoine comme d’autres étudiants français, ils sont environ 80 chaque année à intégrer l’université de Cluj, au Nord-Ouest du pays. Le rugby, pour Antoine, atténua le choc de l’éloignement et la solitude. Les plaquages et les transformations furent aussi le moyen de faire baisser la pression que ressentent les aspirants carabins expatriés face à l’attente de leur famille, à leur envie de réussir. « On se remet en question, on doute, ce n’était pas facile ». Après quatre ans, il poursuit médecine à Lyon, en 2015 en laissant les Carpates et la Transylvanie derrière lui. Seule la langue roumaine, qu’il parle couramment comme l’anglais et l’allemand, reste attachée à son histoire. Elle resurgit parfois le temps d’une traduction pour un patient de l’hôpital.

LA DYNAMIQUE DU SUD-EST
Côté internat, Antoine a choisi la médecine du travail, spécialité restée dans l’ombre. « Seuls 48 % des stages en internat sont pourvus. Il n’y a pas de stage ni en 4e ni en 5e année, la spécialité reste méconnue des étudiants. »,regrette- il. La médecine du travail, médecine axée sur la prévention, est pourtant transversale, recoupant la toxicologie, la pneumologie, l’allergologie, la dermatologie, les maladies infectieuses ou la sureté nucléaire. Pour l’instant, il se concentre sur l’endocrinologie à l’hôpital Saint Joseph/Saint-Luc dans le service de Cédric Luyton, ancien vice-président de l’ISNI. « Cédric Luyton m’a redonné confiance en moi après les années de Roumanie et un premier stage en gériatrie au premier semestre très compliqué. A cause d’un chef de service, nous [NDLR : les internes] étions tous épuisés, physiquement comme psychologiquement. », confie t-il.
A la fin de son service, Antoine salue les équipes, médecins, infirmiers ou secrétaires. Sa blouse blanche remisée, il décroche son téléphone où se succèdent les messages de l’internat. Depuis janvier 2017, il suit Antoine Thibaut, président du SAIHL2, tuilage qu’il juge nécessaire avant de briguer un poste au sein du syndicat lyonnais.
Loin d’être passif, Antoine Reydellet s’est (aussi) lancé, depuis cet été, dans un projet de rapprochement des internats du Sud-Est de la France « Je suis allé voir Toulouse, Nîmes, Montpellier et Marseille afin de se connaître davantage, d’échanger sur l’optimisation des frais de gala ou le rôle clé du secrétariat par exemple ». En septembre dernier, il a organisé une première réunion des cinq internats ; en novembre ils se rassemblent à Lyon autour de la gastronomie. Antoine cuisine à ses heures (nocturnes) perdues comme le saucisson pistaché brioché. Une spécialité lyonnaise qu’il devrait faire goûter à ses co-internes parisiens. 

Un stéthoscope à Lyon, des rangers dans les Alpes et un smartphone à Paris, Antoine Reydellet est sur tous les fronts. Pour ne pas se perdre, il peut compter sur son étoile polaire, infirmière lyonnaise.

En médecine du travail, seuls 48 % des stages en internat sont pourvus…

Réserviste santé
La réserve du service de santé des armées (SSA) est ouverte à toutes les personnes de nationalité française de moins de 65 ans, en règle avec leurs obligations militaires et reconnues médicalement aptes par un médecin militaire. L’engagement à servir dans la réserve repose sur un contrat (ESR) entre le réserviste et le service de santé des armées. Les activités au sein de la réserve s’effectuent sur volontariat, les dates étant planifiées selon les obligations professionnelles et familiales. Leur durée annuelle varie de 5 à 30 jours.
> Plus d’informations sur www.defense.gouv.fr

Article paru dans la revue “Le magazine de l’InterSyndicale Nationale des Internes” / ISNI N°18

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