Endocrinologie - Quel lien entre la contraception Estro-progestative, le traitement hormonal de la ménopause et la survenue d’adénome hypophysaire ?

Publié le 28 Sep 2023 à 15:36
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Oral contraceptive and Menopausal Hormone Therapy Use and Risk of Pituitary Adenoma: Cohort and Case-Control Analyses

D. J. Cote and al

The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism 2022

L’adénome hypophysaire est une lésion fréquente : sa prévalence est estimée à 20 % selon les autopsies et les études radiologiques. L’adénome est le plus souvent diagnostiqué devant des symptômes liés à l’hypersécrétion hormonale dans le cas de l’adénome sécrétant. Le diagnostic peut aussi être évoqué devant un déficit visuel, des céphalées ou un hypopituitarisme. Chez la femme jeune, le diagnostic est souvent posé dans un contexte de trouble du cycle ou d’infertilité.

Les estrogènes stimulent les cellules lactotropes de la glande pituitaire. Il est ainsi légitime de s’interroger sur un lien potentiel entre l’utilisation d’estrogènes à visée contraceptive ou substitutive et la survenue d’adénome hypophysaire.

Aucune étude prospective n’avait jusqu’ici étudié l’association entre pilule estro progestative (COP) ou traitement hormonal de la ménopause (THM) et la survenue d’adénome hypophysaire. Une équipe américaine de Boston a évalué cette association de façon prospective, à partir des données de deux études de cohorte : « Nurses’ Health Study » (NHS) et « Nurses’ Health Study II » (NHSII). En parallèle, les auteurs ont évalué cette même association avec une étude cas-témoin.

Matériel et Méthodes

La cohorte NHS a été initiée en 1976, avec l’inclusion de 121 701 infirmières alors âgées de 30 à 55 ans. La NHSII a débuté en 1989 avec l’inclusion de 116 686 infirmières alors âgées de 25 à 42 ans. Chaque femme répondait à un questionnaire à l’inclusion puis tous les deux ans avec des items concernant l’alimentation, l’activité physique, le mode de vie ainsi que l’état de santé. Le diagnostic d’adénome hypophysaire était ainsi déclaré par les participantes elle-mêmes. Les auteurs déterminaient un hasard ratio ajusté (MVHR).

L’étude cas-témoin a été réalisée à partir des données du « Mass General Brigham Research Patient Data Registry », un registre de santé créé en 2002. Les cas, des femmes chez qui le diagnostic d’adénome hypophysaire avait été posé entre 2012 et 2020, étaient appariées à des témoins, selon le sexe, l’âge, l’ethnie, et d’autres critères. Les participants de l’étude précisaient l’historique de leurs traitements. Les auteurs déterminaient un odds ratio ajusté (MVOR).

Résultats

Dans les deux cohortes analysées, regroupant au total 6 668 018 personnes-années, 331 femmes ont rapporté un diagnostic d’adénome hypophysaire (132 dans la NHS et 199 dans la NHSII).

  • La COP ne semblait pas être associée à un sur risque d’adénome hypophysaire, ni chez les anciennes utilisatrices (MVHR = 1.05 ; IC à 95 %, 0.80-1.36), ni chez les utilisatrices actuelles (MVHR = 0.72 ; IC à 95 %, 0.40-1.32) par rapport aux femmes n’ayant jamais utilisé de COP. De même, il ne semblait pas exister d’effet-temps pour des durées de traitement de plus de cinq ans (MVHR = 0.95 ; IC à 95 %, 0.68-1.31, p trend = 0.43).
  • Le THM semblait être associé à un sur risque d’adénome hypophysaire à la fois chez les anciennes utilisatrices (MVHR = 2.00 ; IC à 95 %, 1.50-2.68) et chez les utilisatrices actuelles (MVHR = 1.80 ; IC à 95 %, 1.27-2.55) par rapport aux femmes n’ayant jamais utilisé un THM. Ce risque ne semblait pas être modifié par l’utilisation antérieure d’une C O P. Un effet-temps semblait apparaître pour des durées de traitement de plus de cinq ans (MVHR = 2.06 ; IC à 95 %, 1.42-2.99, p trend =0.002), comparativement aux femmes n’ayant jamais utilisé de THM.

Dans l’étude cas-témoin, 5469 cas d’adénomes hypophysaires ont été appariés à 6262 témoins (100 % de femmes).

  • La COP semblait être associée à un sur risque d’adénome hypophysaire (MVOR = 1.27 ; IC à 95 %, 1.14-1.42).
  • Le THM semblait également être associé à un sur risque d’adénome hypophysaire (MVOR = 1.57 ; IC à 95 % 1.35-1.83).

Discussion

Dans les deux études, le THM est associé à une augmentation de 1.6 à 2 du risque d’adénome hypophysaire, plus particulièrement pour une durée d’utilisation de plus de 5 ans.

La COP est associée à un sur risque de survenue d’adénome hypophysaire uniquement dans l’étude cas-témoin.

Cela peut être en partie expliqué par le fait que les cas d’adénome hypophysaire étaient auto-déclarés dans l’étude prospective. Cependant, ce résultat reste en accord avec les précédentes études de la littérature. L’effet moindre de la COP est difficile à comprendre d’autant qu’elle utilise des concentrations d’estrogènes supérieures à celles du THM. Une des hypothèses pourrait être l’exposition cumulative aux estrogènes dans le temps.

Il est important de noter que le type d’adénome hypophysaire n’est pas précisé dans ces études. Il serait pertinent de s’intéresser plus spécifiquement aux prolactinomes étant donné l’action connue des estrogènes sur les cellules lactotropes de l’hypophyse.

Conclusion

En pratique, et selon le CNGOF :

  • Il est important de rappeler qu’une COP ne doit pas être introduite pour prendre en charge un trouble du cycle avant que celui-ci soit exploré, afin de ne pas masquer un adénome hypophysaire.
  • L’utilisation d’une COP ou d’un THM sont autorisés en cas de microprolactinome sous réserve d’une surveillance.
  • Un autre moyen de contraception que la COP doit être privilégié en première intention en cas de macroprolactinome.

Take Home Messages

  • Le risque d’adénome hypophysaire semble être augmenté en cas d’utilisation d’un THM et plus particulièrement pour des durées de traitement supérieures à 5 ans.
  • L’association entre la COP et le risque d’adénome hypophysaire reste aujourd’hui controversée. Un autre moyen de contraception que la COP doit être privilégié en première intention en cas de macroprolactinome.

Références

Cote DJ, Kilgallon JL, Nawabi NLA, Dawood HY, Smith TR et al. Oral contraceptive and menopausal hormone therapy use and risk of pituitary adenoma: cohort and case-control analyses. J Clin Endocrinol Metab 2022, 107 : e1402-e1412


Camille Artru
Interne en

Gynécologie Médicale
2ème semestre
Paris


Dr Diane Hill
Cheffe de Clinique Assistante

à l’Hôpital Port-Royal
Paris

Article paru dans la revue « Association nationale des Internes et des assistants en Gynécologie Médicale » /AIGM-Gynéco Med N°01

 

 

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