Efficacité de l’Atosiban dans les échecs d’implantations embryonnaires répétés : revue de la littérature et méta-analyse

Publié le 28 Sep 2023 à 16:18
#Gynécologue médical
#Médecin de la reproduction

 

Efficacy of atosiban for repeated embryo implantation failure: a systematic review and meta-analysis

R. Wang and al
Frontiers in Endocrinology, mars 2023

Mots-clés :
Repeated embryo implantation failure, atosiban, in vitro fertilization, embryo transfer.

L’implantation de l’embryon est une étape cruciale du processus de la fécondation in vitro (FIV). La présence à l’échographie pelvienne d’un sac gestationnel permet de confirmer la réussite de cette étape. Une implantation embryonnaire nécessite une synchronisation entre une bonne qualité de blastocyste et une bonne réceptivité endométriale. Il n’existe pas de définition standard pour définir les échecs d’implantation répétés (RIF) mais il est admis que l’absence de grossesse après 2 transferts ou plus d’embryon de bonne qualité correspond à un échec répété d’implantation.

Bien que la cause principale des RIF soit la mauvaise qualité embryonnaire, il a été montré de façon significative que les contractions utérines ont un impact sur la mobilité et l’implantation embryonnaire.

L’atosiban est un vasopresseur V1 et un antagoniste des récepteurs de l’ocytocine. Il est utilisé à visée tocolytique lors des menaces d’accouchements prématurés. L’utilisation de l’atosiban en procréation médicalement assistée (PMA) pour diminuer les contractions utérines pendant le processus d’implantation a été publiée pour la première fois en 2007.

Les auteurs ont réalisé une revue de la littérature et une méta-analyse pour connaître l’effet de l’atosiban sur les chances de grossesse lors d’un transfert embryonnaire chez les patientes présentant un RIF.

Matériel et méthodes

Jusqu’au 10 décembre 2022, différentes bases de données (PubMed, EMBASE, Web of science...) ont permis de rechercher puis d’inclure les études traitant de l’utilisation de l’atosiban chez les patientes avec RIF après une FIV.

Les biais étaient évalués de deux façons : le risque de biais dans les essais randomisés selon les critères de la Cochrane (haut, bas ou incertain) et l’échelle de NOS qui évalue la qualité des études de cohorte (score ≥ 7 considéré comme une bonne qualité).

Les études devaient comprendre des patientes avec au moins 2 RIF après une FIV. Il devait exister un groupe « cas » comprenant les patientes traitées par atosiban par opposition au groupe « contrôle » sans traitement ou avec placebo.

Les études étaient exclues si elles concernaient des expérimentations sur les animaux, si les données n’étaient pas exploitables, si les études n’avaient pas de groupe témoin et enfin, s’il s’agissait de « case reports ».

L’intervalle de confiance était défini à 95 % et le P était significatif si < 0,05.

Le critère de jugement principal était le taux de grossesse clinique défini comme la présence d’une activité cardiaque à l’échographie. Une naissance vivante était définie comme une naissance d’un bébé vivant après 20 semaines de grossesse. Les critères de jugement secondaires étaient les taux de test de grossesse positif, de fausse-couche (FC), de grossesse multiple et de grossesse extra-utérine (GEU).

Résultats

7 études ont finalement été incluses dans la méta-ana-lyse (2 essais randomisés, 1 étude prospective et 4 études rétrospectives) comprenant 1958 femmes dont 903 dans le groupe traitement et 1055 dans le groupe contrôle. Toutes les femmes incluses ont bénéficié de transfert d’embryons frais ou congelés après un protocole de FIV (±ICSI).

Dans toutes les études, l’atosiban était administré par voie intra veineuse. Dans une seule étude, la dose bolus était de 37,5 mg contre 6,75 mg dans les autres. Une étude a comparé l’utilisation entre une seule dose bolus de 6,75 mg avant le transfert et une dose bolus de 6,75 mg suivie de 18 mg/heure pendant 3 heures après le transfert. Les taux de grossesse et d’implantation étaient significativement plus élevés dans le groupe du bolus unique.

Concernant le risque de biais, l’essai randomisé de Tang et al1publié en 2022 est considéré à bas risque. En revanche, dans l’étude de Jiang et al2publiée en 2014, 3 critères sur 7 sont à haut risque de biais (méthode de randomisation, absence de double aveugle).

Toutes les études de cohortes incluses ont un score ≥ 7 selon l’échelle de NOS les classant ainsi comme de haute qualité.

Le critère de jugement principal (taux de grossesse clinique) est significativement amélioré par l’utilisation d’atosiban avec un RR à 1.34 (95 % CI : 1.37–1.74, P < 0.001, I2 = 0.0 %) quel que soit le type d’étude aussi bien pour les femmes avec antécédent de ≥ 2 TE ou ≥ 3 TE.

Concernant les critères de jugements secondaires, le taux de test de grossesse positif (étudié dans 3 études – RR=1.32, 95 % CI : 1.12 – 1.56, P=0.001, I2 = 36.4 %), le taux de naissance vivante (étudié dans 4 études - RR=1.58, 95 % CI : 1.18 – 2.11, P=0.002, I2 = 49.8 %) et le taux d’implantation (RR=1.54, 95 % CI : 1.37–1.74, P < 0.001, I2 = 15.9 %) sont améliorés de façon significative après utilisation d’atosiban.

En revanche, il n’a pas été objectivé de différence significative entre les patientes témoins et celles qui ont reçu de l’atosiban concernant le taux de FC (CI : 0.63–1.39, P=0.747, I2 = 0.0 %), le taux de grossesse multiple (RR=1.26, 95 % CI : 0.88–1.79, P=0.212, I2 = 0.0 %) ni le taux de GEU (RR=0.64, 95 % CI : 0.23–1.83, P=0.409, I2 = 0.0 %), voir le Tableau 1.

Tableau 1. Meta-analyse de toutes les études comparant les données de grossesse entre cas et contrôle chez les patientes avec échecs d’implantation répétés (RIF)

Discussion

L’atosiban permet de réduire les contractions utérines, même en l’absence de grossesse. Il permettrait également de prévenir une régression précoce du corps jaune et la perte embryonnaire

De précédentes études se sont intéressées à l’utilisation de l’atosiban au cours d’une FIV mais hors contexte de RIF. Elles avaient déduit que l’atosiban aurait un impact positif, mais limité, sur le taux de grossesse.

De plus, la méta-analyse comporte des biais puisque le double aveugle n’a pas été fait de façon systématique. Les informations sur l’âge des patientes sont aussi limitées, tout comme le protocole de stimulation utilisé.

Conclusion

L’utilisation d’atosiban chez les patientes avec RIF après une FIV permet une augmentation significative du taux de grossesse clinique, de test de grossesse positif, de naissance vivante et d’implantation. En revanche, il n’y pas d’impact de l’atosiban sur le taux de FC, de grossesse multiple ni de GEU.

Des études randomisées avec une large cohorte de patientes contre placébo et par groupe d’âge sont nécessaires pour mieux étudier l’efficacité de l’atosiban en cas de RIF.

Take Home Messages

  • L’administration d’ATOSIBAN en bolus avant le transfert d’embryon augmenterait les chances de grossesse chez les patientes ayant connu plusieurs échecs de transfert.

Références

1-Tang CL, Li QY, Chen FL, Cai CT, Dong YY, Wu YY, et al. A randomized double-blind comparison of atosiban in patients with recurrent implantation failure undergoing IVF treatment. Reprod Biol Endocrinol (2022) 20(1):124. doi: 10.1186/s12958-022-00999-y

2-Jiang W. The use of oxytocin antagonist in repeated implantation failure. Wuhan, China: Huazhong University of Science and Technology (2014).


Caroline Sylvestre
Docteur Junior

en Gynécologie Médicale
Tours

 
Dr Claire Proust
Cheffe de Clinique Assistante,

Hôpital Bretonneau
Tours

Article paru dans la revue « Association nationale des Internes et des assistants en Gynécologie Médicale » /AIGM-Gynéco Med N°01

 

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