Effets à long terme de l’ovariectomie bilatérale préménopausique avec ou sans hystérectomie sur le vieillissement physique et les maladies chroniques

Publié le 1711438484000
Article paru dans la revue « AIGM / Gynéco Med » / AIGM N°2


Long-term effects of premenopausal bilateral oophorectomy with or without hysterectomy on physical aging and chronic medical conditions

Michelle M. Mielke, Menopause: The Journal of The North American Menopause Society, Novembre 2023

Mots-clés
Aging, chronic conditions, physical function, premenopausal bilateral oophorectomy

Lorsqu’une hystérectomie était indiquée chez une femme, l’ovariectomie bilatérale était largement proposée chez les femmes ayant même un risque modéré de cancer de l’ovaire. Depuis plusieurs années, des travaux montrant des effets délétères à long terme de l’ovariectomie bilatérale ont remis largement en question cette pratique chirurgicale. En effet, certaines études suggèrent une association entre l’ovariectomie bilatérale et un risque accru de maladies cardiovasculaires, troubles cognitifs, démence, multimorbidité ; surtout chez les femmes opérées avant l’âge de 46 ans. Cependant, aucune donnée claire à ce jour spécifique à la fonction physique et cognitive, liées au vieillissement accéléré, n’a été évaluée.

Matériel et Méthodes

Dans cette étude, les données collectées de la Mayo Clinc à partir de la cohorte MOA-2 concernaient 274 femmes ayant subi une ovariectomie bilatérale avec ou sans hystérectomie et 240 femmes de référence âgées de 55 ans et plus résidants dans le comté d’Olmsted. Des visites cliniques ont permis de recueillir des informations objectives sur les fonctions physiques (mesures de la force et de la mobilité) et cognitives (basées sur des tests neurocognitifs) ainsi que sur la composition corporelle. Les pathologies chroniques ont été évaluées à partir des données issues des dossiers médicaux. Les caractéristiques des femmes des deux groupes ont été comparées et des modèles de régression multivariés ont permis de tenir compte de l’âge à laquelle l’ovariectomie bilatérale avait été réalisée (à moins de 46 ans, entre 46 et 49 ans) de l’âge des femmes et d’autres facteurs de confusion (hypertension artérielle pour certains calculs de risque).

Résultats

Les visites médicales ont eu lieu en moyenne 22 ans après la date de l’ovariectomie bilatérale ou après la date indexe, avec un âge médian des patientes de 67 ans. Sur les 274 femmes ayant eu une ovariectomie bilatérale, 161 (59 %) avaient moins de 46 ans au moment de la chirurgie et 113 (41 %) avaient entre 46 et 49 ans. Les femmes ovariectomisées étaient en moyenne plus jeunes que la population de référence, avec un revenu plus faible. Elles étaient plus susceptibles de prendre un traitement anti-hypertenseurs et d’être obèses. Par rapport à la population de référence, les femmes ayant eu une ovariectomie bilatérale avant 46 ans avaient un risque accru d’arthrite (OR  = 1,64 ; IC à 95 % : 1,06-2,55), d’asthme (OR = 1,74 ; IC à 95 % : 1,03-2. 93), d’apnée obstructive du sommeil (OR = 2.00 ; IC à 95% : 1.23-3.26), et de fractures osseuses (OR = 2.86 ; IC à 95% : 1.17-6.98). Elles avaient une distance moyenne de marche significativement plus courte que la population de référence sur un test de marche de 6 minutes (p = 0.034). Par rapport à la population de référence, les femmes ayant eu une ovariectomie bilatérale entre 46-49 ans avaient un risque accru d’arthrite (OR = 1,92 ; IC à 95 % :1,16-3,18) et d’apnée obstructive du sommeil (OR = 2,21 ; IC à 95 %  : 1,33-3,66). Aucune différence significative entre les patientes ovariectomisées et le groupe de référence n’a été retrouvée sur l’état cognitif, quel que soit l’âge au moment de la chirurgie.

Discussion

Dans cette étude, à la différence d’études antérieures plus larges, les auteurs n’ont pas trouvé d’association significative entre l’ovariectomie bilatérale avec ou sans hystérectomie et les probabilités d’hypertension, de dyslipidémie ou de diabète, ainsi que de pathologie cardiovasculaire, probablement en raison de la taille réduite de l’échantillon, bien qu’ils aient cependant observé une tendance à l’augmentation de ces évènements.

Aucune association n’a été retrouvée avec l’ostéoporose pouvant être expliqué par le pourcentage élevé de femmes ovariectomisées qui ont utilisé un traitement estrogénique jusqu’à l’âge de 50 ans, mais un risque accru de fracture osseuse a été mis en évidence dans le groupe de patientes ayant eu la chirurgie.

Les auteurs n’ont montré aucune association avec des troubles cognitifs légers ou une démence, l’une des explications possibles est l’âge plus jeune de la cohorte par rapport aux études précédentes, car la prévalence des troubles cognitifs augmente considérablement avec l’âge. Des études récentes portant sur des femmes plus jeunes ont suggéré que l’ovariectomie bilatérale pouvait être associée à un déclin cognitif subjectif ou à des performances moindres dans des domaines cognitifs spécifiques, notamment la mémoire des scènes, la mémoire de travail ou l’attention/la fonction exécutive.

Les résultats de cette étude sur la limitation de la distance de marche parcourue chez les patientes ayant été opérées sont concordants avec d’autres études antérieures notamment réalisées chez des femmes de moins de 45 ans ayant subi une ovariectomie bilatérale qui se déclaraient plus limitées dans leur fonction physique, leur vitesse de marche, et leur invalidité. Mais les résultats de toutes les études publiées à ce jour ne sont pas concordants.

L’IMC et la masse grasse augmentent après ovariectomie bilatérale tandis que la masse maigre diminue et ce d’autant plus que l’âge de la chirurgie est précoce. Dans cette étude, la masse grasse était plus élevée chez les femmes ayant subi une ovariectomie bilatérale avec ou sans hystérectomie à un âge tardif et non à un âge jeune. Les auteurs suggèrent qu’un poids plus important chez les femmes ayant subi une ovariectomie à un âge plus tardif pourrait être une explication.

Les hypothèses pouvant expliquer le lien entre ovariectomie bilatérale et vieillissement somatique ou développement de maladies chroniques seraient que la perte prématurée des hormones ovariennes pourrait affecter les processus de vieillissement cellulaire et tissulaire (inflammation, accumulation de cellules sénescentes, altérations épigénétiques ou dysfonctionnement mitochondrial…).

Conclusion

Les résultats de cette étude suggèrent que les patientes ayant subi une ovariectomie bilatérale avec ou sans hystérectomie présentent davantage de pathologies chroniques multiples et de modifications légères des fonctions physiques, avec des conséquences plus marquées chez les femmes ovariectomisées à un âge précoce. Ces résultats qui mettent en évidence les effets négatifs potentiels à long terme de l’ovariectomie bilatérale sont importants à prendre en compte dans les stratégies chirurgicales chez les femmes ayant une indication d’hystérectomie ou de chirurgie ovarienne bénigne.

Take Home Messages

  • L’ovariectomie bilatérale avec ou sans hystérectomie semble augmenter le risque de pathologies chroniques multiples et altérer les fonctions physiques.
  • Dans cette étude de petite taille, il ne semble pas y avoir de conséquences sur les fonctions cognitives, mais des études supplémentaires sont nécessaires à plus large échelle.
  • Le bénéfice de l’ovariectomie bilatérale avec ou sans hystérectomie doit être réfléchi en regard des risques encourus et ce d’autant plus que la patiente est jeune.


Alena Majdling
Interne en Gynécologie Médicale 7ème semestre
Paris


Pr Geneviève Plu-Bureau
PU-PH en Gynécologie Médicale
Paris

 

 

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