Évaluation des pratiques écologiquement responsables des médecins généralistes

Publié le 1700753239000


Introduction

Le changement climatique pourrait faire perdre l'avancée des 50 dernières années dans le domaine de la santé publique. En effet, la « santé » de la Terre est indissociable de la nôtre et les conséquences du changement climatique sur la santé humaine sont donc nombreuses et préoccupantes. C'est pourquoi, il est nécessaire de prendre conscience de l'impact de chacune de nos actions sur l'environnement et d'intégrer à notre quotidien la notion de développement durable et d'éco-responsabilité.

Le changement climatique est défini comme l'ensemble des changements de climat attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de l'atmosphère mondiale et s'ajoutant à la variabilité naturelle du climat observée au cours de périodes comparables.

Le développement durable correspond à un mode de développement qui répond aux besoins des générations présentes, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Ce terme a été employé pour la première fois dans le rapport Brundtland en 1987 au cours de la Commission Mondiale pour l'Environnement et le Développement.

Être éco-responsable est défini dans le dictionnaire Larousse comme le fait de chercher à intégrer des mesures de protection de l'environnement dans ses activités. Dans ce terme, le préfixe « éco- » signifie écologiquement.

L'effet de serre est un phénomène naturel qui nous est indispensable car il provoque une élévation de la température à la surface de la Terre. Certaines activités humaines relarguent dans l'atmosphère des gaz à effet de serre, créant ainsi un effet de serre additionnel, responsable en grande partie du changement climatique actuel. Le dioxyde de carbone (CO2 ) est le gaz principalement impliqué dans l'effet de serre additionnel.

Le changement climatique est à l'origine d'une augmentation du nombre de ces liens :

  • À la chaleur ;
  • À l'alimentation (sous-alimentation et pathologies liées à l'eau et aux aliments) ;
  • À des cancers ; K À des événements climatiques violents ;
  • À des conflits découlant de migrations de masse ou de la diminution des ressources disponibles ;
  • À une augmentation des maladies vectorielles découlant d'une modification de répartition des vecteurs.

La pollution atmosphérique découlant des activités humaines est appelée par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) « le tueur silencieux » : chaque année, 3 millions de décès prématurés sont attribuables à la pollution de l'air. De plus, l'appauvrissement de la couche d'ozone stratosphérique est responsable d'une augmentation d'exposition aux rayons ultra-violets responsables d'une majoration des cancers de la peau et des cataractes. Enfin, le changement climatique creuse le fossé des inégalités sociales, en effet, les personnes les plus vulnérables en sont les premières victimes mais l'ensemble de la population mondiale sera impactée.

La protection de l'environnement est donc indissociable de la protection de la santé humaine et la grande majorité des mesures envisagées pour atténuer le changement climatique auront des retombées positives sur la santé humaine.

Au cours de l'année 2013, le secteur de la santé, aux États-Unis a émis, 655 mégatonnes de CO2 , soit plus que l'ensemble des émissions de CO2 du Royaume-Uni la même année. Il n'existe pas de données chiffrées accessibles à propos des émissions de gaz à effet de serre du secteur de la santé en France.

CleanMed a été le premier congrès ayant pour thème le développement durable en santé, il s'est tenu pour la première fois en 2001 aux États-Unis et y est organisé, depuis, chaque année. Ce congrès est aussi organisé annuellement en Europe depuis 2004.

En France, des professionnels de santé se sont regroupés et ont créé en 2006 le Comité pour le Développement Durable en Santé (C2DS). Cette association a pour principale mission la diffusion d'outils et de bonnes pratiques de développement durable auprès des professionnels de santé. Un programme similaire a été créé aux États-Unis en 2017, il s'agit de MyGreenDoctor, qui aide actuellement des professionnels de santé de 58 pays à intégrer le développement durable à leur pratique quotidienne. Le C2DS a notamment participé à la rédaction du « Guide à l'usage des établissements de santé » qui a pour objectif de faciliter l'application de la norme de l'Organisation Internationale de Normalisation (ISO) 26000. La norme ISO 26000 est une norme internationale s'attachant à définir les lignes directrices relatives à la responsabilité sociétale des organisations vis-à-vis des impacts de leurs décisions et de leurs activités sur la société et sur l'environnement. Il s'agit notamment d'intégrer le développement durable comme ligne directrice au sein des sociétés.

La notion de développement durable est d'ailleurs intégrée au processus de certification des hôpitaux français depuis 2010. Les domaines concernés sont :

Les achats La gestion des énergies La dimension sociale
La gestion de l'air
La gestion de l'eau
La gestion des déchets
L'hygiène
 


Plusieurs hôpitaux ont ainsi édité et diffusé auprès de leurs employés des guides de l'hospitalier éco-responsable reprenant les thèmes abordés dans la certification.

En 2018, Julie Legrand a mené une thèse qualitative sur la prise en compte du développement durable en médecine générale. Il y est apparu que les médecins généralistes étaient conscients des bénéfices à intégrer le développement durable dans leur pratique quotidienne. Mais malgré cet intérêt, un décalage persistait entre la démarche souhaitée et les pratiques mises en place. Le détail des pratiques mises ou non en place n'a pas été étudié. Les principaux freins exprimés par les médecins généralistes étaient un manque de connaissances et des difficultés à trouver les informations nécessaires C'est pourquoi, suite à cette étude, Julie Legrand a créé le site internet « Santé Durable » qui regroupe les pratiques possibles pour allier développement durable et médecine générale. Un autre site internet traitant du même sujet existe, « Doc'durable », fruit du travail de thèse de Adeline Marquet. Le lien entre éco-responsabilité et médecine générale commence à faire partie des sujets abordés dans les revues médicales telles que le Lancet, What's Up Doc, Prescrire, Antidote, Le Généraliste et Jeunes Médecins.

Très peu d'études concernant l'éco-responsabilité en médecine générale ont été retrouvées lors des recherches effectuées dans la littérature médicale, notamment grâce aux moteurs de recherche de Google Scholar, du CisMef et de PubMed. Des petits gestes et des changements de comportement peuvent réduire jusqu'à 45 % l'empreinte carbone d'un français. C'est pourquoi il semble pertinent d'explorer les pratiques éco-responsables que les médecins généralistes mettent en place dans leurs cabinets.

L'objectif principal de cette étude est de décrire les pratiques écologiquement responsables appliquées par les médecins généralistes au sein de leurs structures de travail.

L'objectif secondaire est d'explorer les éventuelles pistes pouvant améliorer l'impact environnemental de la médecine générale.

Résultats

Les caractéristiques socio-démographiques des participant·e·s

Sexe

140 médecins généralistes ont complété entièrement le questionnaire, 58 % (n=81) sont des femmes.

Âge

Sur les 140 médecins généralistes ayant répondu, les âges déclarés s'étalent de 26 ans à 77 ans avec une moyenne d’âge à 47 ans. L'écart-type est de 14 ans [33 ans - 61 ans] et l'âge médian est de 49 ans.

Figure 1 : Effectifs par tranche d'âge

Dans la population des femmes ayant répondu au questionnaire, les âges s'étalent de 26 ans à 67 ans, la moyenne d'âge est de 44 ans avec un écart-type de 13 ans [31 ans - 57 ans] et un âge médian de 38 ans.

Dans la population des hommes ayant répondu au questionnaire, les âges s'étalent de 27 ans à 77 ans, la moyenne d'âge est de 52 ans avec un écart-type de 13 ans [39 ans - 65 ans] et un âge médian de 55 ans.

Figure 2 : Effectifs de femmes et d'hommes par tranche d'âge

Localisation

Les 140 médecins généralistes ayant répondu au questionnaire sont réparti·e·s sur 14 des 18 régions de France. Les régions ultra-marines ont été regroupées sous l'appellation Outre-Mer afin de simplifier l'analyse des résultats. L'Occitanie est la région la plus représentée avec 50 % (n=70) de l'effectif total.


Figure 3 : Effectifs par région

La répartition des participants par département est présentée dans l'Annexe 6.

Enfants

Sur l'ensemble des médecins généralistes ayant répondu au questionnaire, 76 % (n=105) ont des enfants, la moyenne du nombre d'enfants est de 2 avec un écart-type à 1 [1- 3] et une médiane à 2 enfants. Le minimum est de 0 enfant et le maximum est de 5 enfants. Une donnée considérée comme aberrante a été exclue de l'analyse (réponse au nombre d'enfants : 200).

Mode d'exercice

L'exercice à plusieurs médecins généralistes associé·e·s en cabinet de groupe est le mode d'exercice le plus représenté avec 49 % (n=68) des participants au questionnaire.


Figure 4 : Effectifs par mode d'exercice

Pratique de la médecine générale

Dans l'effectif étudié, les pratiques semi-rurale et urbaine sont les pratiques majoritaires avec 44 % (n=62) pour la pratique semi-rurale et 41 % (n=57) pour la pratique urbaine.


Figure 5 : Effectifs par type de pratique de la médecine générale

Participation à la formation universitaire

Au sein de l'effectif étudié, 41 % (n=58) des médecins généralistes sont Maître·esse·s de Stage Universitaire (MSU).

Engagement en faveur de l'environnement

Parmi les participant·e·s au questionnaire, 14 % (n=20) sont engagé·e·s dans un mouvement en faveur de l'environnement.

Le papier

À propos de l'origine des papiers utilisés, 33 % (n=46) des participant·e·s achètent du papier d'impression recyclé, 31 % (n=43) emploient des draps d'examen en papier recyclé et 38 % (n=53) utilisent du papier toilette recyclé.

En ce qui concerne l'utilisation du papier, l'impression recto-verso est effectuée dès que cela est possible par 75 % (n=105) des répondant·e·s, 50 % (n=70) mettent systématiquement les courriers rédigés dans une enveloppe et 89 % (n=124) réutilisent les papiers non confidentiels comme brouillons.

Concernant la dématérialisation dans l'effectif étudié, 71 % (n=99) sont abonné·e·s à une revue médicale, dont 76 % (n=75) en version papier et 24 % (n=24) en version dématérialisée. Enfin, 89 % des participant·e·s (n=124) utilisent la dématérialisation pour les données telles que les résultats de biologie et les courriers de spécialistes de second recours.


Figure 6 : Répartition des effectifs pour la gestion du papier

Le matériel consommable

À propos du matériel médical, 99 % (n=138) des répondant·e·s se servent de spéculums auriculaires, 67 % (n=93) d'entre eux utilisent des spéculums auriculaires à usage unique. Pour les spéculums vaginaux, 93 % (n=130) des participant·e·s en utilisent, dont 71 % (n=93) se servent de spéculums vaginaux à usage unique. Les électrodes pour ÉlectroCardioGramme (ECG) sont utilisées par 57 % (n=80) des participant·e·s à l'étude, parmi lesquel·le·s 56 % (n=45) emploient des électrodes pour ECG réutilisables.

En ce qui concerne la stérilisation du matériel médical, 58 % (n=81) de l'effectif étudié stérilisent leur matériel.

Concernant le matériel non médical utilisé sur leurs lieux de travail, 78 % (n=110) des participant·e·s se servent de matériel d'écriture (stylos, crayon.) jetable et 79 % (n=110) emploient de la vaisselle réutilisable.

Enfin, à propos du séchage des mains, les participant·e·s pouvaient valider plusieurs réponses à cette question, ainsi 41 % (n=58) se sèchent les mains avec du papier non recyclé à usage unique et 37 % (n=52) se servent de torchons.


Figure 7 : Répartition des effectifs pour le matériel consommable

Les déchets

À propos du traitement des déchets sur leurs lieux de travail, 80 % (n=112) des répondant·e·s pratiquent le tri sélectif et 93 % (n=130) ne réalisent pas de compost.

En ce qui concerne les déchets plus spécifiques à l'activité médicale, 76 % (n=106) des participant·e·s encouragent les patients à ramener les médicaments non utilisés à la pharmacie et 58 % (n=80) des participant·e·s s’effectuant des vaccinations mettent un pansement après une vaccination selon le contexte, 39 % (n=54) en mettent systématiquement.