Dossier santé mentale des soignants

Publié le 25 May 2022 à 18:24
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#Bien-être
#Psychiatre de l'enfant et de l'adolescent


La santé mentale des soignants, une lutte au quotidien

La santé des soignants est un sujet brûlant depuis plusieurs années. En 1998, déjà, Martin WINCKLER l’évoquait dans son livre La Maladie de Sachs, «  La médecine est une maladie qui frappe tous les médecins de manière inégale. Certains en tirent des bénéfices durables. D’autres décident un jour de rendre leur blouse parce que c’est la seule possibilité de guérir – au prix de quelques cicatrices. Qu’on le veuille ou non, on est toujours médecin. Mais (…) on n’est pas non plus obligé d’en crever. ». Des chiffres de plus en plus inquiétants émergent sur la santé des professionnels de santé, et notamment des jeunes médecins.

Dans une enquête publiée en 2016, le conseil national de l’Ordre des médecins a mis en évidence une profonde souffrance des jeunes médecins, (24,2 % des 8000 participants), 14 % des répondants ont déclaré avoir déjà eu des idées suicidaires

Une étude internationale publiée dans le JAMA fin 2016 (Rotenstein & al) a annoncé comme chiffres : 11,1 % de risques suicidaires chez les étudiants en médecine et 27,2 % de dépression, prévalence qui est triple par rapport à la population générale, avec un effet direct sur la prise en charge des patients.
De nombreux facteurs de risque peuvent être retrouvés, parmi lesquels on peut citer  :
• Un temps de travail trop important, avec 60 % des internes répondants à l’étude du Conseil National de l’Ordre des Médecins déclarant travailler plus que les 48 heures hebdomadaires imposées par la directive européenne.
• Le stress engendré par l’impossibilité de contrôler le volume et le rythme de son travail (Smith, 2001).
• La jeunesse, les salariés les moins expérimentés étant les plus sujets à l’épuisement professionnel (Freudenberger & Cherniss).
Cependant, les déterminants psychosociaux restent encore à éclaircir

Enquête AFFEP
En 2015, l’AFFEP a lancé une enquête santé mentale centrée sur les internes en psychiatrie, en collaboration avec les référents de ville et les coordonateurs de DES, pour établir un état des lieux de la situation, des recours lors de difficultés, et ouvrir des pistes de réflexion sur un plan d’action coordonné. Les résultats ont été présentés au CFP 2015, et ont fait l’objet d’une communication par poster.

Introduction
• L’internat est considéré comme une période de stress chronique élevé pour les étudiants en médecine qui doivent relever le défi d’apprendre à travailler en équipe, de devenir des médecins compétents, responsables et empathiques, dans un climat parfois compétitif. Des travaux récents retrouvent une prévalence de la dépression d’environ 30 %1 ainsi qu’une augmentation significative de la prévalence du burn-out et des symptômes d’anxiété au cours de l’internat2 .
• Contexte : Les internes en souffrance psychique ou qui souffrent de troubles psychiatriques se tournent peu vers les professionnels de santé3 et l’aggravation des symptômes retentit sur leur fonctionnement, notamment professionnel4,5. Actuellement, il n’existe pas en France de recommandations claires relatives à la prise en charge médicale et universitaire des internes en souffrance.
• Objectifs : Evaluer la prévalence des internes du DES de Psychiatrie en situation de souffrance psychique. Décrire les modalités de prise en charge sanitaire et universitaire mises en place pour ces internes. Proposer des options de prise en charge consensuelles.

Materiel et méthode
• Enquête par questionnaire GoogleForm (15-20 minutes).
• 3 populations sondées :
  - Internes référents de l’Association Française Fédérative des Etudiants en Psychiatrie (AFFEP) de chaque subdivision d’internat (n = 28) (figure 1) ;
  - Coordonnateurs locaux du Diplôme d’Etudes Spécialisées de Psychiatrie (n = 28) ;
  - Coordonnateurs locaux du Diplôme d’Etudes Spécialisées Complémentaire de Pédopsychiatrie (n = 21).



Figure 1. Carte des 28 subdivisions d’internat en France. Le réseau national de l’AFFEP comporte 28 référents locaux soit 1 interne par subdivision.

Résultats
Taux de réponse
Référents AFFEP : 100 % (n = 28) Coordonnateurs : 37 % (n = 18; DES + DESC Pédopsychiatrie)
• Prévalence des internes en situation de souffrance psychique
Prévalence sur 2 ans : 2013-2014 et 2014-2015 ; n = 86 internes répartis dans 24/28 subdivision ; Répartition homogène sur les 4 années de DES (figure 2)


Figure 2. Répartition du nombre d’interne en situation de souffrance psychique en fonction de l’année de DES (n = 86).


Figure 3. Conséquences professionnelles déclarées par les 24 référents des 24 subdivisions concernées. Les trois conséquences les plus fréquemment rapportées étaient : difficultés en stage (déclaré par 21 référents) ; arrêt de travail (déclaré par 18 référents) ; absentéisme (déclaré par 10 référents). Les résultats obtenus dans le groupe des coordonnateurs étaient comparables.

  • Rencontre avec le coordonnateur local de DES


Figure 4. A. Proportion d’internes en difficulté ayant rencontré ou non le coordonnateur local de DES ; NSP : ne sait pas. B. à gauche : Proportion des internes référents AFFEP (n=28) qui pensent que la rencontre avec le coordonnateur local de DES est nécessaire ou non ; B. à droite : Proportion des coordonnateurs locaux (DES + DESC ; n=18) qui pensent que la rencontre avec le coordonnateur local de DES est nécessaire ou non

Connaissance du dispositif des comités médicaux


Figure 4. A1. à gauche : Proportion d’internes référents AFFEP (n=28) qui connaissent ou non le dispositif des comités médicaux ; à droite : Parmi les référents qui connaissent le dispositif, répartition de ceux qui en connaissent ou non le rôle. A2. Résultats A1 chez les coordonnateurs locaux (DES + DESC ; n=18). B1. Proportion des internes référents AFFEP (n=28) qui pensent ou non que le comité médical est un dispositif utile à la prise en charge des internes en souffrance psychique ; B2. Proportion des coordonnateurs locaux (DES + DESC ; n=18) qui pensent ou non que le comité médical est un dispositif utile à la prise en charge des internes en souffrance psychique.


Figure 5. Premier intervenant impliqué toutes situations confondues. Internes = association locale des internes, co-interne de stage, interne en difficulté lui-même ; Médecins = chef de service ou du pôle, PH ou CCA ou Assistant de l’unité ; Proche = famille, amis ; NSP = ne sait pas.

  • Temporalité des mesures d’aide mises en place

Mesures immédiates les plus fréquemment rapportées par les internes référents AFFEP (n = 24) : arrêt de travail (déclaré par 10 référents) ; invalidation de stage (déclaré par 8 référents) ; aménagement des gardes (déclaré par 6 référents).

Mesures à moyen terme les plus fréquemment rapportées par les internes référents AFFEP (n = 24) : aménagement des gardes (déclaré par 7 référents) ; réorientation (déclaré par 5 référents) ; interdiction de prescriptions non séniorisées (déclaré par 5 référents) ; invalidation du stage (déclaré par 5 référents