Dossier : Présidentielles 2022 L’ISNI, au nom des internes, fait entendre ses voeux

Publié le 1652458403000

Les internes représentent 40% du personnel médical. Ce sont pourtant les grands oubliés du Ségur. Hors de question, de fait, de ne pas s’emparer des élections présidentielles pour faire entendre nos voix, nos souhaits, nos perspectives d’amélioration du grand chantier de la santé. Pendant 6 mois, les équipes se sont réunies au sein de conseils de contributions pour élaborer des propositions concrètes, à confronter aux propositions des programmes des candidats. Cinq grandes thématiques ont été retenues par l’ISNI : l’accès aux soins, la promotion de la santé, le numérique, la gouvernance et le financement ainsi que l’environnement.

L’accès aux soins : pas au détriment des droits des internes !
Comme tous les ans, il s’en est fallu de peu pour que la sempiternelle proposition d’un amendement coercitif forçant les internes à « combler » les déserts médicaux ne soit votée in extremis. Empêcher les éternels étudiants que nous sommes encore, la trentaine passée, à enfin se stabiliser où l’on souhaite, auprès de ses proches ? Tout cela pour pallier les insuffisances des décisions des responsables politiques depuis 30 ans ? Impossible ! Mais comme tout nier en bloc sans avancer de solution pour améliorer l’accès aux soins n’est pas une position louable, l’ISNI propose donc :

  • D’augmenter le recrutement des étudiants en médecine issus des zones sous-denses : c’est un impératif de justice sociale et une solution durable aux déserts médicaux.
  • De changer de paradigme en déplaçant la médecine auprès du patient avec des cabinets mobiles.

Plus de moyens à la promotion de la santé
Très à la mode ces derniers temps, elle s’est même affichée comme une volonté politique pour de nombreux candidats : la promotion de la santé. Pourtant, sur le terrain, c’est le contraire que nous observons. Aujourd’hui, moins d’un enfant sur cinq bénéficie de la visite médicale de la 6ème année scolaire. Un tiers des postes de médecin scolaire sont non pourvus. Il faut absolument donner plus de moyens à tous les dispositifs en amont du système de soins. Le “care” avant le ”cure” ! Notamment l’école, qui doit redevenir le centre de la promotion et de l’éducation à la Santé.

Développer le numérique de façon harmonieuse sur le territoire
Développer le numérique dans le champ de la santé est presque un pléonasme en 2022, à l’ère où celui-ci est omniprésent et d’une aide indéniable pour le praticien d’aujourd’hui, que ce soit à travers la télémédecine, les possibilités de dossier médical partagé, ou encore l’intelligence artificielle. Il apparaît pourtant que certaines avancées ont encore des difficultés à s’inscrire de façon assurée et cohérente, à l’image de la télémédecine dans les territoires ruraux, les dossiers non communicables de fait de l’absence d’interopérabilité de l’ensemble des logiciels médicaux, ou encore les apports de l’intelligence artificielle en santé trop disparates entre spécialités pour établir une position commune. Un mot d’ordre : homogénéiser pour mieux avancer.

 

Gouvernance : à quand une formation en management ?
Les médecins et les internes en médecine (parfois) sont amenés à gérer des équipes… sans aucune formation au management ! L’ISNI réclame une formation managériale concrète pendant l’internat et une formation ouverte à tous les médecins qui le souhaitent. Le cumul des quatre fonctions pour les hospitalo-universitaires est une aberration. Peut-on encore respecter son indépendance dans ce contexte ? “Un médecin ne peut exercer une autre activité que si un tel cumul est compatible avec l’indépendance et la dignité professionnelles et n’est pas susceptible de lui permettre de tirer profit de ses prescriptions ou de ses conseils médicaux” : la loi le rappelle avec l’article 26 (R.4127-26) du code de la santé publique, à nous de continuer à sensibiliser sur cette absurdité française pour changer ce dogme archaïque et le faire respecter ! (NDLR : nos voisins européens, par exemple, ne fonctionnent pas du tout ainsi, avec des rôles dédiés à chacun de façon équilibrée et optimisée).

Connecter la santé, l’environnement et la croissance
Et si on participait, à notre échelle, à modifier notre impact sur l’environnement ? En tant que médecins, nous faisons partie (parfois malgré nous) des professions créant une pollution considérable. À plus ou moins grande proportion (ne parlons pas des anesthésistes dans un bloc opératoire, de quoi faire pâlir Greta Thunberg) ! Pourtant, on pourrait aisément essayer de minimiser notre incidence carbonée ! Par la création de postes de “référent développement durable” dans les centres hospitaliers afin de coordonner les pratiques de recyclage et sensibiliser à des pratiques plus respectueuses de la planète. De façon plus systémique, pourquoi ne pas imiter nos voisins suédois et leur label « PBT » (pour persistance bioaccumulation et toxicité), mesurant « l’impact environnemental » dans les études de recherche et de commercialisation d’un médicament, dans le but d’informer les prescripteurs et d’inciter les industriels à produire des médicaments plus respectueux de la planète.

ET SI VOUS VOUS ENGAGIEZ ? 5 JOURS DE FORMATION SYNDICALE OBTENUS !

Encore un plus pour vous motiver à débuter l’aventure : enfin, le droit à la formation syndicale a été reconnu !
En décembre dernier, le décret est paru au journal officiel modifiant l’Article R.6153-24-3 du Code de la santé publique. Il stipule que « Les étudiants de troisième cycle des études de médecine, d’odontologie et de pharmacie ont droit à un congé pour formation syndicale avec traitement d’une durée maximum de cinq jours ouvrables par an. ». Ce congé de 5 jours est accordé pour un stage ou suivre une session organisée par l’un des centres agréés. Subdivisions notées dès juin 2022 ?
L’ISNI se veut d’améliorer la visibilité de toutes les subdivisions afin de faire avancer les conditions de travail et le bien-être des internes. Comme les stages récemment, il s’agit de « noter » plusieurs critères de sa subdivision pour que le futur interne puisse choisir en connaissance de cause la subdivision respectueuse de ses droits. Parmi ces critères, la grille évaluera :

  • Respect du temps de repos de garde
  • lnternat
  • Chambre de garde
  • Présence des internes en CME, etc.
  • Infrastructures sportives à proximité ouvertes à des horaires adaptés, etc.

La grille d’évaluation sera affichée fin juin après les EDN. « Nous cherchons à ce que ces critères soient le plus justes possibles et reflètent la réalité », souligne Thibaut Steinmetz, interne grenoblois. C’est pourquoi tous les critères liés à la géographie (proximité de la mer/montagne par exemple) ne seront pas inclus.

Améliorer la vie des Internes
L’objectif de cette grille d’évaluation est de pouvoir présenter des données tangibles au Doyen de la faculté, à l’ARS ou au ministère pour faire appliquer le droit. Ancien président de l’association des internes de Grenoble, Thibaut a constaté l’immobilité des institutions qui freine beaucoup d’actions syndicales. « On avait beau mettre sur le table tous les éléments, cela ne bougeait pas car il y a énormément d’acteurs différents qui se renvoient la balle…»

Le respect du temps de travail comme critère
Thibaut a inclus le respect du temps de travail aux critères de cette grille d’évaluation. Un droit largement bafoué partout en France. « Depuis que la Cour européenne des Droits de l’homme a épinglé la France, en 2014, très peu de choses ont changé malgré toutes les actions de l’ISNI » fait-il remarquer. Mi-février, l’ISNI répondait de nouveau au ministre de la Santé sur ce sujet.

INTERNES MIEUX LOGÉS : CE N’EST PAS UNE CHIMÈRE !

Pas d’internat, loyers trop chers dans les grandes villes, indemnités de logement dérisoires: on le sait, il reste du travail sur la question d’un logement décent pour tous les internes. Clara Timsit, interne en 3e semestre en anesthésie/réanimation à Paris, a repris ce dossier du logement porté par l’ISNI depuis plusieurs années. « Nous avons lancé une enquête en novembre dernier, tous les internes peuvent y participer. Il s’agit de récolter des données précises sur les conditions de logement des internes afin de présenter un dossier chiffré au ministère de la Santé et obtenir des avancées », explique-t-elle. L’enquête est close fin février. Clara souligne le lien entre logement et prévention des risques psycho-sociaux. Quand le logement est très éloigné, parfois insalubre, souvent trop coûteux, cela devient une préoccupation majeure dans le quotidien de l’interne. « Ce n’est pas normal, qu’à Bac+6 on ait autant de difficultés à se loger », ajoute-t-elle.

CASSER LES IDÉES REÇUES AVEC LES ÉLÈVES DIRECTEURS

N’avez-vous jamais eu l’impression que le directeur de l’hôpital n’avait aucune idée de votre quotidien d’interne ? Qu’il n’avait pas conscience de vos difficultés, ne connaissait pas votre rapport au patient ? « Quand on sort d’une réunion avec la direction de l’hôpital, on a cette impression étrange qu’ils ne nous comprennent pas. Et pourtant, on oeuvre pour le même service public », constate Thibaut Steinmetz. Il est interne en 5e semestre en médecine et santé du travail à Grenoble. Il a initié des rencontres avec les futurs élèves directeurs. Un week-end est organisé, fin mars, avec une douzaine d’élèves directeurs et autant d’internes. Le but ? Construire des temps d’échange à travers plusieurs ateliers afin de mieux comprendre la culture de l’autre. « Ce sera comme une immersion dans la peau de l’autre, précise Thibaut. Quand on échange avec eux, on se rend compte non seulement qu’ils ont le même sentiment d’incompréhension que nous mais aussi que ce sont des personnes extrêmement engagées ».

                  Article paru dans la revue “Le magazine de l’InterSyndicale Nationale des Internes” / ISNI N°28

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