Découverte de la rééducation au TOGO

Publié le 10 May 2023 à 16:27
#Kinésithérapeute

Ce séjour programmé par l’Ecole d’Assas dans le cadre d’Erasmus + a eu lieu du lundi 24 octobre 2022 au vendredi 28 octobre 2022 en étroite collaboration avec l’association « Un espoir, un sourire » qui a organisé l’ensemble du séjour sur place : accueil, hébergement, repas, transports et planning des visites avec nos interlocuteurs togolais.

Cette visite exploratoire avait pour objectif de découvrir l’activité des rééducateurs et le fonctionnement des centres de rééducation ainsi que celui de l’Ecole nationale des auxiliaires médicaux. D’autre part nous voulions apprécier comment et par qui les étudiants en kinésithérapie et en ergothérapie pourraient être accueillis, les matériels disponibles, les logements, les repas… mais également connaître le fonctionnement de l’association qui s’avérera être un partenaire indispensable à la mise en place de quelques projets de collaboration que ce soient.

Lors de nos 4 jours au Togo, nous avons visité 4 structures : 3 à Lomé et 1 à Kara, ville qui se situe à 500 km au nord de la capitale. L’association un espoir un sourire a assuré toute notre logistique déplacements, repas et nuitées et nous a accompagnés durant chaque déplacement. Cet accompagnement pour notre logistique est apparu indispensable, il doit être de fait tant pour nos étudiants que pour nos formateurs. Nous aurions été perdus sans Eric et Joël, nos guides, dans ce petit pays francophone de près de 9 millions d’habitants. La culture togolaise est trop éloignée de la nôtre, les habitudes de vie différentes ne permettent pas d’envoyer, sans accompagnement, des étudiants stagiaires ou des professionnels. Le déroulement des quatre jours s’est effectué selon un planning envisagé par l’association « un espoir un sourire » avec le mardi la visite du CNAO (Centre National d’Appareillage Orthopédique) structure publique créée dans les années 70, et la visite de l’ADS (Action Développement Santé) association privée. Le mercredi matin nous nous sommes rendus à l’ENAM (École Nationale des Auxiliaires Médicaux), seul centre de formation pour tout le pays, où nous avons pu visiter l’école de kinésithérapie, puis nous sommes partis vers Kara, capitale régionale au Nord du pays, pour visiter le CRAO (Centre Régional d’Appareillage Orthopédique). Nous avons complété ces visites en milieu sanitaire par celle d’un établissement scolaire réservé aux enfants de Lomé qui, faute de moyens, n’ont pas d’accès à l’école.

Après un accueil dans la pure tradition Togolaise à notre arrivée lundi soir : chants, danses, partage de la boisson traditionnelle du pays le « Sodabi » (alcool de palme) sous l’arbre à palabres, nous avons commencé notre périple par la visite mardi matin du CNAO situé à Lomé. Nous avons été accueillis par le directeur, kinésithérapeute et par le responsable du département de kinésithérapie lui aussi kinésithérapeute qui a organisé la visite. Ce centre est le plus grand du pays, il reçoit des patients venant de l’ensemble du territoire pour traiter des pathologies orthopédiques (amputation, malformations d’origines congénitales, PBVE) et neurologiques (IMC, enfants cérébrolésés).

Une vingtaine de rééducateurs comprenant majoritairement des kinésithérapeutes mais aussi des orthophonistes, des orthoprothésistes et un pédicure podologue nous ont présenté leur activité. Nous avons ensuite longuement échangé avec le Directeur sur les possibilités de partenariat que nous pourrions envisager.

Trois axes de travail semblent se dégager :

  • L’accueil de stagiaires en kinésithérapie, podologie et ergothérapie : il n’existe pas d’école d’ergothérapie au Togo, une association Ergo-Togo travaille en collaboration avec le centre et envoie en mission des étudiants en ergothérapie dans le centre. Des professionnels français viennent en mission pour répondre aux besoins et en profitent pour encadrer ces stagiaires. Cette association intervient uniquement à Lomé
  • La formation continue des professionnels n’existe pas dans le pays. Si la formation initiale semble d’un bon niveau, il y a des besoins importants en formation continue (neurologie, et pneumologie entre autres).
  • L’accueil d’un ressortissant togolais en France pour se former à la podologie : Il n’y a actuellement qu’un seul podologue au Togo et pas de formation sur place alors que les besoins sont très importants. La direction qui a l’habitude de recevoir des stagiaires étrangers semble très favorable à un partenariat entre nos instituts.

Nous avons ensuite visité le centre, le responsable du département de kinésithérapie a répondu à l’ensemble de nos questions. Nous avons pu constater la vétusté et le peu de matériel mis à la disposition des professionnels mais nous avons eu le sentiment de voir l’essentiel : une prise en charge globale de patients qui sont au coeur de leurs préoccupations. Les professionnels utilisent tout ce qui est à leur disposition, et le bricolage et l’ingéniosité sont de rigueur. Nous avons rencontré des professionnels investis, au service du bien des patients, et nous nous sommes complétement retrouvés dans leur façon de pratiquer.

Après cette visite riche en enseignements, nous profitons d’un peu de temps pour rencontrer des bénévoles de l’association « un espoir, un sourire » qui participent à l’alphabétisation au sein d’une école recevant des enfants de milieu très pauvre : les parents n’ayant pas les moyens de les scolariser. Nous avons été accueillis avec des chants, les enfants, au nombre de 115 environ, partagent un hangar, ils ont chacun de quoi s’assoir et de quoi écrire. Face à eux, un enseignant togolais et 3 bénévoles font la classe du CP au CM1. Nous avons vécu une expérience très émouvante : poème, chant, danse, nous ont été offerts par ces enfants qui ont tous une petite lumière dans les yeux et une véritable fierté à nous montrer ce qu’ils ont appris. Ce fut une véritable leçon de vie. Après avoir distribué les présents que nous avions apportés, nous sommes partis au son des chants et au revoir : un moment un peu hors du temps.

Mardi après-midi, nous étions attendus par l’équipe de ADS (Action Développement Santé pour tous). Cette structure associative accueille en journée une douzaine d’enfants présentant des troubles autistiques ou des séquelles de lésions cérébrales. Fonctionnant comme un hôpital de jour, les parents déposent leurs enfants le matin à partir de 8 heures et les récupère vers 16 heures. La nourriture est apportée par les parents qui payent les soins et la « garderie ». Il n’y a pas d’aide de l’État. L’équipe est composée principalement d’éducateurs salariés, de deux kinésithérapeutes et deux orthophonistes à temps partiel et bénévoles. Après une présentation très détaillée par le directeur, nous avons longtemps échangé sur les besoins : l’absence d’un ergothérapeute est problématique et la demande semble légitime. Cette petite structure manque également d’espace pour recevoir plus d’enfants mais également pour développer les différentes activités éducatives et médicales. Le Directeur a longuement insisté sur les objectifs fixés pour chacun des enfants : leur permettre d’être le plus autonome possible pour survivre dans la société togolaise peu adaptée aux personnes porteuses de handicap.

Notre première journée s’achève avec déjà de véritables axes de réflexions quant aux partenariats éventuels. Nous profitons de cette soirée pour boire une bière locale sur la plage de Lomé avant de partager un dîner aux couleurs traditionnelles togolaises. Notre journée de mercredi débute par la visite de l’ENAM (École Nationale des Auxiliaires Médicaux). Située à Lomé, cette école regroupe plusieurs départements de formations (Infirmier, Orthoprothésie, Orthophonie, Kinésithérapie, Laborantin, Assistant d'hygiène, Aide sanitaire). C’est l’unique école paramédicale sur le territoire.

Chaque département est sous la responsabilité d’un responsable qui organise, en lien avec la direction, les enseignements de son département. Nous avons rencontré le responsable du département de kinésithérapie avec qui nous avons beaucoup échangé sur la formation, l’accompagnement des stagiaires et les spécificités propres à chacun de nos pays. Au Togo, l’entrée à l’école se fait sur concours : la formation se fait en 3 ans, alternant périodes de stage et période à l’école, les étudiants sont au nombre de 30 par promotion (principalement des garçons). Nous n’avons pas pu tellement échanger sur le contenu des enseignements. Nous avons convenu de nous transmettre les maquettes de formations afin de comprendre l’organisation de chacune et d’envisager un éventuel partenariat. L’école de Lomé a déjà eu une expérience de partenariat avec un IFMK français qui n’a pas perduré pour des raisons de mauvaises expériences avec des stagiaires non respectueux des règles en vigueur. La discipline est stricte au Togo et le respect de la hiérarchie incontournable. Il n’y a aucune possibilité d’accueillir des étudiants togolais en France, le consulat ne délivrant pas de visa.

Nous avons également abordé les possibilités de proposer à des enseignants de venir transmettre leurs expertises et de recevoir en France des enseignants Togolais. Après ces échanges, nous avons visité l’école. Les étudiants sont en uniforme et se mettent au garde-à-vous quand les autorités entrent dans la classe. Quant à l’organisation des cours, celle-ci est comparable à celle des études en France avec des salles dédiées aux cours magistraux et d’autres pour les travaux pratiques. Chaque département a ses propres salles et les étudiants partagent un centre de documentation. Le CNAO travaille sur la création d’un département d’ergothérapie, pour le moment cela ne reste qu’un projet.

Une fois la visite terminée, nous prenons la route pour Kara, ville qui se situe à environ 500 km au nord de Lomé et qui nécessite environ 7h de voiture-taxi sur la route principale très empruntée qui relie la capitale du Togo au Burkina Faso. Nous profitons de ce voyage pour découvrir le pays, ses paysages, et nous traversons villes et villages sur des routes parfois chaotiques.

Plus nous nous dirigeons vers le nord plus la population apparait pauvre. Les habitants des villages cherchent pour l’essentiel des moyens de subsistance, tout s’achète et tout se vend sur le bord des routes et des habitations. L’activité est permanente du lever au coucher du soleil dans le bruit des motos et des klaxons des voitures, la poussière rouge des chemins en terre et les odeurs d’épices mélangées aux vapeurs d’essence. Les petits restaurants sont nombreux dans les villes du fait du trafic routier incessant et nous en profitons pour faire une pause repas et déguster un « poulet bicyclette » rôti accompagné de bananes plantains frites et d’une bière locale. Notre voyage se termine dans la soirée à l’hôtel de Kara après avoir été contrôlés plusieurs fois sur la route par des militaires ou la police locale.

Départ jeudi matin tôt pour la visite du CRAO de Kara (Centre régional d’appareillage orthopédique), nous sommes accueillis par le directeur.

Le centre reçoit principalement des patients de la région nord du pays : personnes amputées et enfants IMC principalement. Les patients font jusqu’à 4h de route pour bénéficier des soins. L’appareillage de marche, la confection de semelles et chaussures orthopédiques, la rééducation (trois kinésithérapeutes et une orthophoniste plus des orthoprothésistes) sont les principales activités du centre. Le directeur a longuement insisté sur le besoin de développer l’ergothérapie. La visite a été un choc encore plus grand que dans la capitale mais nous a confirmé que ce que nous avions déjà perçu, les pratiques sont centrées sur les besoins du patient et vont à l’essentiel. Le matériel est vétuste, les thérapeutes ont à leur disposition : une salle de fabrication de semelle et d’appareillage, une salle de kinésithérapie, une salle pour le moulage et la confection des attelles, une salle d’orthophonie et une salle de consultation.

Un staff avec l’ensemble de l’équipe est organisé une fois par semaine pour chacun des patients. Nous notons par ailleurs que dans aucun des centres que nous avons visités, il n’y a pas de médecins alors que chaque acte est soumis à une prescription. Les décisions pour les patients sont donc prises lors des staffs.

Nous avons été tout particulièrement touchés par les mots du directeur qui ne se plaint jamais, sa persévérance et sa conscience professionnelle auront raison des difficultés. Nous lui avons transmis le matériel que nous avions emmenés et en retour il nous a offert un sac rempli d’oranges. En quittant ce centre qui restera le moment fort de ce séjour, nous prenons la direction de Djamdé à une vingtaine de km de Kara pour visiter une réserve d’éléphants. Ce fut un moment de détente avec les pachydermes dans ce périple pour le moins déroutant.

Nous profitons du trajet de retour pour continuer à profiter des paysages de brousse d’abord puis du plateau ensuite avec sa végétation dense. Les dos subissent les vibrations incessantes de la voiture-taxi sur les routes défoncées. Nous faisons étape le soir à environ 200 km au nord-ouest de Lomé.

Vendredi, dernier jour de notre séjour, nous repartons en direction de Lomé en passant par la route touristique où se situe la faille d’Aledjo passage obligé pour les touristes. Joël et Eric nous proposent ensuite de manger un plat typique du Togo : le « Foufou » plat à base de pâte d’igname et de manioc pilé, de poisson ou de poulet avec une sauce plus ou moins pimentée selon les goûts de chacun, le tout accompagné d’une bière locale ! Très bon moment de partage des traditions dans un lieu particulièrement agréable. Le repas à peine terminé, direction Lomé et son marché pour acheter des tissus et autres souvenirs. Nous profitons ainsi de nos derniers moments en contact avec cette population en permanence active qui ne demande qu’à travailler pour vivre, dans la joie et la bonne humeur.

Il est maintenant le moment de quitter ce pays, nous nous dirigeons vers l’aéroport accompagnés de nos amis Togolais qui ont veillé sur nous durant tout notre séjour. Nous ne pourrons jamais assez les remercier pour leur gentillesse, leur sens de l’accueil, leur attention perpétuelle.

Joël nous disait au détour d’une conversation : « Mon pays, je l’aime, je le chéri… tant que je pourrai, je me battrai pour que les habitants vivent et soient fières ». Nous sommes revenus pleins de projets et espérons, malgré les difficultés administratives, en réaliser certains. Le premier d’entre eux est de leur apporter du matériel de rééducation qui leur fait tant défaut et nous serions heureux de pouvoir associer les IFMK de France dans cette démarche.

Par Julienne DEVROEDT (ergothérapeute formatrice)
Nicolas BRISSEAUX (kinésithérapeute formateur)
Danièle MAILLE (directrice de l’ergothérapie)
Jean-Jacques DEBIEMME (directeur de la kinésithérapie)

Article paru dans la revue « Syndicat National des Instituts de Formation en Masso-Kinésithérapie » / SNIFMK N° 13

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