Ce sont les jeunes qui en parlent le mieux

Publié le 1652511834000

Imagerie prénatale : pourquoi pas vous ?

L’imagerie prénatale est un domaine de spécialisation qui intéressait jusqu’à présent assez peu d’internes de radiologie car souvent jugée trop « stressante » ou trop « risquée » dans le cadre d’une future pratique libérale, ou encore réservée aux seuls gynécologues obstétriciens. Pourtant c’est un domaine passionnant où le radiologue a toute sa place. A l’interface entre l’imagerie de la femme et la radio-pédiatrie, il s’agit bien d’un domaine à part entière extrêmement riche sémiologiquement où les connaissances théoriques et pratiques nécessitent un apprentissage rigoureux… mais à la portée de nous tous !

Pour ma part j’ai toujours été fascinée par ce moment privilégié empreint d’émotions quand nous posons la sonde d’échographie sur le ventre de la mère, et la relation humaine particulière qui se crée alors entre le radiologue et la patiente. J’apprécie également les discussions passionnantes pluridisciplinaires et éthiques soulevées lors des staffs de prénatal, dans lesquels l’échographiste ou le radiologue ayant interprété l’IRM foetale a un rôle clé.

J’ai eu la chance pendant mon internat de pouvoir m’exercer à la pratique de l’échographie prénatale, au cours de mes semestres en radiologie à l’hôpital de Poissy, en radiopédiatrie à l’hôpital Trousseau et lors de la formation pratique du Diplôme universitaire d’échographie gynécologique et obstétricale. L’échographie est d’apprentissage difficile au début, comme pour toute nouvelle discipline, mais à force de persévérance, nous sommes capables de réaliser les coupes obligatoires du dépistage au trois trimestres de la grossesse et cela est vraiment gratifiant ! Le fait de s’inscrire dans cette logique très réglementée du dépistage est un cadre que je trouve rassurant quand on débute : nous devons obtenir les coupes demandées qui sont systématisées, et le cas échéant, nous pouvons nous tourner vers un avis de référent.

Du fait du nombre grandissant d'examens en échographie foetale, une formation initiale des internes dans cette spécialisation me paraît très enrichissante et plusieurs terrains de stage seront qualifiés en vue de cette formation, à la fois dans la pratique de l’échographie et de l’IRM foetale. A l’occasion des JFR cette année, l’imagerie prénatale sera largement représentée ! Venez découvrir le syllabus et assister aux cours du DES réservés aux internes la journée du jeudi 11 octobre ainsi qu’aux différentes sessions pour les juniors qui auront lieu lors des journées des JFR. Je vous recommande en particulier l’initiation à l’échographie prénatale par mini sessions « À vous la sonde » sur le village des ultrasons.

Ressemblances et différences dans l’enseignement de l’imagerie prénatale entre le Québec et la France

Après avoir terminé une résidence (équivalent d’internat) de radiologie diagnostique à l’Université de Montréal (U de M) (Figure 1), j’ai décidé de me spécialiser en imagerie prénatale et pédiatrique. Pouvoir faire les corrélations entre les pathologies diagnostiquées en prénatal et le suivi postnatal est à mon sens une grande richesse, tant sur le plan intellectuel que sur le plan humain, car cela permet de suivre les patientes et de mieux comprendre les pathologies de diagnostic prénatal.

Figure 1 : Le CHU Sainte-Justine

Pour obtenir un poste permanent de radiologue dans un hôpital universitaire affilié à l’Université de Montréal, il faut partir deux ans parfaire ses connaissances à l’étranger. J’ai donc fait une année de fellowship (équivalent de chef de clinique) à l’hôpital Sick Children de Toronto dans le département d’imagerie pédiatrique. Pour la deuxième année, j’ai eu la chance de venir apprendre l’imagerie prénatale à l’Hôpital Armand-Trousseau de Paris. C’est en venant travailler ici, que j’ai vraiment réalisé les différences majeures dans la pratique et l’enseignement de la médecine entre la France et le Québec, deux endroits qui pourtant partagent une langue (contrairement à ce que certains français peuvent dire), des origines et un mode de vie (contrairement à ce que certains français peuvent penser, nous ne vivons pas dans des igloos ni ne nous promenons en traîneaux à chiens dans les rues de Montréal).

La première des différences concerne l’acceptation dans le cursus de radiologie qui se fait au Québec sur dossier et lors d’un entretien afin de valider la pertinence des postulants. La question du choix de stage en fonction du classement au concours de l’ECN ne se pose donc pas. La résidence en radiologie (du moins celui de l’U de M) propose le même cursus de formation pour tous les résidents afin de s’assurer de l’uniformité du niveau des diplômés, c’est-à-dire que tous les résidents font grosso modo les mêmes stages dans les mêmes hôpitaux. Il y a d’ailleurs un examen (oral et écrit) portant sur toutes les spécialités radiologiques à la fin des cinq années de résidence, nécessaire à l’obtention du permis de pratique. Au cours de son cursus, tout résident en radiologie consacre obligatoirement au moins deux mois à l’imagerie anténatale, surtout l’échographie. En pratique, dans un département de radiologie universitaire, il y a généralement environ une dizaine de salles d’échographie qui tournent en même temps (Figures 2 et 3). Une différence importante est qu’au Québec, certains technologues (manipulateurs) sont formés en échographie (Figure 4). Donc, plusieurs examens (échographies de dépistage et de diagnostic) se déroulent dans chacune des salles d’échographie de manière simultanée par des technologues et des résidents. Le ou les radiologues responsables de la vacation regardent les images une fois l’examen terminé et retournent contrôler sans reprendre toutes les images. Quand on commence à faire de l’imagerie anténatale, on commence par suivre un technologue. Ensuite, on prend un peu la sonde une fois l’examen terminé par le technologue en attendant que le radiologue vienne vérifier. Puis après quelques jours de pratique, le résident a sa propre salle pour faire des échos. Il peut donc suer à grosses gouttes mais en paix (parce que le bébé est mal placé, qu’il y a de nombreux mouvements foetaux, que la paroi maternelle est très absorbante) et surtout prendre le temps de réaliser l’échographie en entier, sans entraîner trop de retard sur le planning de la journée. Une fois les images acquises, le radiologue sénior retourne vérifier l’examen en prenant la sonde et en donnant des conseils techniques au résident pour faire les images qu’il n’a pas réussies. Pour résumer, les vacations d’échographies anténatales sont en quelque sorte partagées par les résidents et les technologues, et chapeautées par les radiologues.

A la fin de leur cursus, tous les résidents sont donc capables de faire des échographies anténatales de dépistage, et certains centres universitaires demeurent la référence si une pathologie est identifiée.

Je termine ce court texte en vous incitant à aller voir ailleurs dans le monde comment s’apprend et se pratique la radiologie. C’est l’occasion de faire des rencontres exceptionnelles professionnelles mais aussi amicales, de ramener chez soi de nouvelles manières de faire et aussi de se conforter dans certaines de nos pratiques. Tout ce que vous avez à faire c’est de décider de partir et le plus dur est fait… Voilà. Bonne chance pour la suite !

Article paru dans la revue “Union Nationale des Internes et Jeunes Radiologues” / UNIR N°32

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