Caractéristiques de la vie reproductive, utilisation de traitements hormonaux et risque de maladie de parkinson chez les femmes issues de la cohorte E3N

Publié le 28 Sep 2023 à 15:44
#Gynécologue médical
#Médecin de la reproduction

 

Reproductive characteristics, use of exogenous hormones and Parkinson disease in women from the E3N study

Pesce et al. Publié dans Brain 2023

Mots-clés :
Parkinson disease, hormonal exposure, cohort study, women

Plus de 6 millions de personnes dans le monde sont suivies pour une maladie de Parkinson et la prévalence a plus que doublé au cours de ces 30 dernières années. Compte tenu de l’allongement de l’espérance de vie, son incidence tend à augmenter dans les années à venir. Des études animales suggèrent que les estrogènes ont un rôle protecteur contre les processus neurodégénératifs liés à la maladie de Parkinson. L’association entre l’exposition aux traitements hormonaux et le risque de maladie de Parkinson a déjà été évaluée dans plusieurs études mais les résultats étaient discordants, possiblement en lien avec la petite taille des échantillons étudiés.

Matériel et Méthodes

Dans cette étude, les auteurs ont évalué l’association entre plusieurs caractéristiques de la vie reproductive, l’exposition aux traitements hormonaux et l’incidence de la maladie de Parkinson en se basant sur les données de la cohorte E3N. Les données concernaient près de 100 000 femmes âgées de 40 à 65 ans en 1990 et suivies jusqu’en 2018. Le diagnostic de maladie de Parkinson était déterminé sur la base des données des demandes de remboursement de médicaments et les dossiers médicaux. Les caractéristiques de la vie reproductive et les expositions aux traitements hormonaux étaient collectées à l’aide de questionnaires complétés par les femmes suivies dans la cohorte E3N.

Résultats

Les auteurs ont identifié 1165 cas incidents de maladie de Parkinson sur 96 862 femmes au total au cours d’un suivi moyen de 22,0 ans (taux d’incidence de 54,7 pour 100 000 personnes-années). L’incidence de la maladie de Parkinson était plus élevée chez les femmes ayant eu une ménarche précoce (<12 ans, HR= 1,21, 95 % CI =1,04-1,40) ou tardive (≥14 ans, HR= 1,18, 95 % CI= 1,03-1,35) que chez les femmes dont la ménarche avait eu lieu entre 12 et 13 ans. La nulliparité n’était pas associée à la maladie de Parkinson, mais l’incidence de la maladie de Parkinson augmentait avec le nombre d’enfants chez les femmes multipares. Les femmes ayant eu une ménopause chirurgicale ou iatrogène étaient plus à risque que les femmes ayant eu une ménopause physiologique (HR=1,28, 95 % CI=1,09-1,47), en particulier lorsque la ménopause chirurgicale ou iatrogène s’était produite à un âge précoce (≤ 45 ans). L’utilisation d’un traitement hormonal substitutif avait tendance à diminuer ce sur-risque. Alors que les traitements utilisés en procréation médicalement assistée n’étaient pas associés de façon globale à la survenue de maladie de Parkinson, les femmes ayant utilisé du citrate de clomifène présentaient un risque plus élevé de maladie de Parkinson que celles qui n’en avaient jamais utilisé (HR=1,81, 95 % CI=1,14-2,88). Les autres expositions (allaitement, contraception orale) n’étaient pas associées à la survenue de maladie de Parkinson.

Discussion

Les résultats de cette étude suggèrent qu’un âge précoce ou tardif de la ménarche, une parité élevée et une ménopause chirurgicale ou iatrogène, en particulier à un âge précoce, étaient associés à un risque majoré de maladie de Parkinson. De même, cette étude observe que l’utilisation de certains traitements hormonaux pouvait augmenter (citrate de Clomifène) ou diminuer (traitement hormonal substitutif) l’incidence de la maladie de Parkinson.

Le risque accru de maladie de Parkinson chez les femmes ayant un âge plus avancé à la ménarche pourrait s’expliquer par une exposition plus courte aux estrogènes, mais ce mécanisme n’expliquerait pas l’association avec l’âge précoce à la ménarche. Les auteurs suggèrent qu’une exposition antérieure aux estrogènes pourrait augmenter la vulnérabilité à la maladie de Parkinson en interférant avec les voies dopaminergiques. Les mécanismes impliqués dans le risque majoré de maladie de Parkinson chez les femmes multipares restent incertains. Bien que les grossesses soient associées à un fort taux d’estrogènes plasmatiques, certaines études ont montré qu’en dehors des périodes de grossesse, les femmes ayant plus d’un enfant avaient des niveaux d’estradiol circulant inférieurs à ceux des femmes nullipares. L’augmentation de l’incidence de la maladie de Parkinson chez les utilisatrices de citrate de clomifène, un modulateur des récepteurs aux estrogènes utilisé pour l’induction de l’ovulation, pourrait être expliqué par son action anti-estrogénique.

Alors que le statut ménopausique n’était pas associé à la maladie de Parkinson après ajustement pour l’âge, le type de ménopause jouait un rôle important puisque les femmes ayant eu une ménopause chirurgicale ou iatrogène avaient un risque accru d’environ 30 % de développer la maladie de Parkinson par rapport aux femmes ayant eu une ménopause physiologique, et ce risque augmentait à plus de 60 % lorsque la ménopause chirurgicale ou iatrogène avait lieu avant l’âge de 45 ans. Cette différence pourrait s’expliquer par le fait que les femmes ayant eu une ménopause chirurgicale ou iatrogène avaient une réduction brutale des taux d’estrogènes plus marquée que les femmes ayant eu une ménopause physiologique. Parallèlement, l’utilisation du traitement hormonal substitutif semblait diminuer ce risque, soutenant l’hypothèse que les expositions hormonales jouent un rôle dans la susceptibilité aux maladies neurodégénératives.

Ces résultats pourraient aider à l’avenir à identifier les groupes les plus à risque de développer une maladie de Parkinson.

Take Home Messages

  • L’incidence de la maladie de Parkinson semble plus élevée chez les femmes ayant eu une ménarche avant 12 ans ou après 14 ans.
  • Les femmes ayant eu une ménopause chirurgicale ou iatrogène semblent plus à risque que les femmes ayant eu une ménopause physiologique, en particulier lorsque la ménopause chirurgicale ou iatrogène s’est produite avant l’âge de 45 ans.
  • L’utilisation d’un traitement hormonal substitutif semble diminuer le risque de survenue de maladie de Parkinson.

Références

Pesce G, Artaud F, Roze E, Degaey I, Portugal B, Nguyen TTH, et al. Reproductive characteristics, use of exogenous hormones and Parkinson disease in women from the E3N study. Brain. 2023;146(6):2535-46.


Iphigénie Cavadias
Docteur junior en

Gynécologie Médicale
Paris

 
Dr Alice Roquette
Assistante Spécialiste à

l’Hôpital Port-Royal
Paris

Article paru dans la revue « Association nationale des Internes et des assistants en Gynécologie Médicale » /AIGM-Gynéco Med N°01

 

 

 

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