Burn Out : Evaluation de la Qualité de vie des Chirurgiens en Gynécologie, une enquête nationale

Publié le 17 May 2022 à 21:22
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#Gynécologue-obstétricien

Contexte et justification
A l’heure où l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle est devenue une priorité, j’ai été amenée à élaborer une enquête sur la qualité de vie des chirurgiens gynécologues. Les résultats ont été présentés lors du congrès de la Société de Chirurgie Gynécologique Pelvienne, à Lille, en septembre 2019 lors d’une session plénière dédiée à ce thème.

Le bien-être et la qualité de vie au travail sont devenus une priorité pour l’ensemble des professionnels. Différents questionnements peuvent se faire sur l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle : balance entre contraintes et plaisirs professionnels mais aussi personnels et familiaux, aspirations de carrière, existence de discrimination pour accéder aux postes souhaités, satisfaction vis-à-vis de la rémunération.

Plusieurs études récentes, relayées par les médias, s’intéressent à faire un des états des lieux du fonctionnement hospitalier, et à décrire la place des femmes dans les postes à responsabilité au sein de la communauté médicale. L’étude réalisée en France au début de l’année 2019 au sein de l’APHP, qui était intitulée " Hommes et Femmes à l’hôpital public : comment conciliez-vous vie professionnelle et vie personnelle ? » en est un exemple. Il s’agit d’une enquête alliant le thème du burnout des médecins et la place des femmes dans les Centre Hospitaliers français. Parmi les 3135 répondants, 54 % déclaraient être en épuisement chronique au travail. L’étude proposait différentes pistes de changement et d’amélioration des conditions de travail telles qu’une meilleure rémunération ou une possibilité de moduler sa carrière lors de moments de vie sans que ce soit pénalisant. (1)

Objectif principal
Nous avons donc voulu sonder, au cœur de notre profession, le ressenti des chirurgiens gynécologues sur ces différentes thématiques.

Méthodes
A partir de janvier 2019, nous avons élaboré avec l’aide d’internes en gynécologie-obstétrique et de chirurgiens gynécologues (PH, PUPH et exerçant en privé) un questionnaire de 74 questions regroupant différents thèmes : informations générales (sexe, âge, établissement), type d’activité (oncologie, enseignement, recherche, gardes et astreintes), charge de travail, reconnaissance et discriminations, charge émotionnelle liée au travail, statut et vie familiale (nombre d’enfants, profession du conjoint), vie extra-professionnelle (pratique de sport, d’activités artististique), satisfaction globale professionnelle. Ce questionnaire était destiné aux chirurgiens gynécologues exerçant actuellement en France et ayant conservé ou non une activité obstétricale de garde, que ce soit en milieu hospitalier ou en clinique privée. Il a été diffusé par mail, sur la base du volontariat (chaque médecin était invité à diffuser ce questionnaire à ses collègues, dans toutes les régions) et était également disponible en ligne sur le site de la SCGP.

Les résultats principaux de notre enquête étaient les suivants

253 réponses ont été collectées entre février et juin 2019. 41,8 % des répondants étaient des femmes, 58,50 % des hommes. L’âge moyen était de 45,87 ans : 40,47 ans chez les femmes, 49,70 ans chez les hommes. 36,0 % d’entre eux exerçaient en clinique, 39,9 % en milieu hospitalier et 24,1 % en milieu hospitalo-universitaire.

90,90 % des chirurgiens étaient en couple ou (re)mariés et 84,9 % avaient un ou plusieurs enfants. Les femmes chirurgiennes avaient en moyenne moins d’enfants que les hommes.

Le temps de travail déclaré par semaine était de 50 à 75h pour 69,6 % des chirurgiens, avec des horaires contraignants pour beaucoup d’entre eux. La grande majorité estimait d’ailleurs leur charge de travail importante et 23,7 % la considéraient comme difficilement gérable.

La majorité des praticiens étaient concernés par le stress et le retentissement liés à l’activité professionnelle. 32,4 % déclaraient avoir déjà présenté un épisode de burn out ou de dépression. Ce chiffre semble énorme, mais correspond à la littérature sur le sujet.

Concernant la satisfaction professionnelle, sur une échelle de 0 à 10 la moyenne était de 6,92. Malgré ces chiffres, 73,5 % des chirurgiens interrogés referaient le même choix de carrière si c’était à refaire.

L’autre versant de cette enquête étaient les inégalités hommes/femmes : on retrouvait un taux de discriminations liées au genre pour 51,8 % des femmes versus 18,2 % des hommes

Conclusion

L’état des lieux réalisé auprès des chirurgiens gynécologues montre un impact de la charge de travail sur le temps accordé à soi, à sa vie familiale et sociale ainsi que des différences liées au genre marquées. La profession est stressante, en lien avec les pathologies prises en charge, impliquant un retentissement psychologique notable et un taux de burn out est important, bien qu’en accord avec la littérature. Cependant, malgré quelques changements souhaitables, les gynécologues montrent une satisfaction professionnelle certaine puisque les trois quarts referaient la même carrière si c’était à refaire. Enfin, devant la féminisation de la spécialité, il est important que la place des femmes chirurgiens gynécologues continue de progresser afin d’obtenir une égalité professionnelle et salariale.

Les perspectives et les suites de cette enquête
Cette enquête était nationale, et ne concernait pas les internes. Cependant, face à ces constatations, il semble primordial de prendre les devants avec les nouvelles générations de médecins, c’est-à-dire les internes en cours de formation.

A Lille, nous souhaitons mettre en place rapidement des groupes de parole et de partage dans le but d’échanger sur certaines difficultés auxquelles nous sommes confrontés au quotidien dans l’exercice de notre profession (annonce d’une mauvaise nouvelle, complication obstétricale ou chirurgicale, urgence grave, décès...) afin de détecter au plus tôt les internes à risque d’épuisement professionnel, de dépression ou de burn out.

Cette enquête n’avait pas pour vocation initiale de dépister le burn out, puisqu’il n’y avait qu’une seule question qui était la suivante « avez-vous déjà présenté un épisode de dépression ou de burn out ? ». Il serait donc intéressant de réaliser d’autres enquêtes avec des questionnaires validés comme le Test d’Inventaire de Burnout de Maslach. En effet, le burn out semble être le mal du soignant du 21ème siècle et il semble primordial de le dépister.

Premiers résultats de l’enquête "Hommes et Femmes à l’hôpital public : comment conciliez-vous vie professionnelle et vie personnelle ?" disponible sur : https://snphare.fr/fr/blog/posts/premiers-resultats-de-lenquete--hommes-et-femmes-a-lhopital-public-comment-conciliez-vous-vie-professionnelle-et-vie-personnelle---

Auteurs :
Article en cours de soumission
Alice CATHELAIN, CHU Lille, Hôpital Jeanne de Flandre Service de chirurgie gynécologique Lille, France
Margaux MERLIER, CHU Lille, Hôpital Jeanne de Flandre Service de chirurgie gynécologique Lille, France
Dr Jean-Philippe ESTRADE, Clinique Bouchard Chirurgie gynécologique Marseille, France
Pr Pierre COLLINET, CHU Lille, Hôpital Jeanne de Flandre Service de chirurgie gynécologique Lille, France

Article paru dans la revue “Association des Gynécologues Obstétriciens en Formation” / AGOF n°19

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