Avenir de la gynécologie médicale : le modèle nancéien

Publié le 14 May 2022 à 02:28
#chirurgien
#Gynécologue-obstétricien

Il se passe quelque chose à Nancy. Loin des corporatismes et des luttes de chapelle, un vent de renouveau balaye la Lorraine. Focus sur un modèle qui ouvre des perspectives pour notre spécialité de Gynécologie médicale et bien au-delà.

M. AGOPIANTZ*
J. BOUDIER**

C’était au printemps 2017, l’activité de Gynécologie médicale du CHRU de Nancy qui se déroulait au sein du Service d’Endocrinologie sur le site de Brabois,en banlieue nancéenne, est rapatriée à la Maternité Régionale Universitaire, primum de son développement.

Intégration des spécialités
Sous l’impulsion du CHRU de Nancy, et notamment de feu son Président de CME, le Pr Michel Claudon, et grâce à la bienveillante main tendue du Pr Olivier Morel, Chef de Pôle de Gynécologie et Obstétrique, le Pr Georges Weryha, jusque-là patron de l’Endocrinologie nancéienne, crée un service de Gynécologie Médicale au sein de la Maternité.

Strictement ambulatoire, privilégiant une structure minimaliste, composé uniquement de praticiens médicaux et d’une assistante administrative, le Service de Gynécologie médicale développe une activité sur quasiment tous les champs de la spécialité. Cette structure minimaliste permet aux internes de la spécialité de se sentir dans un cocon familial où chacun a son rôle médical à jouer, et au Service d’être largement bénéficiaire. L’activité de gynécologie endocrinienne est fortement développée, des troubles de la puberté à la gestion de la ménopause, avec une consultation spécifique SOPK. Le service prend en charge les diagnostics d’infertilité en collaboration avec le Service d’AMP, les pathologies de la gynécologie organique, et notamment la filière endométriose, en collaboration avec le Service de Chirurgie gynécologique. Cette activité se place essentiellement dans les 2e et 3e recours, permettant de donner des avis aux gynécologues et obstétriciens du CHRU et de la ville mais également aux sage-femmes et médecins traitants, et ce dans un délai court, permettant un service rendu de qualité aux patientes dans un travail collaboratif.

Cette complémentarité a permis de valoriser les compétences de chacune et d’apporter une multidisciplinarité quotidienne. Cette collaboration est notamment possible grâce à une formation initiale en partie commune, et ce dès leur accueil en début d’internat, entre internesde gynécologie médicale et de gynécologie-obstétrique qui apprennent à travailler ensemble main dans la main, dans la maison commune. Il se crée une complémentarité entre les deux spécialités dès le début de leur formation qui va pouvoir se concrétiser lors de leur mise en responsabilité.

Intégration territoriale / ville hôpital
Loin d’être en repli autistique, le Service de Gynécologie médicale travaille avec la ville, les praticiens libéraux étant considérés comme des partenaires. Des partenaires dans le cadre du soin, par la mise en place de suivis conjoints et alternés. Des partenaires dans le cadre de la formation, avec la création d’un terrain de stage conjoint ville-hôpital plébiscité par les internes qui peuvent ainsi découvrir l’activité en cabinet libéral, auprès du Dr Michèle Scheffler, Présidente du Collège de GM de Lorraine, et praticienne attachée au Service, exerçant en centre-ville, et du Dr Laurence Pépin-Minot, exerçant en territoire semi-rural. La majorité des futurs gynécologues médicaux se destinent en effet à exercer en libéral (plus de 80% à Nancy) et appréhender ce mode de travail est nécessaire, en référence à la formation des médecins généralistes qui l’inclut déjà depuis longtemps.

La problématique majeure de la gynécologie libérale en Lorraine, comme dans de nombreuses régions, est celle du renouvellement des générations, avec de nombreux départs en retraite déjà effectifs et à venir. Même si ce phénomène n’épargne pas les villes, la problématique démographique est extrêmement cruciale dans les cantons moins peuplés. Faire vivre et pérenniser un territoire comme le sud-Lorraine est une difficulté majeure. Une partie de la solution nous est offerte grâce à l’aide de l’ARS nouvellement Grand-Est qui a toujours été d’un grand soutien pour l’ensemble des projets innovants portés par la spécialité. Ce sont ainsi 3 postes d’assistants partagés en Gynécologie médicale qui seront ouverts en novembre 2019, couvrant un territoire s’étendant de Toul à Epinal.

Actions et projets novateurs
Si tout ceci se passe au CHRU de Nancy, ce n’est pas un hasard. Il y a ici à la Maternité régionale un terreau propice à la modernité et à la mise en place de projets novateurs dans le domaine médical et sociétal. Nos amis gynécologues-obstétriciens ont notamment des techniques de pointe telle que la chirurgie robotique et la chirurgie in utero. Une attention particulière est également portée à l’approche physiologique de l’obstétrique, à l’écoute des patientes, via la mise en place d’une salle nature et du Nid, la maison de naissance gérée par l’équipe de sage-femmes.

La Gynécologie Médicale participe ainsi aux projets avec nos confrères chirurgiens et obstétriciens. La RCP Endométriose en est un bel exemple avec le travail conjoint entre les spécialités médicales, chirurgicales et radiologiques. Cette pathologie nécessite une prise en charge globale des patientes en partant du versant douleur qui peut nécessiter l’avis de nos confrères en médecine physique et de la réadaptation ainsi que la mise en place d’une consultation d’hypnoanalgésie avec nos collègues du service d’anesthésie. Le versant de la fertilité trouve sa place tant sur le plan de la préservation de la fertilité que de la FIV. Le versant chirurgical se déroule en complémentarité entre les gynécologues, chirurgiens digestifs et urologiques qui, selon les cas, peuvent opérer ensemble notamment sur le robot.

C’est en ce mois de célébration des 90 ans de la Maternité que nous souhaitons oser. Oser proposer un modèle intégratif qui regarde volontairement et irrémédiablement vers l’avenir.

Article paru dans la revue “Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France” / SYNGOF n°118

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