Au coeur de l’unité ménopause et maladies osseuses métaboliques à Toulouse avec le Pr Florence Trémollières

Publié le 1695912869000

 

Le centre de Ménopause et des maladies osseuses métaboliques de Toulouse crée en 1986 par le Professeur Claude Ribot puis transféré à la maternité Paule de Viguier en 2003, accueille aujourd’hui des femmes ménopausées afin de prendre en charge les spécificités liées à cette période (ostéoporose, risque cardiovasculaire...) ainsi que l’aspect purement gynécologique. Seule structure universitaire entièrement dédiée à la ménopause en France, ce centre est aujourd’hui dirigé par la Professeure Florence Tremollières qui a gentiment accepté de revenir avec nous sur son parcours et son activité au sein de ce centre unique en France.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours depuis le début de votre internat ?

FT : J’ai été reçu à l’internat des hôpitaux de Toulouse en 1985 et obtenu le DES d’endocrinologie et maladies des métabolismes. J’ai validé pendant mon internat, grâce à l’obtention de l’année recherche, un DEA qui était à l’époque l’équivalent d’un M2 recherche dans un laboratoire du CNRS qui m’a permis d’acquérir un certain nombre de compétences en biologie cellulaire et moléculaire. A la fin de mon internat, j’ai pu ainsi obtenir un stage de recherche postdoctoral de 2 ans aux USA où j’ai travaillé sur le rôle des stéroïdes sexuels et notamment de la progestérone dans la régulation in vitro des cellules osseuses. A mon retour à Toulouse, j’ai occupé un poste d’AHU en biologie et médecine de la reproduction et validé ma thèse d’université grâce aux travaux réalisés aux USA et que j’avais poursuivis dans un 1er temps à l’INSERM. Par la suite, j’ai été nommée MCU-PH, ai validé l’HDR et finalement été nommée PU-PH en gynécologie médicale compte tenu de l’orientation que j’ai progressivement donnée à mon activité hospitalière et notamment lors de l’ouverture de l’hôpital Paule de Viguier en 2003 que nous avons intégré avec toute l’équipe du Pr. Ribot. A son départ à la retraite en 2011, j’ai tout naturellement pris la direction du Centre de Ménopause.

Quelle est votre activité au sein de ce centre ? Travaillez -vous en équipe ? Comment se déroule une journée type ?

FT : Le Centre de Ménopause a pour objectif de répondre aux demandes des femmes en termes de prise en charge des symptômes du climatère mais surtout de leur proposer un « bilan » de santé dont l’objectif est d’évaluer tous les facteurs de risque au plan métabolique, cardiovasculaire et osseux dont on sait qu’ils sont susceptibles d’être amplifié par la carence estrogénique post-ménopausique et par la même de favoriser l’émergence des pathologies cardiovasculaires ou de l’ostéoporose. Nous répondons également à beaucoup d’avis de 2ème ou 3ème intention pour la prise en charge de la ménopause et de l’ostéoporose dans les situations cliniques complexes. Cette prise en charge est organisée autour d’un plateau d’explorations fonctionnelles qui comporte notamment 2 ostéodensitomètres et de consultations paramédicales et médicales. Il n’y a pas de journée type à proprement parlé avec les explorations fonctionnelles qui sont programmées la plupart du temps au cours de la matinée et les consultations médicales qui s’articulent dans la journée selon les praticiens et les demandes.

De votre point de vue, qu’est ce qui a changé dans la prise en charge des patientes ménopausées dans les 10 dernières années ?

FT : On va dire que la prise en charge de la ménopause s’est surtout modifiée il y a plus de 20 ans dans les suites de la publication de l’étude WHI qui a représenté un véritable tsunami pour la prise en charge de la ménopause avec une diminution drastique de l’utilisation du traitement hormonal de ménopause (THM). Actuellement, à peine 6 % des femmes entre 50 et 65 ans prennent un THM alors qu’avant la WHI, elles étaient plus de 50 % à le prendre en début de ménopause. Cette diminution a eu pour conséquence le fait que beaucoup de femmes sont actuellement désemparées pour la prise en charge de leurs symptômes et ne trouvent pas de médecins pour leur prescrire le THM à la fois par peur mais également par manque de formation de beaucoup de professionnels de santé, la ménopause n’étant quasiment plus enseignée dans beaucoup de Facultés de Médecine ! Une autre conséquence du recul des THMs a été l’augmentation de la prévalence de l’ostéoporose et des fractures chez des femmes relativement jeunes ce que nous ne voyions pas à l’époque où le THM était plus largement utilisé. D‘aucun ont pu ainsi parler de génération sacrifiée ! Actuellement, les connaissances sur la balance bénéfices/risques du THM se sont nettement améliorées et la prise en charge hormonale est mieux codifiée avec des indications qui ont été définies au travers de recommandations qui ont été publiées par le GEMVi conjointement avec le CNGOF début 2021. Pour autant beaucoup de freins persistent encore !

Face à polémique persistante concernant le THM et la perception souvent négative qu’en ont les patientes, pensez-vous qu’un centre comme le vôtre puisse avoir son rôle à jouer dans le changement de cette vision ?

FT : Bien évidemment, tout d’abord en individualisant et rationalisant les indications du THM pour chaque femme au travers d’une approche holistique de leur santé prenant en compte leur hygiène de vie et leurs facteurs de risque cardiovasculaire, osseux et mammaire notamment. Ensuite, par la diffusion d’une information la plus objective possible tant des femmes mais également des professionnels de santé pour lutter contre le tabou de la ménopause d’une part et dé-diaboliser le THM d’autre part, de par la meilleure connaissance de sa balance bénéfices-risques.

Quand on sait l’importance de la prise en charge des femmes ménopausée ; à votre avis, comment se fait-il qu’un seul centre comme le vôtre existe en France ?

FT : C’est une très bonne question et je me la suis souvent posée. Ce constat prend sa genèse dans plusieurs raisons, le fait que le sujet de la ménopause a été pendant longtemps un non sujet. Qu’il s’agit de consultations longues et par la même non rétribuées à leur juste valeur avec une Direction Hospitalière qui dans une approche de rentabilité n’en voit souvent pas l’intérêt, surtout à une époque, osons le dire, où la santé de la femme après la ménopause n’était pas la préoccupation d’un monde médical pour beaucoup masculin... Également, elle nécessite d’agréger des spécialistes de différents horizons, gynécologues, endocrinologues, sénologues, rhumatologues, cardiologues qui n’ont pas toujours l’habitude de travailler de concert avec une formation universitaire qui est basée sur la verticalité et qui ne favorise pas les prises en charge et l’acquisition de compétences transversales. Notre formation d’endocrinologue a certainement contribué à notre formation dans les domaines du métabolisme cardiovasculaire, de l’ostéoporose et du métabolisme phosphocalcique et bien sûr en gynécologie mais c’est loin d’être la règle pour beaucoup.

Pensez-vous que les nouvelles générations d’internes se sentent-plus concernées par la prise en charge des patientes ménopausées ?

FT : Oui particulièrement quand elles passent comme interne dans le Centre de Ménopause...!

Ou quand elles font des remplacements et s’aperçoivent que cela va concerner une large part de leur patientèle.

Si tous les internes passaient dans votre service, qu’aimeriez-vous qu’ils retiennent ?

FT : Qu’il faut parler de ménopause avec les femmes, lever les tabous et dédiaboliser le THM quand on en respecte les indications !

Quels sont les projets ou les changements à venir pour votre service ?

FT : Renforcer les aspects du dépistage du risque cardio-vasculaire en collaboration avec nos collègues vasculaires ; proposer des ateliers d’éducation thérapeutique pour mettre l’accent sur l’hygiène de vie, la nutrition, l’activité physique et développer les alternatives au THM pour les femmes qui ne peuvent pas en prendre au travers notamment de formations à l’hypnose.


Pr Florence Trémollières
Toulouse

 Article paru dans la revue « Association nationale des Internes et des assistants en Gynécologie Médicale » /AIGM-Gynéco Med N°01

 

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