Association between oral health and sarcopenia

Publié le 18 May 2022 à 17:55
#Gériatre


À LITERATURE REVIEW(1)

On ne lit pas tous les jours le « Journal of Prosthodontic Research ». Pourtant la santé buccodentaire semble être un facteur majeur à prendre en compte dans le contexte du vieillissement. Il s’agit ici d’une revue de la littérature sur la thématique de la « santé orale » et de la « sarcopénie ». Si ces deux entités sont habituelles dans notre langage, il n’est pas évident de les définir. Alors, de quoi parle-t-on ?

Les auteurs de cette revue définissent la sarcopénie comme un syndrome caractérisé par une perte progressive et généralisée de la masse et de la force musculaires squelettiques, associé à un sur-risque d’évènements de santé (déclin fonctionnel, moins bonne qualité de vie, décès). Les méthodes de mesure de la sarcopénie sont pour la plupart indirectes, incluant par exemple la vitesse de marche, le temps de transfert assis-debout, le temps pour monter des escaliers, la mesure de la force de préhension, ou bien des techniques plus directes de mesure de la masse musculaire. Les mots clés retenus pour la recherche bibliographique sur ce sujet étaient : “sarcopenia” ou “hand grip strength” ou “walking speed” ou encore “skeletal muscle mass”.

La santé orale correspondait ici à plusieurs facteurs de santé bucco-dentaire, que sont l'état de la bouche, la force occlusale (occlusion dentaire), la mastication, la pression de la langue et la capacité de déglutition. Les mots clés retenus sur ce sujet étaient : “oral” ou “dental” ou “oral health” ou “oral function”.

Les études étaient par ailleurs inclues dans cette revue si elles concernaient des participants de plus de 65 ans, étaient publiées après 2000 en langue anglaise, les méthodes de mesure devaient être bien explicitées et les revues n’étaient pas considérées. 27 études ont été retenues pour l’analyse (pas de méta-analyse effectuée).

Voici les résultats retrouvés des relations entre sarcopénie et facteurs de santé orale : 

Conditions buccodentaires (nombre de dents, support occlusal, état parodontal)
Les résultats sont mitigés, la plupart des études transversale ne retrouvent pas ou peu d’association entre nombre de dents ou support occlusal et force de préhension motrice (hand grip strength). Les études longitudinales suggèrent que ces facteurs de condition buccodentaire sont associés au déclin de la force de préhension motrice, de la vitesse de marche et à la sarcopénie (critères de l’AWGS Asian Working Group for Sarcopenia).

Force occlusale et mastication
Les résultats des études sont également mitigés, certaines montrant une association significative entre force occlusale et sarcopénie, et d’autres non.

Pression de la langue
Les 5 études inclues dans cette revue retrouvent une association significative entre sarcopénie ou force de préhension motrice et pression de la langue (mesurée avec un dispositif de ballonnet gonflable).

Déglutition
La majorité des études inclues retrouvaient une association significative entre déglutition (les méthodes d’évaluation différaient selon les études) et sarcopénie.

Au total, les résultats sont mitigés, avec certaines études négatives et d’autres positives sur les relations entre conditions orales, force occlusale, mastication et sarcopénie. En revanche, presque toutes les études ont montré que la pression de la langue et la déglutition étaient associées à la sarcopénie et à ses facteurs de diagnostic (les mesures indirectes, comme par exemple la force de préhension motrice). Il est probable que la pression de la langue et la déglutition sont liées de manière bidirectionnelle à la sarcopénie. Cependant, la plupart des études étant transversales, ces hypothèses ne peuvent être confirmées, et les auteurs de cette revue appellent à la réalisation d’études de cohorte bien conçues sur de longues périodes pour affiner notre compréhension de ces relations complexes.

Il existe trois hypothèses principales pouvant expliquer les relations physiopathologiques entre santé orale et sarcopénie :

Voie nutritionnelle : Il s’agit de l’hypothèse principale, et probablement la plus intuitive. La mauvaise santé orale est associée à une diminution des apports oraux, notamment des apports nutritifs (par exemple protéines, calcium, vitamines) qui sont essentiels au maintien de la force et de la masse musculaire.

Voie neuronale et du maintien de l’équilibre : Cette hypothèse (moins intuitive) suggère que la santé orale est associée au contrôle de l’équilibre corporel. Par exemple la sensation proprioceptive du ligament parodontal jouerait un rôle dans le contrôle de l'équilibre corporel, et l’afférence sensorielle orofaciale du nerf trijumeau pourrait influencer la force musculaire et l'équilibre.

Voie inflammatoire : L'inflammation causée par la maladie parodontale peut entraîner une perte de force musculaire. Par exemple, la parodontite augmente les niveaux d'interleukine-6 et de TNF-α dans le tissu gingival, association qui pourrait être liée à la sarcopénie.

A l’inverse, comme précédemment évoqué, il apparait également que la sarcopénie a des conséquences sur la santé orale, par atteinte directe des muscles des sphères orobuccales et oropharyngées. Il a ainsi été décrit la dysphagie sarcopénique, avec une sarcopénie généralisée, touchant les muscles squelettiques et de la déglutition.

Quel intérêt pour les jeunes gériatres ?
Même si les résultats de cette revue ne permettent pas de conclure à une association forte et obligatoire entre santé orale et sarcopénie, certains aspects de la santé orale (notamment force occlusale et déglutition) semblent être associés à la sarcopénie. Cette association est probablement bidirectionnelle, et on peut imaginer, chez les patients âgés, un cercle vicieux entre mauvaise santé orale et sarcopénie. Au-delà de la sarcopénie, la santé buccale semble associée à de nombreux autres syndromes gériatriques (par exemple syndrome de fragilité (2, 3), troubles neurocognitifs (4)), et une prise en soins adaptée apparaît nécessaire pour favoriser un vieillissement en bonne santé. La santé orale pourrait être considérée comme une capacité intrinsèque de l’individu, et devrait être optimisée, au même titre que les capacités cognitives, l’humeur, l’audition, la vision, la locomotion et la nutrition (5).

Antoine GARNIER-CRUSSARD (AJG)
Pour l’Association des Jeunes Gériatres

Références

  1. Hatta, K. & Ikebe, K. Association between oral health and sarcopenia: A literature review. J Prosthodont Res 65, 131–136 (2021).
  2. Motoishi, Y. et al. Oral health-related quality of life is associated with physical frailty: A cross-sectional study of Japanese community-dwelling older adults. J Gen Fam Med 22, 271–277 (2021).
  3. Velázquez-Olmedo, L. B. et al. Oral health condition and development of frailty over a 12-month period in community-dwelling older adults. BMC Oral Health 21, 355 (2021).
  4. Nakamura, T., Zou, K., Shibuya, Y. & Michikawa, M. Oral dysfunctions and cognitive impairment/dementia. J Neurosci Res 99, 518–528 (2021).
  5. World Health Organization. Integrated care for older people: Guidelines on community-level interventions to manage declines in intrinsic capacity. (2017).

Article paru dans la revue “La Gazette du Jeune Gériatre” / AJG N°28

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