Articles thématiques : association "le temps pour toit"

Publié le 1652719452000


Vieillir plus sereinement à son domicile
Pensez à la cohabitation intergénérationnelle

Introduction

Depuis plus de 10 ans, l'association Le temps pour toiT, pionnière de l'habitat partagé intergénérationnel en Pays de la Loire, met en relation hôtes-hébergeurs et hébergés (personnes qui ont besoin d'un logement sur quelques mois pour les études, une mobilité professionnelle), contractualise et accompagne leurs cohabitations, intervient en médiation si nécessaire, en lien avec les familles.

Appétit et sommeil retrouvés, angoisse du soir atténuée, repères de journées rétablis, famille soulagée : les témoignages sont nombreux et les résultats très encourageants. Grâce à la présence régulière, le soir et la nuit au domicile, d'une même personne hébergée, le départ en institution est aussi repoussé de plusieurs années voire écartées, y compris en cas de pertes cognitives.

Ce choix permet également de prévenir la dépendance, d'aider les aidants et de restaurer du lien social et un vrai sentiment d'utilité chez l'hôte-hébergeur.

Notre action, reconnue d'intérêt général et d'utilité sociale, répond à une nécessité, sinon urgence sociale, en apportant une offre de service souple et personnalisée. Notre expertise valorisée et soutenue par les institutionnels, nous permet de développer aujourd'hui des coopérations importantes avec des professionnels du domicile : ensemble nous sécurisons les 24 heures du quotidien des personnes âgées ou isolées.

Depuis sa création, en 2005, Le temps pour toiT a ainsi accompagné plus de 1000 cohabitations en Loire Atlantique et Maine et Loire, en majorité chez des personnes âgées de plus de 85 ans qui renouvellent l'expérience à 80 % à l'issue d'une première cohabitation.

Cependant, trop de familles nous contactent encore trop tard ou en urgence après un déclencheur santé brutal aux conséquences souvent douloureuses.

Informer les patients ou leurs familles qui pourraient en avoir besoin, favorisera la démarche de prévention/sécurisation des parcours de vie de nos aînés.

N’hésitez pas à nous contacter, l’association Le Temps pour toiT reste à votre disposition pour tous renseignements complémentaires ou rencontre éventuelle sur Angers et Nantes. Pour les autres régions, il vous est possible de contacter le réseau LIS -France : http://www.lisfrance.org/le-reseau-lis-qui-sommes-nous/

Historique de l’association le temps pour toiT

Nicole Rochier et Hélène Launay co-fondatrices de l'association « le temps pour toiT » (créée en janvier 2005) se sont rencontrées dans une formation en organisation et management par projets à la CNAM en 2003.

Sensibilisées à la question du vieillissement à domicile des personnes âgées, et aux difficultés des collectivités pour prendre en charge les personnes isolées (19 490 décès supplémentaires en 2003, été de canicule, par rapport à 2002), elles ont élaboré un projet original d'habitat intergénérationnel, répondant à la fois à cette problématique de solitude et d'isolement des personnes âgées ainsi qu’au besoin de logement de personnes prêtes à offrir un peu de présence en échange d'un hébergement, pour pouvoir réaliser un projet de formation ou de mobilité professionnelle.

« Donner un peu de son temps en échange d'un toit » :
« le » temps donné à l'autre est défini, et permet d’obtenir un toit en échange.

Le modèle économique choisi combine autofinancement (pour les activités de constitution et de gestion des duos) et ressources extérieures (pour les projets de développement et de communication). Choix délibéré pour assurer qualité et continuité d'un service professionnel qui inscrit Le temps pour toiT dans le champ de l’Économie Sociale et Solidaire.

Aujourd'hui, Le temps pour toiT, forte de 5 salariés, a réalisé et accompagné près de 1000 contrats de cohabitation depuis sa création. L'association contribue ainsi en permanence au travail de changement culturel requis pour mieux répondre, par de nouvelles formes d'habitat, aux besoins actuels des jeunes et moins jeunes.

Réseau LIS France

Le réseau Logement Intergénérationnel et Solidaire France (Réseau LIS France), créé en 2006 à l'initiative de 10 associations indépendantes, couvre une bonne partie du territoire français. Au-delà de valeurs partagées, le réseau est un lieu d’échanges de pratiques, de mutualisation d’outils, de réflexions communes sur les aspect sociaux, juridiques et humains du logement intergénérationnel.

Fabienne BERGER

Le paradigme de la double tâche
Dans l’analyse des troubles cognitifs et de la marche du patient âgé

Introduction
Les Tests d’évaluation de la double tâche sont des tests cliniques régulièrement utilisés lors de l’examen médical d’une personne âgée.

Description du concept de double tâche
Première description du principe de la double tâche :

  • En 1997 par Lillemor Lundin-Olsson lorsqu’elle présenta son étude sur le « stops walking when talking » chez les personnes âgés.
  • Il consiste à mettre en évidence, chez une personne âgée, l’arrêt de la marche lors d’une conversation.
  • La présence clinique du « stops walking when talking » chez une personne âgée, était prédictive de chute.
  • Prédiction de la survenue d’une chute dans les 6 mois chez le sujet âgé présentant ce signe clinique.
  • Premier test à appréhender simplement le risque de chute du sujet âgé.

Le concept de la double tâche est établi depuis longtemps chez la personne âgée et est représenté par une association entre le déclin cognitif et les chutes dans les 6 mois.

Le Stops walking when talking fait partie des tests qui servent à détecter les troubles du contrôle moteur cérébral associés à un surrisque de chute.

Plusieurs études ont démontré que la marche du sujet âgé, comparée à celle du sujet jeune, met en jeu davantage d’attention.

En effet, l'étude des modifications des caractéristiques spatio-temporelles de la marche sous condition de double tâche, qui combine la réalisation d'une tâche attentionnelle en marchant, ont permis de mettre en évidence que la marche du sujet âgé comparée à celle du sujet jeune mobilise plus de ressources attentionnelles.

Depuis quelques années, des équipes de recherche tentent d’utiliser la charge attentionnelle requise par la marche pour prédire la chute via des paradigmes de double tâche.

Le principe de ces paradigmes est de réaliser en marchant une tâche sollicitant l’attention et d’étudier les modifications de la marche qui en résultent ainsi que leur relation avec la chute.

La tâche primaire étant la marche et la tâche secondaire étant une tâche attentionnelle de différents types possibles.

Definition de la double tâche
Les paradigmes de double tâche reposent sur l'hypothèse que deux tâches réalisées simultanément interfèrent si elles utilisent des sous-systèmes fonctionnels et/ou cérébraux identiques.

Dans le cas d'un paradigme mettant en jeu la marche et une autre tâche, l'interférence repose sur l'hypothèse de la mise en jeu conjointe de l'attention.

Deux théories peuvent expliquer cette interférence entre la marche et la tâche attentionnelle associée :

  • Premièrement, cette interférence peut rendre compte d’un dépassement des capacités attentionnelles. Les capacités de traitement étant limitées, une charge attentionnelle amènerait à saturer le canal unique de traitement.
  • Deuxièmement, un problème d’allocation de l’attention pourrait expliquer cette interférence. Un trouble de la distribution attentionnelle s’expliquerait par une atteinte des fonctions exécutives. En effet, cette théorie considère que les ressources attentionnelles sont limitées et qu’elles se répartissent en fonction des tâches à accomplir. Ainsi, plus il existe de tâche à accomplir, moins de ressources attentionnelles sont allouées à chaque tâche.

Ces deux théories expliquant les interférences entre l’activité de marche et la tâche attentionnelle associée sont des arguments en faveur d’un trouble du contrôle moteur de la marche dit de « haut niveau » en lien avec un trouble des fonctions cognitives à l’origine d’un risque de chutes.

L’étude de Lundin-Olsson et al. de 1997 montre que la présence du signe du Stops walking when talking, comparativement à son absence, entraînait une nette diminution du pourcentage de la population n’ayant pas présenté de chute au cours des 6 mois (Lundin-Olsson L et al. Lancet. 1997).

3 Niveaux d’evaluation de la double tâche

  1. Par la présence du stops walking when talking.
  2. Par la mise en évidence d’une modification objective de la marche en parlant ou éventuellement en réalisant une autre tâche attentionnelle.
  3. Par une analyse spatio-temporelle de la marche associée à la réalisation d’une tâche supplémentaire.

1- Premier niveau d’évaluation :
Stops Walking when Talking (SWWT)
La clinique du SWWT est visible à l'oeil nu puisqu'elle consiste à mettre en évidence un arrêt de la marche lors d'une conversation. Il est le témoin d'un trouble neurocognitif. Ce signe peut être évident lors d’une consultation et se voir dès le trajet entre la salle d’attente et la salle de consultation.

2- Deuxième niveau d’évaluation :
Modification objective de la marche Lorsque le patient parle ou exécute une tâche supplémentaire. Ces évaluations peuvent être de différents types et seront couplées à une tâche attentionnelle simultanée : vitesse de marche sur 10 mètres ou sur une durée de 6 minutes, calcul du nombre de pas, cadence de marche, Timed Up and Go (TUG), etc. Ce niveau d’évaluation reste réalisable de façon simple et rapide sans nécessiter le recours à un matériel spécifique.

En 1998, Lundin-Olsson et al. a mis en évidence que la présence d’une perturbation du TUG supérieure à 4,5 secondes entre le TUG standard et le TUG en situation de double tâche entraîne une nette diminution du pourcentage de la population n’ayant pas présenté de chute au cours des 6 mois (Lundin-Olsson L et al. J Am Geriatr Soc. 1998).

Le TUG peut effectivement être couplé à une tâche attentionnelle supplémentaire comme par exemple à un décompte de 1 en 1 ou 3 en 3 ou même 7 en 7 afin de moduler la difficulté de la tâche attentionnelle, de même que la fluence lexicale, le fait de réciter l’alphabet ou de réaliser une tâche manuelle.

3- Troisièmement niveau d’évaluation :
L’analyse spatio-temporelle de la marche.

L’analyse spatio-temporelle de la marche qui permet de décrire le déroulement de la marche dans le temps et l’espace, nécessite le recours à un dispositif disponible en consultation spécialisée d’analyse de la marche. Cette technique mesure de manière objective et quantifiée la marche avec un degré de précision plus élevé que la méthode précédente.

Les mesures et calculs possibles sont nombreux tels que la mesure moyenne ou instantanée des différents paramètres, ou la variabilité de ces paramètres comme la vitesse de marche, le temps de cycle de marche, la phase d’oscillation, l’écartement des pas, etc…

Cette méthode d’analyse permet la recherche d’une instabilité dynamique de la marche, sans et avec situation de double tâche qui ne serait pas visible à l’oeil nu.

Celle-ci peut se faire à l’aide d’un tapis d’analyse spatiotemporelle de marche ou bien de semelles connectées.

Des systèmes d’analyse sur cycloergomètre sont également au stade de développement. Certains systèmes plus complexes mais non utilisés en routine peuvent avoir recours à une analyse cinématique de la marche.

L’irrégularité de la marche comme en témoigne une variation du temps de cycle de marche est un facteur prédictif de chute chez la personne âgée (Kressig RW et al. Aging Clin Exp Res. 2008 Apr; 20: 123-30). Plus la mise en évidence d’un trouble de la double tâche se fait facilement (au premier niveau d’évaluation : SWWT, comparativement au troisième : analyse spatio-temporelle de la marche) plus le risque de chute est important.

Interprétation d’une altération des capacités de double tâche

Chez une personne âgée, la perturbation de la marche ou un arrêt de la marche lors de la réalisation d’une tâche attentionnelle simultanément à la tâche primaire de marche, témoigne d’un dépassement des ressources attentionnelles et/ou d’une perturbation de l’allocation attentionnelle.

Ces perturbations sont le signe d’un trouble du contrôle moteur de la marche dit « de haut niveau » en lien avec un trouble des fonctions cognitives à l’origine d’un risque de chutes (Amboni M et al. Mov Disord. 2013 Sep 15; 28: 1520-33).

Les résultats de la méta-analyse de 2009 de Beauchet al. montrent un risque majoré de chute en cas de perturbation de la marche en double tâche comme le prouve l’estimation globale de l’odds ratio à 5,30 avec un intervalle de confiance à 95 % compris entre 3,08 et 9,13 (Beauchet O et al. Eur J Neurol 2009;16:786-95).

Modalités pratiques

Afin de réaliser correctement une épreuve de double tâche, il est nécessaire de disposer d’un espace de marche calme, spacieux, non encombré, bien éclairé, et d’une distance suffisante.

Vous devez faire réaliser au patient une tâche primaire de marche puis à nouveau le faire marcher en réalisant en plus une tâche attentionnelle supplémentaire au cours de la marche.

La tâche attentionnelle peut-être variée et la difficulté adaptée au statut cognitif et au niveau d’études du patient. Il est possible, par exemple, de réaliser un décompte de de 1 en 1 à partir de 50, ou une fluence verbale concernant les noms d’animaux ou les mots commençant par la même lettre, ou une épreuve manuelle de Finger Taping. Les tâches attentionnelles qui peuvent être réalisées au cours de la marche sont multiples et variées.

Il est nécessaire d’accompagner le patient au cours de cette épreuve afin de minimiser le risque de chute. Le patient âgé doit être correctement chaussé et être muni de ses aides techniques habituelles si nécessaire.

Il ne faut pas demander au patient d’exécuter une tâche attentionnelle inappropriée à son état physique, cognitif ou à son niveau éducationnel auquel cas la tâche attentionnelle serait de toute façon irréalisable par le patient. Il doit être muni de ses équipements habituels notamment visuels.

Utilisation thérapeutique du paradigme de double tâche

La méta-analyse de Wang et al. de 2015 montre que l’exercice cognitivo-moteur passant par un entraînement en double tâche permet une prévention de la chute de la personne âgée (p à 0.0001) (Wang et al. Age Ageing 2015; 44: 205-12).

Cette méta-analyse a permis de renforcer l’idée que le travail cognitif en double tâche permet de diminuer le risque de chute de la personne âgée présentant des troubles de la marche en situation de stimulation attentionnelle liée à une double tâche, la tâche primaire étant la marche.

Forces et limites

Forces

  • Réalisation rapide et sa simplicité.
  • Ne nécessite pas le recours à un équipement spécifique pour le stops walking when talking.
  • Sensibilité d’environ 90 % et spécificité de 40 % selon les modalités utilisées.
  • Test performant pour repérer les patients chuteurs et l’existence de troubles cognitifs même débutant.

Limites

  • Possibilité d’incompréhension des consignes par le patient.
  • Fatigabilité du patient.
  • Choix de la tâche attentionnelle et diversité de ces tâches attentionnelles occasionnant une limite en terme de définition du test et de reproductibilité.
  • Test est opérateur dépendant.
  • Origine potentiellement multifactorielle des troubles de la marche.

Guillaume DUVAL

Bibliographie

  • Collège national des enseignants de Gériatrie, 3e Edition. Annweiler C, Item 128 - Troubles de la marche et de l’équilibre.
  • Kannus P, Sievänen H, Palvanen M, Järvinen T, Parkkari J. Prevention of falls and consequent injuries in elderly people. Lancet 2005; 366: 1885-1893.
  • Lundin-Olsson L, Nyberg L, Gustafson Y. ”Stops walking when talking” as a predictor of falls in elderly people. Lancet 1997; 349: 617.
  • Kressig RW, Herrmann FR, Grandjean R, Michel JP, Beauchet O. Gait variability while dual-tasking: fall predictor in older inpatients? Aging Clin Exp Res. 2008 Apr; 20: 123-30
  • Beauchet O, Annweiler C, Dubost V, Allali G, Kressig RW, Bridenbaugh S, Berrut G, Assal F, Herrmann FR. Stops walking when talking: a predictor of falls in older adults? Eur J Neurol 2009; 16: 786-795.
  • Beauchet O, Berrut G. Gait and dual-task: definition, interest, and perspectives in the elderly. Psychol Neuropsychiatr Vieil 2006; 4: 215-225.
  • Buchner DM, Larson EB. Transfer bias and the association of cognitive impairment with falls. J Gen Intern Med 1988; 3: 254-259.
  • Amboni M, Barone P, Hausdorff JM. Cognitive contributions to gait and falls: evidence and implications. Mov Disord. 2013 Sep 15; 28: 1520-33.

Article paru dans la revue “La Gazette du Jeune Gériatre” / AJG N°15

L'accès à cet article est GRATUIT, mais il est restreint aux membres RESEAU PRO SANTE

Publié le 1652719452000