Après les publications de l’ESC 2021 sur la prévention cardiovasculaire, les jeunes du CCF en 2021

Publié le 25 May 2022 à 09:31
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La génération qui contrôlera l’Hypertension Artérielle en France ?

La Société Française d’HTA (SFHTA) : partenaire de ce succès.
Quelques semaines après la publication des dernières recommandations ESC 2021 sur la prévention cardiovasculaire, cet article fait le point sur les bonnes pratiques actuelles pour contrôler efficacement la pression artérielle.

Introduction
Tout le monde le dit, tout le monde le sait, l’hypertension artérielle c’est fréquent, c’est grave et les patients hypertendus français ne sont pas aux objectifs (1). Depuis 10 ans, le contrôle tensionnel de la population française ne décroche pas (2) : seulement 50 % des hypertendus connus et traités sont bien contrôlés (figure 1), donc à peine 20-25 % de l’ensemble des patients hypertendus français (figure 2). Dans un système de santé connu comme l’un des meilleurs du monde, les 3/4 de nos patients hypertendus ne sont pas protégés correctement. Et cela semble aller en s’aggravant, avec des populations émergentes (les enfants), moins bien contrôlées (les femmes) ou s’ignorant.

 
Figure 1 : Évolution du contrôle tensionnel chez les hypertendus traités en France (En automesure, cible < 135/85 mmHg). Source : Enquête FLASH 2017 (2).

 
Figure 2 : Répartition des patients hypertendus en France en 2015, population de patients âgés de 18 à 74 ans (cohorte ESTEBAN (3)).

Vous vous demandez comment c’est possible ?

  • On dépiste peu ou mal les hypertendus qui s’ignorent.
  • L’observance thérapeutique des patients est insuffisante.
  • Mais ils ne sont certainement pas les seuls responsables. Lorsque l’on regarde les prescriptions médicales en France (figure 2), nous sommes bien loin des recommandations françaises et internationales, qui sont pourtant simples, et très efficaces (figure 3).

La majorité des patients est toujours en monothérapie malgré un contrôle imparfait. Cette monothérapie est inadaptée. La classe thérapeutique la plus prescrite pour l’Hypertension artérielle est les bétabloquants, alors qu’ils sont recommandés en 4e ou 5e intention et la sempiternelle prescription d’un BB avec le LOXEN ou le recours à un diurétique de l’anse sont toujours d’actualité… Le recours rare à la trithérapie recommandée, elle ne concerne que 3.5 % des patients ! Par ailleurs, les bithérapies combinées, en une prise par jour, sont insuffisamment prescrites, compromettant l’observance thérapeutique. Le suivi thérapeutique est peu efficient, avec peu d’actions sur l’adhésion thérapeutique.


Figure 2 : Utilisation des traitements antihypertenseurs en France. Sources : Enquêtes FLASH 2015 (4) et 2017 (2)

 
Figure 3 : Adapté des recommandations 2020 ISH sur la prise en charge de l’hypertension artérielle (5)

Il y a donc aussi un problème de prise en charge médicale. L’item à l’ECNi est peut être long et rébarbatif, les cours de DES sur l’HTA trop limités, les recommandations ont pu être floues à une époque. C’est du passé.

La formation sur l’Hypertension Artérielle est maintenant très accessible, notamment à travers la Société Française d’HTA (figure 4). Ces compétences, rapidement acquises et utilisables en pratique, permettent de contrôler facilement la plupart de nos patients, y compris les patients sévères, et de ne pas rater les patients que l’on peut guérir en traitant leur HTA secondaire.

Nous, les cardiologues, devons être les référents pour la prise en charge de l’hypertension artérielle. C’est la première cause de fibrillation atriale, d’insuffisance cardiaque non ischémique et d’AVC. C’est notre responsabilité de protéger nos patients et d’améliorer le contrôle tensionnel de la population française. Le Canada a réussi à multiplier par 4 le nombre de patients hypertendus contrôlés. Grâce à cela, la mortalité par AVC, infarctus et insuffisance cardiaque a diminué quasiment de moitié (6). Vous, les jeunes cardiologues, avez maintenant tous les outils pour faire la même chose. Nul doute qu’ensemble, avec la SFHTA à vos côté, nous allons y arriver.

La SFHTA, qu’est-ce que c’est ?
La société Française d’HTA, c’est une filiale de la société Française de cardiologie qui rassemble tous les spécialistes intéressés et impliqués dans cette discipline.

Ses principales missions sont l’enseignement et la recherche. Elle publie des recommandations courtes, concrètes, quasiment tous les ans, pour diffuser les pratiques qui fonctionnent et prendre en charge les patients hypertendus le mieux possible. Un DU en présentiel et un DIU en distanciel sont accessibles pour tous ceux qui souhaitent améliorer leurs compétences dans ce domaine. Vous retrouverez toutes ces informations et plus encore sur le site de la SFHTA (figure 4). Enfin un congrès annuel, des réunions mensuelles et une présence aux JESFC assurent la formation tout au long de l’année dans ce domaine.

Sur le plan de la recherche, plusieurs essais multicentriques nationaux sont coordonnés par les centres d’excellence en HTA, notamment sur les nouvelles technologies. Des bourses sont attribuées tous les ans aux meilleurs projets de recherche en Hypertension Artérielle.

La SFHTA et les jeunes : des opportunités multiples
La SFHTA souhaite résolument s’ouvrir vers les jeunes cardiologues, soutenir leur formation dans cette thématique, les amener à participer à des congrès à travers des présentations orales, des abstracts et des travaux scientifiques, notamment pour la thèse.

« Ma thèse tous ensemble »
C’est l’un des projets phare du CCF, en coopération avec la SFC. Le but est de permettre aux internes qui le souhaitent de réaliser leur thèse en multicentrique, en coopération avec des internes d’autres villes. Ce travail, nécessairement de plus grande ampleur, donnera des résultats plus facilement exploitables, publiables, et une belle thèse.

La SFHTA, avec son habitude à travailler en réseau de centre d’excellence, ses filières bien rodées et ses bases de données déjà en place est une candidate idéale pour cela. Elle souhaite proposer aux internes de cardiologie, en coopération avec le bureau du CCF et de la SFC, des travaux de thèse multicentriques en Hypertension Artérielle.

Comment les jeunes peuvent-ils participer à la SFHTA ?
Quel que soit le domaine qui vous intéresse – la pratique clinique, la participation aux congrès, les travaux de recherche – la SFHTA vous accueillera avec plaisir. Il suffit de contacter le CCF, le responsable du centre d’excellence de votre région ou les auteurs directement, et nous vous accompagnerons.

Un système de compagnonnages peut être mis en place, un sénior accompagnant un débutant pour répondre à ses questions sur les thématiques d’HTA qui l’interpellent, l’accompagner pour les présentations aux congrès, les travaux de recherche.

Et si, demain vous deveniez expert en HTA ?
Lorsqu’on parle d’Hypertension artérielle aux cardiologues, beaucoup d’entre eux disent spontanément qu’ils ne maîtrisent pas bien la discipline.

Tous ceux qui se forment découvrent rapidement que « faire de l’HTA », c’est :

  • Contrôler la majorité des patients sans difficulté.
  • Pouvoir guérir un nombre significatif de patients porteurs d’une HTA secondaire.
  • Pouvoir apporter son expertise pour contrôler les hypertendus résistants, et les autres patients difficiles que nos correspondants nous adressent lorsqu’ils sont en échec de prise en charge.

La formation est accessible, et c’est une plus-value immédiate pour soi, les correspondants et les patients.
Cela est vrai quel que soit le « niveau » de pratique :
> Un spécialiste bien formé en ville apportera une aide décisive à ses patients et correspondants.
> En Centre Hospitalier non universitaire et en clinique, mettre en place une filière HTA dédiée aux bilans étiologiques et aux prises en charge complexes est accessible sans être au CHU. Là encore, la SFHTA peut apporter une aide pour faciliter la mise en place de ce type de filière et la valoriser.
> Au CHU, des techniques de pointes et des protocoles de recherche sont disponibles pour les patients les plus difficiles : dénervation rénale, barostimulation, dépistage pharmacologique de l’inobservance thérapeutique, cathétérisme veineux surrénalien. Les services et les médecins qui maîtrisent ce type de techniques sont rares en France, et attendent la relève : vous.

Conclusion
L’Hypertension Artérielle est une sur-spécialité peu connue des jeunes cardiologues. Ces compétences, rapidement accessibles, apportent une plus value importante pour la prise en charge des patients au quotidien et pour assister les autres médecins et cardiologues. Si cette expertise vous intéresse, la SFHTA sera à vos côtés à chaque étape de votre formation et de votre pratique.

Remerciements
Merci à Clément NGUYEN NGOC pour sa relecture.

BOX « Messages pratiques »
> L’HTA est la pathologie la plus fréquemment rencontrée par le cardiologue.
> Sa prise en charge en France est largement sous optimale, depuis plus de 10, même par les cardiologues (c’est eux qui le disent !).
> Nous avons maintenant tous les outils pour protéger rapidement et efficacement la majorité de nos patients.
> La mission de la SFHTA est de vous transmettre ces compétences, et d’accompagner les jeunes qui le souhaitent sur des travaux de recherche et des présentations en congrès.
> Avec le CCF et la SFC, la SFHTA propose également des thèses multicentriques sur l’Hypertension Artérielle à plusieurs internes.

Références

  1. Rubin S, Boulestreau R, Couffinhal T, Combe C, Girerd X. Impaired hypertension control in France: What the nephrologist needs to know. 2020;16:347–52.
  2. Girerd X. Etude FLASH 2017. Available from:
    http://www.comitehta.org/wp-content/uploads/downloads/2017/02/Flash-2017_ResultatsPrincipaux.pdf
  3. Perrine AL, Lecoffre C, Blacher J, Olié V. L’HYPERTENSION ARTÉRIELLE EN FRANCE : PRÉVALENCE, TRAITEMENT ET CONTRÔLE EN 2015 ET ÉVOLUTIONS DEPUIS 2006. Available from: http://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2018/10/pdf/2018_10_1.pdf
  4. Girerd X. Etude FLASH 2015. Available from:
    http://www.comitehta.org/wp-content/uploads/downloads/2015/02/Flash-2015_ResultatsPrincipaux.pdf
  5. Unger T, Borghi C, Charchar F, Khan NA, Poulter NR, Prabhakaran D, et al. Clinical Practice Guidelines 2020 International Society of Hypertension Global Hypertension Practice Guidelines International Society of Hypertension. 2020;1334–57.
  6. Campbell NRC, Brant R, Johansen H, Walker RL, Wielgosz A, Onysko J, et al. Increases in Antihypertensive Prescriptions and Reductions in Cardiovascular Events in Canada. Hypertension. 2009;53(2):128–34.

Article paru dans la revue “Collèges des Cardiologues en Formation” / CCF N°14

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Publié le 1653463910000