Anecdotes : la maltraitance gynéco-obstétricale

Publié le 17 May 2022 à 00:27
#Gynécologue-obstétricien


Elle se définit par « l’appropriation du corps et des fonctions reproductives de la femme par le personnel médical ».
Quelques mots qui ont fait couler beaucoup d’encre depuis le mois d’octobre.
Une sorte de tendance malsaine à la défiance entre les malades et les médecins.
J’avoue être très partagée… Je suis interne en gynécologie-obstétrique, je suis une femme, j’ai déjà été patiente, je reste médecin, et je serai un jour mère…

Lorsque je lis tous ces témoignages de souffrance sur le célèbre blog “Marie accouche là”, je suis à la fois atterrée et navrée. Je ne ferais pas partie de ces médecins qui rejettent en bloc l’ensemble de ces doléances. J’entends ce que je lis. Je devine la vérité en filigrane derrière certains guillemets.
Néanmoins, cette tendance à “enfin tout dire et surtout le pire” me dérange.

Mme Licia Meysenq (franceinfo), vous condamnez la pratique de l’épisiotomie en France, parce qu’elle devrait être “réalisée en dernier recours [...] mais reste pratiquée dans 44 % des premières naissances, selon les derniers chiffres de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).“

Faîtes parler les chiffres comme bon vous semble, aurais-je envie de vous répondre ! Vous vous appuyez sur des chiffres de 2010 (que disent ceux de 2016 ??), et vous ne précisez pas que cette même enquête de l’INSERM ajoutait que “Cet acte a très nettement diminué au cours du temps, puisqu’en 1998, dernière année où des données avaient été recueillies, 71,3 % des primipares avaient eu une épisiotomie (Blondel et al 1999)”

Désolée madame la journaliste nous ne sommes pas parfaits mais essayons de faire au mieux !
Enfin concernant cette acte qui enflamme tant les réseaux sociaux, ne nous méprenons pas Mme la journaliste. On ne choisit pas de faire une épisiotomie par plaisir pervers et sadique mais lorsqu’on le juge nécessaire.

“Je ne voulais pas d'épisiotomie, j'avais prévenu l'hôpital. Mon accouchement se passait très bien, mais le gynécologue a tenu à en faire une. J'ai protesté, ça n'a rien changé.”

Je suis triste de lire ceci… Notre manquement ici, comme bien souvent, c’est la délivrance d’informations. Je visualise tout à fait la scène. Il m’est souvent arrivé de recourir à l’épisio à contrecœur. Je ne m’en cache pas. Car chaque fois que cela s’est produit j’avais une bonne raison et l’accouchement ne “se passait PAS très bien”.

Madame vous avez été victime, non pas d’un geste de mutilation (et sachez que personne ne VEUT une épisio), mais d’une fichue pénurie de communication. On aurait dû vous avertir en amont que c’était un geste possible, et que oui, si votre futur enfant présentait des signes d’asphyxie (je déteste le terme de souffrance laissant penser que le nouveau-né se crispe de douleur), ou que votre si précieux périnée commençait à se déchirer n’importe où-n’importe comment (au risque de laisser des séquelles indélébiles), alors oui on serait amené à faire une épisiotomie. Nous n’avons pas transformé un acte naturel tel que l’accouchement en quelque chose de pathologique. C’est la pathologie qui nous a fait venir. J’ajouterai rien que pour vous, qu’une épisiotomie ne laisse aucun stigmate si elle est suturée correctement, et que l’on suture bien plus aisément une déchirure nette et contrôlée

Je suis la première à m’excuser de l’avoir réalisée, parce que je sais l’image négative que cela vous renvoie. Episiotomie rime avec souffrance. Et si en réalité une déchirure spontanée vous fait tout aussi mal, vous l’acceptez plus facilement. “Ah je n’ai qu’une déchirure ? Merci Docteur !” me lâche-t-on trop souvent.

Enfin oubliez la légende « du point du mari »… je ne l’ai jamais vu pratiqué !

 Je ne m’attarderai pas sur les dépositions complètement calomnieuses où les médecins passent pour des monstres ignobles. Et si par malchance certaines femmes sont tombées sur des obsédés, des malhonnêtes, des imposteurs à notre pratique… je leur adresse mes sincères condoléances et les prie de ne pas faire de ces cas une généralité.

Nous ne sommes pas tous ainsi. Nous ne sommes pas tous ces “brutes en blanc”* que dénonce Martin Winckler.

Nous essayons de faire au mieux, de bouleverser les traditions mandarines, et ce n’est pas toujours simple ni bienvenu.

Bien sûr le mépris doit être condamné. Mais l’asymétrie de connaissances entre les soignants et les soignés ne pourra jamais disparaître. Et s’il est de notre devoir de vous tenir un discours éclairé, l’ensemble du labeur s’effondrera comme vulgaire château de cartes, en l’absence de confiance réciproque.

La défiance envers les médecins est un mal endémique contre lequel nous devons tous lutter. Et c’est pourquoi se créent des formations (DIU de “Prise en charge des maltraitances rencontrées en gynécologie obstétrique”) ou des congrès (JnSEXO). Il est de notre devoir de se remettre en question. Ce qui ne nous empêche pas de rester déontologiques.

Parallèlement, la violence au sein des hôpitaux contre les soignants, subit une croissance insupportable. Je ne m’attarderai pas ici car elle mérite un article à elle seule ! Mais on comprend que les infirmières, sages-femmes, médecins, ou aidesoignantes grincent un peu des dents lorsque les journalistes tapent sur leurs pratiques autant que les « malades » tapent tout court…

Alors oui, je l’avoue ces articles percutant de plein fouet le milieu médical, me touchent et me blessent… Les premières lignes je me suis retenue de hurler que c’était n’importe quoi… A présent, je m’efforce simplement de faire de ma pratique quotidienne un contre-exemple

E. PIROT
Interne à Paris
Article paru dans la revue “Association des Gynécologues Obstétriciens en Formation” / AGOF n°13

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