Analyse de pratique professionnelle

Publié le 30 May 2022 à 07:19
#Kinésithérapeute

 

Besançon. Journées des Formateurs 27 & 28 mars 2015

La présentation réalisée à Besançon dans le cadre de la journée des formateurs a eu comme ambition de fournir quelques éclaircissements à propos de l’analyse de pratique professionnelle et, par extension, de l’analyse de pratique en situation d’apprentissage. Il s’agit d’un outil pédagogique qui s’est avéré incontournable dans les nouveaux dispositifs de formation initiale en sciences paramédicales, notamment en soins infirmiers. Il s’agit même d’une méthode symbole d’un accès à la réflexivité, compétence ultime érigée en nouvel objectif prioritaire.

Le parti pris de l’exposé se veut pragmatique. Il s’agit de définir d’où vient l’analyse de pratique professionnelle, avec quoi elle peut être confondue, comment elle s’organise, quels noms elle porte et dans quel champ elle s’inscrit. S’ensuit une démonstration de ce qu’elle pourrait apporter comme plus-value à l’existant. Derrière un champ sémantique qui peut paraître inaudible, force est de constater que les objectifs de cette méthode entrent en résonnance avec tout ce qui peut nous sembler manquer aux étudiants en formation initiale, et, par là-même, nous frustrer dans nos propres pratiques professionnelles. Alors ne manquons pas d’exploiter pleinement cet outil, à défaut, nous aurons à le subir, avec le risque inhérent de le dévoyer.

Les Analyses de Pratique Professionnelle ne doivent pas être confondues avec les Evaluations de Pratique Professionnelle retrouvées dans les procédures qualité, ni avec l’Apprentissage Par Problème cher à Dewey (Fig.1), malgré tous les points communs existant entre les deux méthodes.

Historiquement, elles sont en fait indissociables des groupes Balint, du nom du psychanalyste d’origine hongroise (1896- 1970), instigateur de cet outil de supervision qui permet un travail de réflexion sur la relation médecin/patient. Il ne s’agit ni d’un outil d’évaluation, ni d’un procès, pas plus d’une évaluation individuelle, ni de soutien psychologique, ni d’échanges spontanés, ni d’une réunion de travail.

Bien des méthodes proviennent de l’initiative originelle de Balint. Elles ont toutes leur appellation acronymique : Analyse des Pratiques Professionnelles (A.P.P.), Groupe d’Analyse des Pratiques (G.A.P.), Groupe de Formation à l’Analyse des Pratiques Professionnelles (G.F.A.P.P.), Groupes d’Entraînement à l’Analyse des Situations Educatives (G.E.A.S.E.), Groupes d’Entraînement à l’Analyse des Situations Professionnelles (G.E.A.S.P.). Le propos n’est pas de les développer ici. Toutefois, il nous semble que les Groupes d’Entraînement à l’Analyse de Situations Educatives (ou Professionnelles), pourraient être l’outil le plus approprié à nos besoins. En effet, la méthode comporte une étape d’exposé de la situation suivie de questions ce qui permet d’expliciter et d’approfondir. Une autre étape prévoit un éclairage souvent bénéfique via des résonnances que la situation évoque aux autres. S’ensuit un temps d’analyse par le groupe sans que l’exposant ne puisse intervenir. C’est ce temps qui souvent amène une plus-value en termes de réflexivité. L’idée est de transférer ce sens de l’analyse à de nouvelles situations vécues.

Les situations éducatives gagnent, autant que les situations professionnelles, à être étudiées, « débriefées » diront certains. Cela permet d’en déduire des procédures, de transférer vers d’autres situations, les enseignements. En masso-kinésithérapie, nous nous situerions, de ce point de vue, plus proches du B.D.K. ou du raisonnement clinique que de la réalisation technique pure. La méthode peut donc d’autant plus nous intéresser en I.F.M.K. Il est des choses que l’étudiant, en stage ou à l’institut, souhaiterait faire sans y parvenir, d’autres qu’il fait et qu’il ne devrait pas faire, d’autres encore qu’il fait et dont il ne parle jamais, car parfois il n’en a même pas conscience. Les analyses de pratiques, comme l’analyse de l’activité développée par Y. CLOS ou encore les entretiens d’explicitation proposés par P. VERMERSCH, vont permettre de donner du sens aux techniques enseignées, de développer un esprit de synthèse, d’accompagner au plus juste nos dispositifs alternants, de prendre la mesure de la réingénierie.

Il est souvent question du choix des techniques en masso-kinésithérapie. Le formateur dans le domaine revendique à juste titre ce même droit de choisir. Il serait déraisonnable de brandir ce droit comme excuse à la seule fin d’exclure cette méthode. En effet, bien des référents pédagogiques en I.F.M.K. l’utilisent déjà, certains en pleine connaissance, et d’autres sans le savoir, dans l’esprit au moins, à l’image du Monsieur JOURDAIN de MOLIERE.

Analyser, c’est donner du sens, partager, approfondir, responsabiliser, critiquer, bref progresser. La profession que nous transmettons fait partie des métiers de l’humain, au même titre que l’enseignement, discipline que nous exerçons ! Ce double rattachement à l’humain et à la complexité nous fait tutoyer quotidiennement les concepts révoqués par certains hermétiques de métacognition, de multiréférentialité, de systémie, d’auto et de co-régulation, de compétence, ou encore de réflexivité.

A BESANÇON, il a été possible de relater notre expérience nancéenne de mise en place d’ateliers d’analyse de pratique éducative au décours des retours de stage. Certaines équipes pédagogiques ont révélé exploiter déjà l’outil, d’autres ont exprimé tout leur intérêt.

Références bibliographiques
SCHON D. Le praticien réflexif. A la recherche du savoir caché dans l'agir professionnel. Montréal, Éditions Logiques. 1993.

SAVERY J. R. Overview of Problem-Based Learning : definitions and distinctions. Interdisciplinary journal of Problem-Based Learning, Vol.1, n°1 (2006), p.9-20.

SAUVAGEON P. Contribution de l’évaluation-régulation à la construction identitaire des étudiants en masso-kinésithérapie. Recherche en kinésithérapie, juin 2006, n°4.

PERENNOUD P. L’autonomie, une question de compétence ? Résonnances, Septembre 2002, n°1, p. 16.

BALAS S. Kinésithérapeute, un métier de référence. Nouvelle revue de psychosociologie, 2011/2 n° 12, p. 223-238.

ARDOINO J. L’approche multiréférentielle (plurielle) des situations éducatives et formatives. Pratiques de formations-analyses, 1993. Université Paris VIII, Formation permanente, n° 29-30.

Ressources numériques
http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1288559/principes-du-dpc http://www.pedagopsy.eu/analyse_pratique_diverse.htm

Vincent FERRING
IFMK Nancy

            Article paru dans la revue “Syndicat National de Formation en Masso-Kinésithérapie” / SNIFMK n°7

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