Amputation de membre inférieur et appareillage de la personne âgée

Publié le 18 May 2022 à 15:13
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Généralités

Les amputations d’étiologies vasculaires restent la principale cause d’amputation dans le monde (54 à 82 % des cas), le plus souvent associées au diabète et/ou à l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) (1). Les études épidémiologiques françaises disponibles sur les populations amputées se concentrent uniquement sur ce « mal du siècle » ou cette « épidémie silencieuse ». Avec 8 400/an en 2016, contre 7 749 en 2013 selon le rapport de l’InVS, elle représente la principale cause d’amputation en France avec un taux d’amputation 12 fois plus important que dans la population générale (2).

Les patients vasculaires constituent une population fragile, dite « polypathologique », « polymédiquée », souvent âgée (>60 ans) et présentant fréquemment un effondrement des capacités nfonctionnelles et des restrictions de participation préexistant à l’amputation.

Les autres causes d’amputation (d’origine carcinologique, traumatique ou septique) dans cette tranche d’âge de la population sont marginales ; et la rééducation et l’appareillage peuvent varier, notamment du fait du pronostic fonctionnel parfois meilleur.

Avec les progrès de la médecine, de la chirurgie et de l’appareillage, l’amputation doit être aujourd’hui considérée comme une chirurgie fonctionnelle de reconstruction centrée autour d’un nouveau projet de vie personnalisé et d’une ré-autonomisation globale.

Avec l’âge, l’urgence est la reverticalisation et la reprise de la marche pour éviter l’évolution vers une grabatisation irréversible. Le défi est donc de transformer un « échec » de sauvetage du membre en un « succès » de réhabilitation fonctionnelle.

Le geste chirurgical s’inscrit dans une prise en charge coordonnée, au mieux en réunion de concertation pluridisciplinaire, par des équipes expérimentées de chirurgiens, de médecins MPR et de professionnels de la rééducation et de l’appareillage afin de définir ensemble « le bon moment – le bon niveau – le bon moignon ». Le chirurgien sera vigilant à chaque temps du geste opératoire (3-4) :

• Bras de levier osseux suffisant, extrémités osseuses abattues et émoussées.
• Ligatures vasculaires distales.
• Sections nerveuses proximales.
• Parties molles suffisantes, sans excès ni défaut pour un bon capitonnage osseux.
• Valves cutanées de bonnes qualités, sensibles, cicatrices à distance des zones de pression.

• Amputation partielle de pied • Amputation transtibiale • Amputation transfémorale
•„„ Les amputations d’avant-pied et de médio-pied permettent un appui distal.
•„„ Les amputations d’arrière-pied n’ont que de rares indications
„„• Idéalement à la jonction 1/3 moyen – 1/3  inférieur.
„„• Limite supérieure : conservation de la tubérosité tibiale antérieure
„„ • Limite supérieure 7 à 8 cm sous le petit trochanter.
„„ • Limite inférieure 10 à 12 cm au-dessus de l’interligne fémoro-tibial.

Encadré 1 : Niveaux d’amputations – limites à connaître pour envisager un appareillage

 

Encadré 2 : Spécificités chirurgicales chez la personne âgée

• Intérêt d’une amputation à moignon laissé ouvert ou semi-fermé : Afin de préserver le genou, une amputation en transtibial peut être proposée malgré un geste en zone non saine (ischémie et/ou infection).

• Conserver un appui distal pour une déambulation sans appareillage sur une courte distance (se lever la nuit…) : En l’absence de contre-indication (ischémie, diabète et/ou infection) et si la coque talonnière est de bonne qualité et sensible, il peut être intéressant de proposer une amputation de Chopart complétée au minimum par une arthrodèse tibio-astragalo-calcanéenne afin d’éviter la bascule en équin.

Conséquences – complications liées à l’amputation
L’amputation de membre constitue pour le patient qui la subit une épreuve physique et psychologique majeure.

A la perte immédiate de la fonction et de l’image corporelle, s’ajoutent de multiples conséquences et complications qui seront toutes à évaluer et à prendre en charge pour espérer le meilleur résultat fonctionnel possible, tant sur le plan de la rééducation, que sur le plan de l’appareillage.

Impact psychologique
L’amputation représente un « choc », une atteinte directe à l’intégrité et à l’image de soi.
Le patient passera, à son rythme et parfois avec fluctuation, par les différentes phases du deuil : choc/ déni – colère/révolte – marchandage – dépression – acceptation.
Chaque patient rapportera également une angoisse, une anxiété et des interrogations concernant la suite de sa vie avec cette amputation.
L’accompagnement du patient, le dépistage et la prise en charge de cet impact psychologique est primordial, tout au long du parcours de soins et de rééducation.

Défaut de cicatrisation
Selon les études, entre 10 % et 50 % des amputations vont nécessiter une reprise chirurgicale à cause d’une mauvaise évolution, ischémie de moignon, infection de site opératoire (4).
Une évaluation précise, clinique et paraclinique, du potentiel de cicatrisation est primordiale en préopératoire.

Complications de décubitus
Comme tout évènement médico-chirurgical lourd, les patients amputés, âgés, subiront une période d’alitement plus ou moins prolongée et seront à risque de présenter les complications classiques du décubitus.

Risque de chute
Le risque de chute est d’autant plus important que l’amputation est récente, que le niveau d’amputation est proximal (transfémoral > partiel de pied), que le patient présente des déficits moteurs et/ou des troubles de l’équilibre, qu’il est âgé ou qu’il présente des troubles cognitifs ou des médicaments altérant sa vigilance.
Il faut souligner que, chez ces patients fragiles, ostéoporotiques, sous antiagrégation et/ou anticoagulation curative, ces chutes peuvent se compliquer d’hématome profond, de traumatisme crânien, de fracture.
Souvent le patient va avoir tendance à vouloir se « rattraper » avec l’aide de ses membres inférieurs et va alors tomber sur le moignon, entraînant fréquemment un saignement voire une désunion de la cicatrice en postopératoire.

Douleur
La douleur chez le patient amputé est quasi-systématique mais il est important de distinguer la douleur du membre résiduel de la douleur du membre fantôme (cf. encadré 3).

La douleur du membre résiduel peut être de différents types et d’étiologies diverses mais parfois associées :

• Douleur nociceptive : postopératoire – choc suite à une chute – etc.
• Douleur inflammatoire : infection – bursite – allergie.
• Douleur liée à l’ischémie : souvent associée aux troubles trophiques. Douleur neuropathique liée à un névrome : douleur à type de brûlure, de paresthésie, de décharge électrique avec parfois une zone gâchette. L’imputabilité du névrome dans le processus douloureux reste difficile et nécessite des explorations complémentaires.

La douleur du membre fantôme ou algohallucinose : douleur hétérogène nociceptive et neuropathique se modifiant avec le temps pour se localiser finalement plutôt aux extrémités. Elle peut être continue ou paroxystique et favorisée par des facteurs externes (émotion, pathologies du moignon).

A noter que chez le patient amputé et appareillé, il faut systématiquement vérifier l’adaptation de la prothèse devant toute douleur rapportée par le patient : conflit moignon-emboiture (serrage, hyperappui, suspension, frottement…), défaut d’alignement ou de hauteur.

Attitudes vicieuses
Tandis que l’amputé fémoral aura une tendance au flessum – abductum de hanche, l’amputé tibial présentera souvent un flessum de genou.

Ces attitudes vicieuses sont plurifactorielles :

  • Chirurgical : déséquilibre du rapport des muscles agonistes-antagonistes lié au geste et au niveau d’amputation.  
  •  Iatrogène : lié au positionnement du patient le plus souvent au lit ou au fauteuil.
  •  Ischémique : lié à l’artériopathie et au défaut de vascularisation et d’oxygénation musculaire entraînant un remaniement des sarcomères et une hypoextensibilité du muscle.

Déconditionnement et augmentation de la dépense énergétique
Les patients amputés d’origine vasculaire, âgés, sont systématiquement déconditionnés et, très souvent, n’ont pas marché depuis longtemps du fait de l’artériopathie, des comorbidités et des hospitalisations successives.

De plus, l’appareillage va entraîner un surcoût énergétique à la marche de l’ordre de 30 % pour un amputé tibial et 60 % pour un amputé transfémoral (5).

Le risque de décompensation d’une cardiopathie sous-jacente ou de l’artériopathie sur le membre amputé ou le membre opposé est donc réel et nécessite une évaluation cardio-vasculaire et cardio- respiratoire en amont de la rééducation.

Pronostic de la personne amputée d’étiologie vasculaire
Les amputations majeures de membres inférieurs sont de mauvais pronostic. L’âge et les facteurs de risque cardio-vasculaires sont fréquemment décrits comme facteurs prédictifs négatifs.

Concernant les amputations d’origine vasculaire, les études rapportent un taux de mortalité à 5 ans entre 40 à 60 % pour les amputations transtibiales et entre 50 à 90 % pour les amputations transfémorales (6).

Encadré 3 : Distinction des 2 populations de personnes âgées amputées (7-8) : les patients amputés jeunes qui vieillissent et les patients amputés à un âge avancé.
Les premiers présenteront les conséquences d’un vieillissement « accéléré » par l’amputation :
• Coté amputé : ostéoporose, amyotrophie.
• Côté opposé : arthrose, lésion musculo-tendineuse liées à la surutilisation du membre lors de l’appui.
• Au niveau du rachis et des membres supérieurs : discopathies, lombo-radiculalgies, pathologie de la coiffe des rotateurs, syndromes canalaires.
• Ils subiront également les conséquences du port de l’appareillage au long cours notamment au niveau cutané-trophique et des stratégies de compensations utilisées qu’il conviendra de prendre en charge parfois en proposant un autre type d’appareillage mais qui sera difficile de faire accepter.

Les seconds présenteront essentiellement les conséquences directes d’une amputation récente et toutes les déficiences et limitations d’activités liées aux comorbidités souvent nombreuses, sévères, et préexistantes lorsqu’il s’agit d’une amputation d’origine vasculaire.

Prise en charge de la personne agée amputée

Dès la phase post-opératoire
La rééducation doit être précoce, commencée le plus rapidement possible après l’intervention en service de chirurgie.

Une attention particulière doit être portée à la réalisation de la contention du moignon par bandage à la bande Velpeau®. Il n’y a aucune contre-indication à cette compression qui est essentielle dès l’intervention terminée.

L’objectif du bandage est triple :

• Drainer l’oedème.
• Faciliter la cicatrisation et « modeler » le moignon pour le préparer à l’appareillage.
• Lutter contre la douleur post-opératoire et la douleur fantôme.

L’urgence de la rééducation est la verticalisation précoce et la lutte contre les attitudes vicieuses par de la kinésithérapie d’abord analytique passive, puis active et fonctionnelle.

En milieu SSR spécialisé
La prise en charge du patient amputé doit se faire en centre spécialisé, par des équipes pluridisciplinaires et expérimentées.

Dès l’admission, un bilan complet est réalisé par tous les intervenants afin d’élaborer en équipe médicale – rééducative – sociale, avec le patient et son entourage, un projet personnalisé de soins, visant à organiser la rééducation, l’appareillage et à terme préparer la sortie de l’hôpital. Le premier temps de la prise en charge concerne la cicatrisation, dont les soins sont réalisés par des infirmières et des médecins formés aux plaies complexes.

Sur le plan médical
• Bilan et prise en charge de la maladie causale,
• Bilan des facteurs de risque cardio-vasculaires avec notamment l’importance d’un bilan de la fonction cardiaque et de la tolérance à l’effort pour guider la rééducation et le choix de l’appareillage en fonction des capacités résiduelles.
• Supervision de la cicatrisation.
• Prise en charge de la douleur.
• Prise en charge de la nutrition.
• Coordination des soins, de la rééducation, du fu

Sur le plan rééducatif
• Prise en charge psychologique : L’écoute et l’accompagnement doit se faire par chaque intervenant et à chaque instant. D’une manière systématique le patient doit bénéficier d’une évaluation psychologique et une prise en charge adaptée et spécialisée doit lui être proposée si nécessaire.
• Kinésithérapie : Le travail est d’abord analytique pour mobiliser les articulations et éviter les attitudes vicieuses, renforcer les muscles des membres inférieurs et des membres supérieurs, prévenir des lésions de la coiffe des rotateurs, améliorer l’équilibre assis. Puis il doit s’orienter rapidement vers du travail fonctionnel des transferts et de la déambulation en monopodal.

Une fois appareillé, le patient bénéficiera d’une rééducation adaptée et spécifique au matériel prothétique mis en place.

• Activité Physique Adaptée : Le patient bénéficie de gymnastique douce et de travail au fauteuil. Avec le médecin, l’enseignant APA élabore un programme de reconditionnement à l’effort en restant vigilant à l’état cardio-respiratoire du patient et au respect strict des contre-indications. Des activités de sport adapté peuvent être proposées à tout âge.
• Ergothérapie : L'ergothérapeute assure la mise en d’un fauteuil roulant adapté (parfois électrique), l’évaluation de l’autonomie et propose des aides techniques pour les activités de vie quotidienne notamment la toilette, l’habillage, la prise des repas, l’élimination urinaire et fécale.
• L’ergothérapeute réalise également des visites à domicile et préconise les adaptations et travaux nécessaires afin de préparer le retour du patient dans son environnement.
• Psychomotricité : Le (la) psychomotricien(ne) travaille sur ce nouveau schéma corporel ce qui peut, surtout chez la personne âgée, s’avérer très bénéfique.

Sur le plan social
• Le contexte social des patients amputés, et ce d’autant que l’étiologie est vasculaire, est souvent difficile avec des problématiques de logement et/ou d’entourage.
• Le rôle de l’assistant(e) social(e) est fondamental : Démarche d’accompagnement et d’aide au logement, démarche pour l’entrée en EHPAD ; aide à la constitution des dossiers d’Allocation Personnalisée à l’Autonomie, de mutuelle, d’aide sociale, etc.

Encadré 4 : prise en charge de la douleur neuropathique et de la douleur du membre fantôme

- Traitements pharmacologiques - Traitements non pharmacologiques - pour la douleur du membre fantôme
Antalgique pallier 1 et 2 : Paracétamol et Tramadol
Anti-épileptique : Gabapentine / Prégabaline / Clonazépam
Anti-dépresseur : Amitriptyline / Duloxétine
Anesthésiques locaux : Lidocaïne
La compression par le bandage et le manchon
TENS
Rééducation sensitive
En plus,
Hypnothérapie
Thérapie miroir

Encadré 5 : Prescription de rééducation sans appareillage

• Faire réaliser par un masseur-kinésithérapeute des séances de rééducation dans un contexte d’amputation du membre inférieur.
• Nombre et rythme des séances à définir par le thérapeute (en SSR, 1 à 2 fois par jour, 5 jours par semaine minimum).

Objectifs :
• Aide et apprentissage du bandage.
• Entretien articulaire du membre amputé : Lutte contre les attitudes vicieuses en flessum de genou / flessum-abductum de hanche.
• Travail de renforcement musculaire du membre amputé et du membre opposé.
• Travail des membres supérieurs avec prévention des lésions de la coiffe des rotateurs.
• Travail de l’équilibre assis, du tonus du tronc.
• Travail des transferts.
• Travail de verticalisation et de déambulation en monopodal.

Appareillage
L’appareillage pourra débuter une fois la cicatrisation et la diminution de l’oedème du moignon obtenues. Dans l’idéal, l’orthoprothésiste fait partie de l’équipe de rééducation, salarié du centre SSR, et évolue au sein d’un atelier intégré d’appareillage pour optimiser sa prise en charge.

Les différents éléments composant une prothèse de membre inférieur sont :
Le manchon : Il s’agit de l’interface appliquée sur le moignon. Aujourd’hui un manchon est systématiquement prescrit quel que soit le niveau d’amputation. Le manchon offre une protection cutanée, un confort, facilite le chaussement (pour les prothèses fémorales) et assure la suspension du moignon dans l’emboiture.

Différentes matières de manchons existent, chacune d’elles ayant des caractéristiques et des indications spécifiques : mousse thermoformée, latex, gel de copolymère, silicone, uréthane.

Deux systèmes de suspension existent : L’accrochage distal (plongeur sur le manchon) et la dépressurisation (valve antiretour dans l’emboiture, gaine d’étanchéité ou collerette sur le manchon).

L’emboiture : C’est la partie prothétique dans laquelle vient se placer le moignon.

Pour les prothèses tibiales, les emboitures actuelles sont dites « de contact » et ont remplacé les emboitures traditionnelles à appui sous-rotulien – contre appui poplité.

Les emboitures fémorales ne sont plus « quadrangulaires » mais à « ischion intégré ».

 Ces progrès ont permis d’améliorer le confort, la tolérance et les performances des patients. D’abord en matière thermoformable ou en plâtre pendant l’adaptation, les emboitures définitives seront en résine ou en carbone.

Le Genou (si amputation fémorale) : Il existe une multitude de genou prothétique ; du simple genou à verrou obligeant à une marche « jambe raide » mais dont la phase d’appui est donc sécurisée, aux genoux mécatroniques commandés par microprocesseur offrant une qualité de marche bien supérieure mais nécessitant des capacités fonctionnelles plus élevées et une rééducation spécifique.

Le Pied : Comme pour les genoux, il existe aujourd’hui une gamme très large de pieds prothétiques. Le développement de pieds en carbone à restitution d’énergie classés selon leurs caractéristiques techniques de « propulsion » et de « déformation permanente » ont permis une nette amélioration de la marche, en qualité et en confort.

Le revêtement esthétique : La prothèse définitive peut être habillée ou non, laissant alors les différents éléments et les tubes apparents. Généralement en mousse, le revêtement peut être personnalisé (mais non remboursé).

Il est difficile de parler de « recette magique » ou de « prothèse type ». Le choix du type de prothèse et des éléments prothétiques dépend de plusieurs facteurs :

• L’étiologie et le niveau d’amputation.
• L’état du moignon et du membre opposé.
• Les capacités fonctionnelles et le risque de chute.
• Les comorbidités, l’état de fragilité et la tolérance à l’effort.
• L’environnement du patient et la présence ou non de son entourage.
• Le projet de vie élaboré en équipe et avec le patient et sa famille.
• L’expérience et les habitudes des équipes d’orthoprothésistes.

Durant toute la période de soins et de rééducation, l’appareillage sera dit « provisoire » ou « d’entraînement » car il sera souvent nécessaire de reprendre des mesures pour refaire l’emboiture afin de suivre la diminution de l’oedème et du volume du moignon ; ou bien encore de changer de matériel pour s’adapter à l’évolution des capacités fonctionnelles du patient.

Le passage à la prothèse dite « définitive » ne se fera qu’une fois le volume du moignon stabilisé et le patient suffisamment rééduqué pour s’assurer du meilleur résultat fonctionnel possible.

Encadré 6 : Spécificités de l’appareillage chez la personne âgée

• En cas d’amputation tibiale avec un moignon laissé ouvert et une période de cicatrisation qui s’annonce longue, une prothèse monobloc dite « de cicatrisation » peut être confectionnée afin de remettre rapidement le patient debout et à la marche (jambe raide).
• D’une manière générale chez le patient amputé âgé et fragile, il faut toujours rechercher un mode de chaussement simple, une prothèse confortable, légère et sûre.
• La réalisation d’une prothèse aquacompatible, équipée de composants résistant à l’eau, est utile pour permettre au patient de réaliser sa toilette en conservant un appui bipodal sur le sol glissant de la salle d’eau et limiter ainsi le risque de chute.
• Aujourd’hui, des genoux prothétiques à microprocesseur sont développés pour répondre spécifiquement aux personnes à mobilité modérée et leur permettre d’accéder à une marche plus sûre et de meilleure qualité.

L’apport des nouvelles technologies (10)
L’essor des nouvelles technologies, notamment le développement de l’électronique et du numérique a permis d’accélérer les progrès de l’appareillage. Aujourd’hui, la prise d’empreinte numérique et l’impression 3D remplacent le plâtre pour la réalisation des emboitures. Les genoux prothétiques nouvelles générations offrent, même au patient âgé et fragile, des performances de grande qualité.

Ces innovations permettent aux orthoprothésistes d’être plus réactifs, d’optimiser et de standardiser leurs process, d’assurer une traçabilité et un enregistrement des données.

Les nouvelles solutions prothétiques apportent au patient plus de confort, de contrôle et de maîtrise.

Encadré 7 : Cadre réglementaire de prescription des chaussures orthopédiques, ortho-prothèses, prothèses de membre

• Les Podo-Orthèses et les Ortho-Prothèses sont des dispositifs médicaux de Grand Appareillage dont la prise en charge est remboursée si le matériel prescrit est inscrit sur la Liste des Produits et des Prestations de la Sécurité Sociale (Titre II, chapitre 6 et 7 de la LPP).
• La prescription de Grand Appareillage est une prescription médicale soumis à entente préalable et subordonnée à la prescription d’un médecin justifiant d’une des spécialités suivantes :  Médecine Physique et de Réadaptation.
 - Neurologie, Rhumatologie, Endocrinologie.
 - Chirurgie Orthopédique, Chirurgie Vasculaire, Neurochirurgie, Chirurgie Plastique et Reconstructrice.
 - Pédiatrie, Dermatologie, Gériatrie : si le prescripteur est rattaché à un établissement de Santé.

 • Le prescripteur doit indiquer sur le CERFA les éléments médicaux justifiant la prise en charge de l’appareillage.
 • Certains dispositifs sont soumis à des critères d’attribution que le patient doit remplir pour bénéficier de la prise en charge.
 • L’Assurance Maladie prend en charge 2 prothèses définitives par patient, réformables et renouvelables tous les 3 à 5 ans.
 • La prescription de renouvellement d’appareillage peut être effectuée par le médecin traitant.

Critères d’inappareillabilité
S’il n’y a pas de « recette magique » pour définir sur le papier la « bonne prothèse », établir une liste de contre-indications formelles à l’appareillage paraît difficile.

Cependant dans certaines situations le patient peut être déclaré « inappareillable » sur le plan fonctionnel :
 • Amputation transfémorale bilatérale.
 • Amputation transfémorale et intolérance à l’effort.
 • Amputation transfémorale et membre inférieur opposé non fonctionnel.
 • Moignon d’amputation ischémique, douloureux.
 • Limitations sévères et irréductibles des amplitudes articulaires : flessum de genou ou flessum-abductum de hanche.
 • Altération sévère des fonctions supérieures – démence.
 • Risque de chute majeur – rapport bénéfice- risque défavorable.

Que faire quand le patient est inappareillable ?
La prévention des complications de décubitus, une kinésithérapie d’entretien et la mise en place d’un fauteuil roulant manuel, voire électrique quand c’est possible, sont primordiales pour maintenir une certaine indépendance fonctionnelle.

Au niveau tibial, une prothèse dite « de transfert » pourra être discutée surtout si le membre inférieur opposé n’est pas fonctionnel. L’objectif de cet appareillage – a minima – sera d’aider le patient, voire son entourage et/ou les aides à domicile, pour les transferts fauteuil-lit ou fauteuil-WC par exemple.

Au niveau fémoral, une prothèse à visée esthétique peut être réalisée selon le souhait du patient et de son entourage afin « d’habiller le pantalon » pour la position assise au fauteuil notamment.

La prise en charge médico-sociale est cruciale, soit pour mettre en place les aides nécessaires au maintien à domicile, soit pour accompagner le patient et son entourage vers une entrée dans une structure adaptée.

Encadré 7 : Cadre réglementaire de prescription des Fauteuils Roulants

> Fauteuil Roulant Manuel
• Prescription Médicale sur ordonnance classique en location ou achat.
• Pour la location, préciser la durée en semaines.
• Préciser les options et adjonctions nécessaires : Dossier inclinable, roulettes antibascules, repose-pieds, repose-jambe.
• Penser au coussin d’assise à mémoire de forme.
• Le fauteuil doit être adapté au patient et à son environnement.

> Fauteuil Roulant Electrique

 • Prescription Médicale sur ordonnance classique,
 • Seul l’achat est prévu par la réglementation.
 • L’acquisition est soumise à entente préalable.
 • Evaluation obligatoire par une équipe pluridisciplinaire avec au minimum un Médecin MPR, un ergothérapeute ou kinésithérapeute.
 • Certificat obligatoire pour justifier du type de fauteuil et de la capacité physique et cognitive à l’utiliser en sécurité.
 • Un renouvellement à l’identique ne nécessite pas d’essai, ni d’entente préalable.

Conclusion – Messages clés
L’amputation est le traitement ultime de l’AOMI mais peut permettre, chez des patients âgés, fragiles, polypathologiques, une restauration fonctionnelle et un retour vers une indépendance fonctionnelle jusque-là inespérée.

La prise en charge de la personne âgée amputée doit se faire en milieu spécialisé, par des équipes expérimentées et nécessite une coordination pluridisciplinaire, de l’admission en chirurgie pour définir le niveau d’amputation optimal, puis tout au long du parcours de soins et de rééducation au service d’un nouveau projet de vie construit avec le patient et son entourage.
La prise en charge initiale doit se concentrer sur les conséquences immédiates de l’amputation (impact psychologique, douleurs, risque de chute, complications de décubitus) et sur la cicatrisation et les bandages du moignon.
L’urgence de la rééducation est la reverticalisation et la lutte contre les attitudes vicieuses.
L’appareillage doit être réfléchi et adapté aux capacités fonctionnelles du patient, à ses antécédents et comorbidités, à son environnement et son projet.
Le développement de nouveaux outils numériques pour la conception et la fabrication, associés aux nouvelles solutions prothétiques offrent aujourd’hui, même pour les personnes âgées amputées, des résultats esthétiques et fonctionnels de qualité.

Bibliographie

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ICONOGRAPHIE issue de la base photos de l’IRMA.

Docteur Brice LAVRARD
Médecin Chef d’Etablissement, Médecine Physique et de Réadaptation
Institut Robert Merle d’Aubigné - 94460 VALENTON
Pour l’Association des Jeunes Gériatres

Article paru dans la revue “La Gazette du Jeune Gériatre” / AJG N°27

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