À quelles pathologies ophtalmologiques pouvons-nous être confrontés chez les sans-abris ?

Publié le 08 Apr 2024 à 16:46
Article paru dans la revue « SNJMG / Jeune MG » / SNJMG N°38
#International
#Solidarité
#Médecin généraliste


Introduction

Une étude réalisée en 2020 à l’initiative de la société française d’ophtalmologie a permis de répertorier les données épidémiologiques concernant une journée de dépistage de ces pathologies (1). Dans un premier temps les auteurs soulignent le fait qu’il est difficile dans certains cas d’avoir un rendez-vous chez un ophtalmologue (le délai moyen de rendez-vous étant fixé à 55 jours) (1).

Ce travail a mis en lumière que les patients ayant consulté les ophtalmologues avaient un âge moyen de 70 ans (1).

Parmi les pathologies les plus souvent rencontrées, ils mettent en premier lieu en avant la cataracte (16,5 % des cas), puis la DMLA ou dégénérescence maculaire liée à l’âge (9,4 % des cas) (1).

Cependant cette étude porte sur la population générale qui est une fraction de la population totale de notre pays.

En effet, parmi nos concitoyens, une frange de citoyens est souvent négligée ou très peu étudiée : celle des sans-abris.

Ces patients que nous sommes susceptibles de prendre en charge au sein de nos consultations méritent notre attention.

Nous ne devons pas perdre de vue que leur nombre est non négligeable (près de 300 000 selon la fondation Abbé Pierre), données épidémiologiques très préoccupante car il existe une majoration de 100 % de ce chiffre depuis 2012 (2).

Notre étude portant sur les pathologies ophtalmologiques des sans-abris a un intérêt à plusieurs titres :

⇒ Le fait que ce travail mette en lumière les pathologies les plus fréquemment rencontrées dans cette spécialité, cela au sein de cette population dont l’espérance de vie n’excède pas les 50 ans (selon les données de 2018) (3). Il est également important de noter qu’une évaluation effectuée en 2015 montrait que 94 % des ces patients présentaient une vision défaillante du fait d’équipements mal adaptés ou n’ayant pas de correction effective (4).

⇒ Le fait que le médecin généraliste est le maillon fort dans la prise en charge des pathologies ophtalmologiques, et ce d’autant plus qu’il est le premier interlocuteur consulté par ces patients.

Objectifs, matériel et méthode
Objectif principal et secondaire

Notre travail a pour but de déterminer à partir de la CISP 2 (classification internationale en soins primaires) les pathologies ophtalmologiques référencées suite aux consultations effectuées chez les patients venus consulter le médecin généraliste (5).

Secondairement nous avons comparé les résultats obtenus avec ceux provenant de l’étude ECOGEN (6), mais aussi à partir des autres études réalisés dans cette population.

Matériel et méthode

Les données de cette étude proviennent d’un recueil effectué au décours des consultations réalisées par un médecin généraliste qui officie bénévolement sur deux CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale) de Perpignan et de Céret.

Le médecin généraliste officie différemment sur les deux CHRS :

  • Sur celui de Perpignan les consultations sont effectuées de manière hebdomadaire ;
  • Sur celui de Céret les consultations sont bimensuelles

Les données recueillies sur des fiches sont classées en fonction de la CISP-2, et sont consignées sur un fichier Excel.

En plus des pathologies, le médecin généraliste met en évidence d’autres éléments concernant les patients consultés (âge, sexe, nature hébergement, couverture sociale, addictions déclarées).

Il s’agit d’une étude observationnelle rétrospective transversale et multicentrique concernant des patients ayant plus de 18 ans.

Ce travail a été réalisé sur une période de 2 ans (2018/2019).

Par ailleurs une déclaration préalable de cette étude a été effectuée à la CNIL (commission nationale informatique et liberté).

Résultats

Sur la période 2018/2019, le médecin a consulté 1990 patients, dont 111 présentaient une pathologie ophtalmologique. Parmi ces patients, nous avons eu 85 hommes, et 26 femmes.

La classe d’âge à l’origine le plus fréquemment d’une consultation est celle comprise entre 25 et 45 ans (tableau 2).

En 2018 la classe d’âge la plus fréquente était celle des 35/44 avec 32 % des pathologies ophtalmologiques, et en 2019 c’est celle des 25/34 avec 36 % des pathologies ophtalmologiques.

L’hébergement des ces patients est majoritairement (73 % des cas) effectué par le système du 115 ; c'est-à-dire un hébergement d’urgence.

En ce qui concerne la couverture sociale des patients consultés, plus de 30 % n’a pas de couverture sociale, et uniquement 4 % avaient l’AME (aide médicale état) (tableau 3).

Le tableau 4 permet de détailler les différentes addictions observées chez les patients.

Il est important de mettre en lumière le fait que 52 % de ces personnes ayant des pathologies ophtalmologiques n’avaient pas d’addiction.

Pour terminer, nous avons répertorié les différentes pathologies observées au décours de nos consultations (tableau 5).

A Général et non spécifié
B Sang ; système hématopoiétique et immunologique
D Système digestif
F Oeil
H Oreille
K Cardio-vasculaire
L Ostéo-articulaire
N Neurologique
P Psychologique
R Respiratoire
S Peau
T Métabolique ; nutritionnel; endocrinien
U Système urinaire
W Grossesse ; accouchement; planification familiale
X Système génital féminin et sein
Y Système génital masculin y compris le sein
Z Social

Tableau 1: CISP 2

Tableau 2 : Classe d’âge des patients ayant consulté pour une pathologie ophtalmologique
en 2018 et 2019


Tableau 3 :
Type de couverture sociale des patients ayant une pathologie ophtalmologique

 

Tableau 4 : Nature des éventuelles addictions des patients ayant des pathologies ophtalmologiques