2012-2013 : stigmatisation de l’interne en psychiatrie

Publié le 25 May 2022 à 14:20
#Chirurgien
#Europe
#Psychiatre de l'enfant et de l'adolescent


L’image négative que renvoient la psychiatrie et les psychiatres, et qui fait écho à la stigmatisation bien connue des patients atteints de troubles psychiques, est peu étudiée. Pourtant, elle est identifiée comme une des causes majeures du déclin du recrutement de psychiatres dans de nombreux pays et elle pourrait expliquer le désintérêt naissant des étudiants en médecine français pour la spécialité.

Bien que la France ne soit pas citée parmi les pays les plus marqués par les problèmes de recrutement de psychiatres, la psychiatrie figure aujourd’hui parmi les quatre spécialités les moins choisies aux épreuves classantes nationales (ECN) aux côtés de la médecine générale, de la médecine du travail et de la santé publique. Depuis trois ans et pour la première fois en 2012, tous les postes ouverts dans la spécialité n’ont pas été pourvus : 5 postes sur 499 soit 1 % en 2012, 12 postes sur 514 soit 2,3 % en 2013 et 23 postes sur 526 soit 4,4 % en 2014. Parallèlement, le rang du dernier étudiant choisissant la psychiatrie se situe systématiquement parmi les 5 ou 10 derniers : 7656 sur 7658 en 2012, 7994 sur 8001 en 2013 et 8301 sur les 8304 étudiants classés en 2014

Il nous est apparu que la question de l’amélioration du recrutement devait donc être posée en France tant pour le nombre de psychiatres à venir que pour la qualité de celui-ci. Il nous est aussi rapidement apparu que cette question ne pouvait pas être traitée sans travailler celle de la « stigmatisation » de la psychiatrie et du psychiatre lui-même.

Dans ce contexte, l’AFFEP a souhaité mener une enquête sur le profil de l’interne en psychiatrie et son image auprès de ses confères. Les objectifs de cette enquête étaient d’objectiver les « clichés » posés sur le métier de psychiatre, de montrer qu’ils sont faux et d’établir le profil sociodémographique actuel de l’interne en psychiatrie. Les résultats obtenus nous ont permis de faire de cette enquête un outil de « déstigmatisation » de notre spécialité qui vise à rendre la psychiatrie plus attractive auprès des étudiants en médecine et à la revaloriser auprès de ses confrères. Aujourd’hui, l’AFFEP est fière d’avoir initié une réflexion commune avec ses collègues européens : les résultats de cette enquête ont en effet abouti à la constitution du groupe de travail européen RPIP (Recruitment and Positive Image Promotion) au sein de l’EFPT (European Federation of Psychiatric Trainees). Le travail continue !!!

Déborah SEBBANE
Présidente AFFEP 2012-2014
Vice-Présidente AJPJA*

Poster AFFEP : PROFIL IDENTITAIRE DE
Résultats d’une enquête nationale française menée en 2013 sur la stigmatisation de la profession

Introduction
La stigmatisation des psychiatres est un sujet peu étudié. Pourtant, l’image négative que renvoient la psychiatrie et les psychiatres est  identifiée comme une des causes majeures du déclin du recrutement des psychiatres dans le monde, ainsi que du désintérêt naissant et préoccupant des étudiants en médecine français pour la spécialité.

Résultats
1296 internes ont participé à l’étude dont 760 internes de psychiatrie et 536 issus d’autres spécialités.
Parmi les internes de psychiatrie, le taux de réponse a été de 69 % (N=1100) et le taux de participation de 43,5 % (N=1760).

Profil sociodémographique
Des similitudes…

Les populations d’internes des groupes « Psychiatrie » et « Autres spécialités » sont homogènes pour les données étudiées :
 - Le genre (70 % femmes et 30 % d’hommes)
 - Le statut conjugal (68 % se déclarent en couple)
 - Le statut parental (11 % se déclarent parents)
 - L’orientation sexuelle (90 % se déclarent hétérosexuels).
Quelques différences…
Profession des parents : Les internes de psychiatrie ont significativement plus de pères et de mères « Cadres » (70 % vs 60 % (p=0,004) et 55 % vs 45 % (p=0,005)) que leurs confrères.
Centres d’intérêt : Les internes de psychiatrie se distinguent significativement (p<0,005) en tant que plus grand lecteurs, plus engagés sur le plan politique, syndical ou associatif, ayant plus fréquemment une activité artistique, faisant plus de sorties culturelles et étant moins sportifs.
Orientation politique : Les psychiatres se différencient significativement de leurs confrères et se déclarent plus de gauche (40 % vs 29 %, p=0,001) et d’extrême gauche (7 % vs 2 %, p=0,001) et moins de droite (18 % vs 33 %, p=0,001).
Pratique religieuse : Les internes de psychiatrie sont significativement moins croyants que leurs confrères (32 % vs 45 %, p=0,001).

Profil scolaire et universitaire
Près de 99 % des internes toutes spécialités confondues ont obtenu un BAC S.
Près de 90 % des internes toutes spécialités confondues ont obtenu une mention au BAC.
Réussite à l’ECN : Les internes de psychiatrie déclarent avoir significativement plus choisi leur spécialité que leurs confrères (91 % vs 86 %, p=0,005).

Conclusion
Les résultats objectivent significativement les préjugés portés par les confrères sur les internes de psychiatrie et montrent qu’ils sont faux. Ils permettent également de participer activement à la promotion d’une image positive de la psychiatrie et des psychiatres. Actuellement, cette étude a abouti à la constitution du groupe de travail européen RPIP (Recruitment and Positive Image Promotion) au sein de l’EFPT (European Federation of Psychiatric Trainees). A moyen terme, il est attendu de pouvoir déconstruire les « clichés » attachés à l’image de la psychiatrie auprès des étudiants en médecine et leurs confrères, de rendre la psychiatrie plus attractive, et de participer ainsi à l’amélioration du recrutement dans la spécialité, en qualité et en nombre.

La stigmatisation des internes en psychiatrie

L’INTERNE EN PSYCHIATRIE

Matériel et Méthodes
Une enquête descriptive observationnelle transversale réalisée par auto-questionnaire anonyme a été conduite par l’AFFEP auprès des internes inscrits aux DES de psychiatrie, de neurologie, d’anesthésie-réanimation, de chirurgie orthopédique, de pédiatrie ou de médecine générale, entre juin et juillet 2013. L’analyse des données a été réalisée avec le logiciel MODALISA.
Les objectifs sont : (1) comparer les données sociodémographiques, le profil scolaire et universitaire et les données sociales des internes de psychiatrie avec celles des internes issus des autres spécialités ; (2) mettre en évidence les préjugés émis sur l’interne en psychiatrie par ses confrères et objectiver qu’ils sont faux ; (3) décrire l’identité professionnelle des internes français de psychiatrie

Représentations de l’interne de psychiatrie par ses confrères

Histoire de vie
Aucune différence statistique significative n’est observée concernant les ATCD personnels psychiatriques (12,6 % psy vs 9,3 % non psy, p=0,074). Les internes de psychiatrie déclarent significativement plus d’ATCD familiaux psychiatriques que leurs confrères (17,8 % vs 12 %, p=0,001).

Identité professionnelle de l’interne en psychiatrie
Plus de 95 % des internes de psychiatrie déclarent être satisfaits d’être interne dans cette spécialité. Plus de 75 % d’entre eux trouvent de très nombreux bénéfices à la formation du métier de psychiatre.
92 % se considèrent comme médecin avant tout.
90 % considèrent le DSM/CIM comme utile et/ou indispensable.
99 % considèrent la prescription de psychotropes utile et/ou indispensable.
96,5 % se sentent concernés par la dimension sociale du métier.
95 % se sentent concernés par la pratique psychothérapique, 78 % souhaitent l’exercer eux-mêmes.

Références
- Katschnig H. Are psychiatrists an endangered species ? Observations on internal and external challenges to the profession. World Psychiatry 2010; 9:21-28
- Persaud R. Psychiatrists suffer from stigma too. Psychiatr Bull 2000; 24:284-5
- Sartorius and al. WPA guidance on how to combat stigmatization of psychiatry and psychiatrists. World Psychiatry 2010; 9:133-141
- Tamaskar P., McGinnis R. Declining student interest in psychiatry. JAMA 2002; 287:1859

SEBBANE D.
Ex-Présidente de l’AFFEP (Association Française Fédérative des Etudiants en Psychiatrie),
Pôle de Psychiatrie, Centre Hospitalier Régional Universitaire de Lille

ROBERT S.
Service de Psychiatrie Adulte,
G19, EPSM Lille Métropole

Article paru dans la revue “Association Française Fédérative des Etudiants en Psychiatrie ” / AFFEP n°16

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